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L'UDC de C. Blocher: l'extrême droite au coeur de la concordance helvétique?

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par Julien Vlassenbroek
Université Libre de Bruxelles - Licence en sciences politiques 2004
  

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1.3. Les choix méthodologiques 

1.3.1. Le choix du label «extrême droite»

Consécutivement à l'arrivée de la «troisième vague», les études scientifiques ont été inondées d'appellations concurrentes de l'expression classique «extrême droite».12(*)

Droite radicale, nouvelle droite, national-populisme, droite nationaliste, nouveau populisme, néo-fascisme, et bien d'autres sont ainsi devenues les différentes étiquettes d'un «phénomène politique multiforme dont l'unité se retrouve dans une allergie forte aux valeurs, institutions et règles de la démocratie constitutionnelle et une remise en cause du principe d'égalité humaine»13(*). Ayant choisi de confronter le cas empirique qui fait l'objet de la présente étude au concept d'extrémisme de droite et non à l'un de tous ces récents concurrents, j'estime qu'une justification de ce choix conceptuel s'impose. Dont acte.

Tout d'abord, on rappellera que le «concept le plus commun au plan international est aujourd'hui celui d'extrémisme de droite»14(*). Un rappel qui ne serait constituer un argument en soi mais qui semble indiquer qu'à défaut d'un consensus fort, ce concept reste celui qui bénéficie de l'adhésion la plus large. Selon Cas Mudde en effet, une large partie de la communauté scientifique s'accorde bien sur le label «extrémisme de droite» étant donné que «the term «extreme right» (or right-wing extremist) is still broadly accepted as the most satisfying collective noun»15(*), mais que le noeud du débat ne porte pas tant sur l'appellation que sur le fait que «there is no consensus on the exact definition of the term»16(*), si l'appellation n'est pas problématique a priori c'est donc bien la définition de son contenu qui est génératrice de difficultés.

En tant que catégorisation, l'extrême droite resterait cependant l'outil conceptuel le plus approprié17(*). C'est notamment le point de vue de Pierro Ignazi qui réfute les nombreuses autres expressions concurrentes. Pour ce dernier l'appellation droite radicale, par exemple, présente plus de problèmes qu'elle n'en résout. Tout d'abord parce qu'elle renverrait originellement à des associations et des lobbies plutôt qu'à des partis et que ces dernières ne présentaient pas de dimension antisystème. Deuxièmement, parce que ce label est identifiable à travers des caractéristiques individuelles propres à des personnalités, plutôt que sur base d'un set de valeurs politiques. Il renvoie à des organisations non-partisanes et à des traits psychologiques caractéristiques du contexte spécifique du McCarthysme dans les Etats-Unis de la fin des années quarante et du début des années cinquante. Il semble donc inadapté pour rendre compte de partis européens contemporains.18(*)

Le radicalisme de droite a également été utilisé pour désigner des mouvements qui, puisant leur idéologie dans les doctrines contre-révolutionnaires, se limitaient à une opposition radicale aux «valeurs modernes» (de Joseph de Maistre jusqu'à Julius Evola). Ceux-ci prônaient d'ailleurs (tentant même parfois de concrétiser leurs principes) l'utilisation de moyens violents, comme les actions terroristes.19(*)

Aucune de ces deux approches du terme radical ne semble donc pouvoir être applicable de manière satisfaisante à l'analyse des partis d'extrême droite contemporains, d'autant qu'Ignazi souligne que ce terme a souffert d'une utilisation qu'il qualifie d'aveugle20(*), au point que celui-ci a fini par être considéré comme interchangeable avec le label extrême droite. Pour illustrer ce processus, l'auteur cite notamment Kitschelt dont la très ambitieuse étude intitulée «The Radical Right in Western Europe. A Comparative Analysis»21(*), ne donne pas d'argument en faveur de l'utilisation de ce concept aux dépens de celui d'extrême droite.22(*) Cet auteur utilise d'ailleurs sporadiquement l'expression extrême droite («extreme right»23(*)) et de manière interchangeable avec celui de droite radicale (cf. infra, point 2.5.).

Pour Backes, «le concept de `'radicalisme de droite'' présente en soi tous les défauts»24(*) du terme «extrémisme de droite». Si on y ajoute les défauts spécifiques de cette expression, on peut considérer que celle-ci ne pourrait constituer une alternative conceptuelle satisfaisante.

Les concepts de «fascisme» ou «néofascisme» sont aujourd'hui considérés de manière quasi unanime comme insatisfaisants pour aborder la nature réelle des mouvements contemporains d'extrême droite. La rupture de la filiation fasciste des principales formations qui font l'objet de ce débat, et la marginalisation électorale aujourd'hui très nette des mouvements se réclamant d'un héritage fasciste ou nazi, ont été abondamment soulevés par la communauté scientifique et ne font plus vraiment débat.25(*) On peut effectuer un constat assez similaire concernant les appellations tendant à présenter ces partis comme des formations «single-issue», comme les expressions partis «racistes» ou «anti-immigration» ou encore la dénomination de Ulrich Hartmann, Hans-Peter Steffen et Sigrid Steffen qui qualifient cette mouvance contemporaine de «forces anti-progrès»26(*). Les failles et insuffisances scientifiques de la «single-issue party thesis»27(*) ont notamment été mises en lumière par Cas Mudde28(*).

L'utilisation de l'idiome «nouvelle droite» n'est pas moins problématique pour rendre compte de la mouvance des partis de la troisième vague. En effet, ces termes renvoient initialement à un mouvement culturel proche du conservatisme, nourri par plusieurs think-tanks et publications. La Nouvelle Droite française désigne, elle, de manière plus précise encore un petit groupe d'intellectuels qui tentent de remettre au goût du jour l'agenda culturel droitier, mais tout en adoptant des points de vue pro-libéraux29(*) (cf. infra point 4.2.2., l'influence des écrits de Alain de Benoist dans la morphologie idéologique de l'UDC). L'expression «nouvelle droite» étant assimilée à des mouvements culturels précis, elle ne pourrait pas, sans ambiguïté, renvoyer aux idées politiques, extrémistes et antisystèmes, des mouvements que l'on tente d'aborder ici.

Le national-populisme, lui, s'il est érigé comme un rival et non comme une sous-catégorie du vocable extrême droite, n'est pas sans failles non plus bien qu'il apparaisse comme un des instruments théoriques alternatifs les plus satisfaisants. La décomposition de cette expression renvoie d'abord au nationalisme, qui, bien que central dans les mouvements d'extrême droite contemporains, n'en est pas moins une notion doctrinale «soulignant fortement les intérêts politiques et de puissance d'Etats nationaux, sans que le cadre libéral-démocratique ne soit abandonné»30(*). Le nationalisme peut donc aussi bien désigner les thèses nationalistes de la tendance faisant l'objet de la présente étude que l'idéal de Benes et Masaryk en Tchéquie, le pancongolisme de Patrice Lumumba, ou la lutte d'Amilcar Cabral pour l'indépendance de la Guinée-Bissau et du Cap Vert.

Les défenseurs de cette conception argueront qu'une fois apposé le terme de populisme à côté de cette notion nationaliste, l'idiome «national-populisme» serait plus en rapport avec l'objet qu'il prétend désigner. Cela n'est pas sans fondement, mais il faut ici rappeler que le populisme ne renvoie pas à un contenu doctrinal prédéfini. Le populisme désigne bien plus un style politique qu'une construction idéologique, ainsi «l'extrémisme de droite n'est pas toujours populiste et tous les populismes ne sont pas d'extrême droite»31(*). Le national-populisme, s'il n'est pas lui-même entendu comme une sous-catégorie typologique au sein des partis d'extrême droite, ne pourrait donc pas, semble-t-il, «caractériser complètement»32(*) le phénomène que l'on tente de cerner, c'est-à-dire l'ensemble des extrêmes droites (modernes et `'historiques''). Selon Giugni et Passy, le national-populisme n'est qu'une nouvelle dénomination de l'extrême droite modernisée33(*). Elle ne serait donc pas intrinsèquement meilleure, juste neuve.

Il peut en contre-partie s'avérer très utile pour désigner, au sein de l'extrême droite contemporaine, cette tendance de formations dont le nationalisme est particulièrement central dans l'idéologie et dont les leaders font preuve d'un populisme manifeste.

Suite à ces brèves réfutations, on pourrait conclure en citant Backes, pour qui «les concepts concurrents de celui d'extrémisme de droite présentent encore plus d'inconvénients que le concept primaire»34(*).

Le concept d'extrême droite n'est pas non plus dénué d'étroitesses perspectivistes, comme l'ont notamment soulevé Elbers et Fennema35(*). Mais bien que certains des écueils indiqués soient pertinents (notamment le fait que les représentants de ces partis ne se considèrent pas comme des hommes de droite, ou que le profil de leur électorat ne soit pas forcément celui d'un électorat de droite), plusieurs chercheurs, et notamment Cas Mudde, ont mis en exergue que le concept alternatif que proposent ces auteurs, à savoir celui de «racistische partijen», entraîne plus de difficultés qu'il n'en résout, d'autant que la plupart des reproches adressés par ces politologues au concept d'extrême droite peuvent s'appliquer à la solution conceptuelle alternative qu'ils proposent36(*).

Mudde applique d'ailleurs ce constat à l'ensemble des «`'new'' labels»37(*) et argue, étant donné qu'aucune des alternatives ne constitue une réelle solution et que donc «they do not justify the rejection of what is still the most generally used term to describe this particular party family»38(*), qu'il s'avère plus utile de conserver les termes «extrême droite».

Si le choix méthodologique du recours au concept d'extrême droite paraît presque s'imposer par défaut comme le «moins mauvais» des choix conceptuels, il ne faut cependant pas en conclure qu'il n'est pas sans offrir certains avantages en matière théorique.

Comme le note Ignazi, le terme a effectivement ses points forts : «First, it recalls the notion of extremeness in a political and ideological space [en italique dans le texte] : extreme of right denotes those issues and organizations [en italique dans le texte] that are close to one extreme of the political spectrum. Secondly, the extremeness is related to `'anti-system'' value set»39(*). Le label ainsi utilisé permettrait de renseigner sur la localisation spatiale de ces partis sur le continuum gauche-droite (ils occupent la position la plus à droite, qui, si l'on extrapole à partir des écrits de Norberto Bobbio40(*), représente la position d'un parti qui conçoit les hommes comme fondamentalement inégaux), ainsi que sur leur substantifique moëlle idéologique qui serait l'opposition au système et aux valeurs démocratiques.

Il faut noter également que cette notion d'extrême droite, entendue comme un courant anti-égalitaire et contenant une opposition aux principes démocratiques41(*), «par sa largesse, permet de placer sous un même toit analytique des mouvements qui seraient incapables de s'allier politiquement entre eux»42(*). Elle présente également la faculté d'englober les extrêmes droites historiques (notamment le fascisme et le nazisme) et contemporaines.

Mais bien que l'

Pourquoi utiliser le « on » ? Pourquoi pas « Je » ? Je ferai cette remarque à de nombreuses reprises dans le texte en surlignant le « on » en bleu foncé...

on choisisse d'avancer dans ce travail avec cette arme conceptuelle,

Dans ce cas, je mettrais « il faut que le lecteur garde à l'esprit... »

on gardera à l'esprit à chaque étape de ce dernier que ce cadre théorique «ne doit toutefois pas être compris comme une scolastique intellectuelle. Les concepts forment la base interprétative permettant la formalisation d'hypothèses explicatives. Ils ne doivent pas être confondus avec la réalité, mais servir de moyen heuristique de leur élucidation. Chaque stratégie conceptuelle a ses aspects problématiques et ses étroitesses perspectivistes»43(*).

Celle que l'on a choisie d'appliquer dans la présente étude ne fait pas exception, c'est pourquoi on veillera à ne pas entretenir de rapport dogmatique aux outils conceptuels nécessaires à la résolution de l'hypothèse de départ de ce travail et on abordera ces concepts comme de simples instruments à valeur heuristique en tentant d'éviter «toute hypostasie des `'consubstantialités éternelles''»44(*).

* 12 P. PERRINEAU, « L'extrême droite en Europe : des crispations face à la `'société ouverte''», in P. PERRINEAU (ed.), « Les croisés de la société fermée. L'Europe des extrêmes droites », Editions de l'Aube, La Tour d'Aigues, 2001, pp. 5-10.

* 13 Id., p. 6.

* 14 U. BACKES, «L'extrême droite : les multiples facettes d'une catégorie d'analyse», in P. PERRINEAU, «Les croisés de la société fermée. L'Europe des extrêmes droites», op. cit., p. 14.

* 15 C. MUDDE, «The ideology of the extreme right», Manchester University Press, Manchester et New York, 2000, p. 16.

* 16 C. MUDDE, «The War of Words Defining the Extreme Right Party Family», West European Politics, Londres, Frank Cass, vol. 19, n°2, avril 1996, p. 228.

* 17 P. IGNAZI, «Les partis d'extrême droite : les fruits inachevés de la société postindustrielle», in P. PERRINEAU, «Les croisés de la société fermée. L'Europe des extrêmes droites», op. cit., p. 369.

* 18 P. IGNAZI, «Extreme Right Parties in Western Europe», Oxford University Press, Oxford, 2003, p. 28. 

* 19 Ibid.

* 20 Ibid. Traduction personnelle.

* 21 H. KITSCHELT (en collaboration avec A.J. McGann), «The Radical Right in Western Europe. A Comparative Analysis», University of Michigan Press, Ann Arbor, 1997.

* 22 P. IGNAZI, «Extreme Right Parties in Western Europe», op. cit., p. 28.

* 23 H. KITSCHELT (en collaboration avec A.J. McGann), «The Radical Right in Western Europe. A Comparative Analysis», op. cit., p. 19.

* 24 U. BACKES, «L'extrême droite : les multiples facettes d'une catégorie d'analyse», op. cit., p. 14.

* 25 Voir P. IGNAZI, «The silent counter-revolution. Hypotheses on the emergence of extreme right-wing parties in Europe», European Journal of Political Research, Amsterdam, vol. 22, n° 1, juillet 1992, pp. 3-34. ; P. TAGGART, «New Populist Parties in Western Europe», West European Politics, London, vol. 18, n° 1, janvier 1995, pp. 34-51; J.-Y. CAMUS, «Extrême droite européenne : la rupture de la filiation fasciste ?» in «Nouveaux monstres et vieux démons : déconstruire l'extrême droite», Contre-temps, n°8, éditions Textuel, Paris, septembre 2003, pp. 117-122 et «Une extrême droite sans filiation fasciste : les populismes xénophobes en Europe» in «L'extrême droite populiste en Europe», Recherches internationales, n° 65, Paris, automne 2001, pp. 15-30.

* 26 U. HARTMANN, H.-P. STEFFEN et S. STEFFEN, «Rechtsextremismus bei Jugendlichen. Anregungen, der wachsender Gefahr entgegenzuwirken», Kösel, Munich, 1985, p. 9. Traduction personnelle.

* 27 C. MUDDE, «The Single-Issue Thesis : Extreme Right Parties and the Immigration Issue», West European Politics, Londres, vol. 22, n° 3, juillet 1999, pp. 182-197.

* 28 Ibid.

* 29 P. IGNAZI, «Extreme Right Parties in Western Europe», op. cit., p. 29.

* 30 U. BACKES, «L'extrême droite : les multiples facettes d'une catégorie d'analyse», op. cit., p. 18.

* 31 Id., p. 21.

* 32 Id., p. 20.

* 33 M. GIUNI et F. PASSY, «Cleavages, Opportunities, and Citizenship : Political Claim-making by the Extreme Right in France and Switzerland», Département de sciences politiques, Université de Genève, Mai 2001, p. 4, articles en ligne du IEPI, url : www.unil.ch/iepi/publications/articles_en_ligne.html

* 34 Id., p. 21.

* 35 F. ELBERS et M. FENNEMA, «Racistische partijen in West-Europa. Tussen nationale traditie en Europese samenwerking», Stichting Burgerschapskunde, Leiden, 1993, pp. 11-13.

* 36 C. MUDDE, «The War of Words Defining the Extreme Right Party Family», op. cit., p. 232.

* 37 C. MUDDE, «The ideology of the extreme right», op. cit., p. 180.

* 38 Ibid.

* 39 P. IGNAZI, «Extreme Right Parties in Western Europe», op. cit., p. 30.

* 40 N. BOBBIO, «Droite et gauche: essai sur une distinction politique», Seuil, Paris, 1996, traduction de S. Gherardi et J.-L. Pouthier.

* 41 A. GARDBERG, «Against the Stranger, the Gangster and the Establishment», Swedish School of Social Sciences, Helsinki, 1993, p. 32.

* 42 U. BACKES, «L'extrême droite : les multiples facettes d'une catégorie d'analyse», op. cit., p. 23.

* 43 Ibid.

* 44 Id ., p. 24.

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