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L'UDC de C. Blocher: l'extrême droite au coeur de la concordance helvétique?

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par Julien Vlassenbroek
Université Libre de Bruxelles - Licence en sciences politiques 2004
  

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4.2.1.1.5. L'intégration supranationale ferait régresser la Suisse

«Lorsque le dernier des derniers se sera fourré dans la tête que nous, Suisses, sommes exactement les mêmes et même un peu pire [sic] que tous les autres peuples et Etats de ce monde, nous aurons alors liquidé [...] notre statut spécial, souveraineté, neutralité et démocratie directe incluses, et c'est alors que notre pays pourra être mené en toute tranquillité au sein de l'UE, de l'ONU et de l'OTAN»279(*), ce discours de Blocher affirme très clairement sa croyance en la supériorité du modèle suisse et des Suisses sur les autres peuples et Etats. En effet, s'il est néfaste que l'on tente de convaincre les Suisses qu'ils sont exactement les mêmes que les autres, cela voudrait donc dire qu'il les considère comme intrinsèquement supérieurs.

Toute intégration à des institutions supranationales signifierait immanquablement une régression pour la Suisse, étant donné qu'elle devrait se soumettre à des modèles politiques et économiques que l'UDC juge inférieurs à ceux développés par ce pays, qui resterait finalement le seul Etat à avoir sa propre politique dans un monde de plus en plus uniformisé. Ainsi, si «nos [à nous, Suisses] normes de qualité ne sont pas toujours ``eurocompatibles''» c'est «parce qu'elles se situent souvent au-dessus de celles de l'Union européenne»280(*), une adhésion aux institutions européennes ne pouvant se traduire que par « un nivellement par le bas de nos points forts»281(*).

«On nous [les Suisses] demande de descendre d'une voiture confortable pour monter dans une charrette»282(*). C'est avec cette image qu'Eric Bertinat, secrétaire général genevois du parti, synthétisait la vision udécéenne des institutions internationales et de la Suisse. Pour Blocher, le «pays devrait avoir le courage, la force et la conscience d'être différent et mieux et de ne pas vouloir se tapir dans l'uniformité et le nivellement de l'UE, à l'instar de nombreux Etats européens»283(*).

4.2.1.1.6. L'histoire au service de l'opposition aux organisations internationales

Pour appuyer cette vision fichtéenne d'une Suisse intrinsèquement supérieure aux autres nations et l'idée que toute intégration supranationale est incompatible avec l'essence même de la Suisse, les dirigeants de l'UDC en général, et Christoph Blocher en particulier, ont souvent recours à l'instrumentalisation d'une histoire embellie, voire remodelée. Cette pratique se retrouve notamment dans cet extrait : «Bientôt arrivé au terme de ce 20e siècle, notre petit pays peut constater que même dans les moments les plus durs, sous la pression extérieure la plus extrême et avec des efforts surhumains il a pu garder allumée la flamme de la liberté, de l'humanité, de la démocratie et du droit à l'encontre des poings bruns et rouges, au cours de la Seconde Guerre mondiale pendant un certain temps pratiquement comme seul Etat sur le continent européen, et entièrement encerclé par un environnement hostile»284(*).

On retrouve l'emploi d'un tel procédé lorsque Blocher prête les termes suivants à un certain Fritz Bopp, Conseiller national de l'entre-deux guerres, qui, à l'époque, mettait la Suisse en garde contre la Société des Nations : «Ce n'est pas lorsque des canons sont dirigés contre ses frontières que notre pays est le plus menacé, mais c'est lorsque des gouvernants étrangers embobinent nos politiciens dans un excès d'amabilité. Tel est plus que jamais notre cas : priez, citoyens suisses libres, priez !»285(*), et le Conseiller fédéral de commenter à la suite de cette citation : «C'est pourquoi, Mesdames et Messieurs, il est du devoir de l'Action pour une suisse [sic] indépendante et neutre de dénoncer et de combattre ces intégrations et adaptations désastreuses pour notre pays car elles sont contraires à la neutralité et hostiles à la souveraineté de notre peuple. Notre tâche consiste à apporter notre contribution pour que la Suisse n'adhère à l'UE ni ouvertement, ni par la bande. La demande d'adhésion à l'UE soit retirée [en gras dans le texte].»286(*) Blocher passe ici sans transition de la SDN à l'UE, de la situation de l'entre-deux guerres à celle qui prévaut aujourd'hui afin d'appuyer sa position anti-européenne.

Lorsque le Conseiller fédéral Deiss se dit favorable à l'adhésion à l'UE (cf. supra), Blocher met une nouvelle fois sa version de l'histoire à profit pour lui répondre : «Non, Monsieur le Conseiller fédéral Deiss : la Suisse ne s'est pas battue pendant 700 ans pour que notre petit pays et ses citoyennes et citoyens se soient affranchis des despotes, grandes puissances et appétits de pouvoirs pour sacrifier tout cela aujourd'hui sur l'autel de politiciens manquant de courage !»287(*). L'UE ne serait donc rien d'autre qu'une nouvelle menace despotique, une grande puissance affamée de pouvoir et voulant faire main basse sur la Suisse, qui lutterait contre ce type de menaces depuis 700 ans. Dans un autre discours, le même orateur expliquait que « après la libération du joug des tyrans, il fallait former une communauté sur la prairie des Rütli, résoudre ensemble les problèmes avec le moins de structures contraignantes possible. [...] en prêtant serment sur le Rütli, les anciens alliés se sont fédérés en 1291. Ils ont fait le choix de la liberté individuelle et, partant, refusé toute mainmise impériale, centrale et hiérarchisée des Habsbourg. Dès lors, ils ont protégé leur union libérale contre tout ennemi extérieur [...]. C'est l'union de ces anciennes vallées administrées par des baillis, de ce non aux velléités centralisatrices d'une grande nation, de ce non à la domination étrangère et à la tyrannie, [en gras dans le texte] qu'est né notre pays. Mesdames et Messieurs, l'avoir compris fait partie du secret de l'UDC. Celui qui a identifié ces forces, et donc le «Sonderfall» Suisse [sic], est inéluctablement en conflit de nos jours avec le PS et ses «partenaires de la coalition de la raison», le PRD et le PDC.

Les attaques contre la neutralité armée permanente sont aussi évidentes que pernicieuses. C'est précisément cette neutralité, qui a massivement contribué à protéger la Suisse de la guerre depuis 200 ans, qu'il faudrait brader pour que notre pays puisse adhérer à l'ONU et à l'UE et se rapprocher d'alliances militaires [...]. »288(*). La fédération de 1291, qui serait l'ancêtre directe de la Confédération helvétique telle qu'on la connaît aujourd'hui, ayant fait le choix de la neutralité et du refus de l'intégration face à l'empire des Habsbourg, ce serait balayer 700 ans d'histoire et un pan entier de l'identité suisse que d'intégrer aujourd'hui le pays dans des institutions supra-étatiques, centralisatrices et impérialistes. Cela constituerait en sus une attaque directe contre la particularité suisse qu'est la neutralité armée et qui aurait permis de préserver ce pays des guerres depuis 200 ans. Présentée de cette manière, l'intégration aux organes supranationaux est non seulement une atteinte à l'essence de la «suissité», au «Sonderfall», mais reviendrait également à prendre le risque de voir le pays touché par les guerres, risque qui n'existerait apparemment pas dans l'état actuel des choses. Ces mythes nationaux sont également utilisés afin d'entretenir l'idée d'une certaine supériorité du peuple suisse, puisque «rares sont les pays dont les mythes nationaux ont un sens aussi profond qu'en Suisse»289(*).

En résumé, pour l'UDC, toute forme d'intégration, à quelque organisme supranational que ce soit, perçu comme un reliquat de l'idéal internationaliste communiste, menace directement les intérêts politiques et économiques de la Suisse, son essence (le fameux «Sonderfall» qui se traduit par la neutralité armée, l'indépendance, la démocratie directe et le secret bancaire), celle de son peuple (la «suissité») et s'opposerait au sens de ses mythes fondateurs et de son histoire pluriséculaire telle que la conçoit ce parti.

* 279 C. BLOCHER, «La politique au 21ème siècle. Réflexions à l'occasion de la 11ème session de l' `'Albisgüetli`', du 15 janvier 1999, de Monsieur le conseiller national Christoph Blocher», op. cit., p. 4.

* 280 C. BLOCHER, «Dix ans après le non au traité de l'EEE. Analyse de la situation et perspectives», op. cit., p. 11.

* 281 Ibid.

* 282 Propos de Eric Bertinat in J.-M. DEMETZ, «Coup de barre à droite», L'Express du 16 octobre 2003, sur www.lexpress.fr, url : www.lexpress.fr/Express/Info/Europe/Dossier/suisse/dossier.asp?ida=408182

* 283 C. BLOCHER, «La politique au 21ème siècle. Réflexions à l'occasion de la 11ème session de l' `'Albisgüetli`', du 15 janvier 1999, de Monsieur le conseiller national Christoph Blocher», op.cit., p. 7 de 24 de la version imprimée ; url : www.blocher.ch/f/themen/albis99.htm

* 284 Id., p. 6.

* 285 C. BLOCHER, «Allocution de bienvenue et point de la situation du Conseiller national Dr. Cristoph Blocher à l'occasion de la 18e Assemblée générale ordinaire de l'Action pour une Suisse indépendante et neutre (ASIN) du 17 mai 2003 à Berne», op. cit., p. 5.

* 286 Ibid.

* 287 C. BLOCHER, «Si tu cherches la guerre, elle te trouvera ! Point de la situation politique février 2001», op. cit., p. 4.

* 288 C. BLOCHER, «Les sept secrets de l'UDC (strictement confidentiel). Discours de l'Albisgüetli 2000. Une analyse de la situation politique à l'occasion de la 12ème Assemblée de l'Union Démocratique du Centre du canton de Zurich à l'Albisgüetli par le conseiller national Christoph Blocher, Président de l'UDC du canton de Zurich», op. cit., p. 12.

* 289 Ibid.

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