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L'UDC de C. Blocher: l'extrême droite au coeur de la concordance helvétique?

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par Julien Vlassenbroek
Université Libre de Bruxelles - Licence en sciences politiques 2004
  

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4.2.2.4. Les solutions de l'UDC

Pour lutter contre l'immigration actuelle, qu'elle juge «sans possibilité de contrôle»338(*), l'UDC s'oppose à étendre «la libre circulation des personnes jusqu'à la frontière russe et jusqu'aux anti-chambres du Proche-Orient et d'Afrique du Nord»339(*) comme chercherait à l'obtenir l'UE avec la complicité du Conseil fédéral340(*). Le parti vise à «renforcer massivement la protection des frontières et à renoncer à l'adhésion aux accords de Schengen»341(*), à cet effet «l'armée doit être engagée»342(*) afin de rendre les frontières hermétiques. Ensuite il faudrait impérativement que «la proportion d'étrangers vivant en Suisse soit effectivement abaissée»343(*) tout d'abord en révisant la loi concernant les immigrés déjà présents sur le territoire, il «faut en particulier revoir les dispositions sur le regroupement familial. Un délai d'attente de 5-7 ans doit être introduit pour les membres de la famille et la limite d'âge pour les enfants doit être ramenée de 18 à 14 ans. Ce sera un premier pas vers une réduction à long terme de la population étrangère»344(*), ensuite par «la réintroduction des autorisations de courte durée pour quelques semaines ou mois sans regroupement familial et sans possibilité de transformation en autorisation de séjour»345(*) afin de préserver l'économie suisse qui «a besoin d'une libéralisation du droit des étrangers adaptée à ses besoins spécifiques et non pas d'un droit général à l'immigration»346(*). Autrement dit, l'économie suisse devrait pouvoir faire appel à de la main d'oeuvre étrangère pour quelques semaines, tout en se préservant du `'risque'' que cette main d'oeuvre ne vienne grossir les effectifs de la population étrangère installée dans le pays. Il s'agit-là d'une vision purement mécanique et déshumanisée de la place de l'immigré dans la société et le fonctionnement de l'économie où l'on se sert des `'outils'' dont on a ponctuellement besoin, pour les jeter après usage.

La réduction du nombre d'étrangers dans le pays passerait également par l'expulsion des criminels allochtones. Ceux-ci «doivent être expulsés et immédiatement renvoyés dans leur pays»347(*). Dans cette logique, le parti estime non seulement que «les criminels étrangers doivent purger leur peine dans leur pays d'origine»348(*) mais aussi que si «les jeunes délinquants sont des étrangers et s'ils récidivent, il faut envisager l'expulsion de toute leur famille»349(*).

En ce qui concerne le droit d'asile, l'UDC se prononce pour un durcissement radical de la législation en vigueur. Elle vise «l'interdiction totale de travail pour les requérants, leur exclusion des assurances sociales et l'expulsion de ceux qui ont affaire à la justice même pour des petits délits [comme certaines infractions au code de la route]»350(*), ainsi que la création de «camps d'internement»351(*). En outre l'UDC s'oppose catégoriquement au principe des «titres de séjour avec les admissions `'provisoires'' et `'humanitaires'', de même qu'aux nombreuses exceptions apportées à la réglementation de l'Etat tiers»352(*) et ce afin d'empêcher toute possibilité pour que d'éventuels fraudeurs «puissent recourir abusivement au droit d'asile»353(*). Ces mesures participent à une criminalisation des requérants d'asile, qui sont perçus comme une bande de fraudeurs parmi lesquels il faut déceler les quelques vrais nécessiteux, sans toutefois permettre à ceux-ci de pouvoir travailler et, partant, de pouvoir bénéficier d'une quelconque aide sociale.

Les positions du parti en matière de naturalisation trahissent son aversion de la multiculturalité (cf. supra). L'UDC défend en effet la conception ethno-assimilasioniste de citoyenneté qui prévaut en Suisse354(*). Celle-ci se caractérise comme suit: «migrants face a closed national community and must downplay their ethnic difference in order to adapt to the norms and cultural codes of the host society»355(*). Partant de ce modèle de citoyenneté, l'UDC «approuve la naturalisation des étrangers intégrés»356(*), où intégré doit donc être entendu dans le sens d'assimilé. L'étranger ne dérange plus l'UDC à partir du moment où, assimilé au peuple suisse, il ne perturbe plus la cohérence nationale, d'autant que, comme on l'a vu plus haut, cette faculté d'assimilation est limitée aux étrangers de «culture chrétienne»357(*). Néanmoins, ces précautions ne sont, semble-t-il, pas suffisantes aux yeux de l'UDC pour préserver la suissité de la menace multiculturelle.

Pour le parti donc la naturalisation basée sur le ius soli «est exclue»358(*), mais en plus «le recours judiciaire contre un refus de la naturalisation est exclu»359(*) et «une personne demandant la naturalisation doit [...] renoncer à sa nationalité précédente»360(*) afin d'éviter tout parasitage multiculturel de la citoyenneté suisse. En outre, l' «UDC s'oppose avec la même détermination à la réduction des délais dans la procédure de naturalisation»361(*). Et si «l'octroi du droit de citoyenneté doit reposer sur une décision démocratique»362(*), elle ne doit pas l'être vis-à-vis de la personne concernée par la procédure mais vis-à-vis du `'peuple'' qui «choisit librement et démocratiquement la procédure et la décision prise sur la base de la procédure adoptée doit être respectée»363(*). La procédure étant supposée démocratique, elle se suffit à elle-même et ne souffre aucune motivation, puisqu'il «n'a jamais été nécessaire de motiver, voire de justifier une décision démocratique»364(*). Il ne faut donc pas de motivation légale, pas de raison objective pour refuser une naturalisation, un respect purement formel des procédures suffit.

On verra dans l'analyse à quel point ces `'solutions'' sont empreintes de xénophobie, voire de racisme, et dans quelle mesure elles déshumanisent la figure de l'étranger qui n'est plus perçu qu'en termes de menaces et de problèmes posés alors qu'aucun des aspects positifs, et vitaux pour la Suisse, de l'apport de l'importante communauté étrangère de ce pays n'y est abordé.

* 338 «Le Conseil fédéral a trompé le peuple», op. cit.

* 339 Ibid.

* 340 Ibid.

* 341 «Renforcer maintenant les contrôles des frontières», communiqué de presse de l'UDC - Suisse du 23 juillet 2003, Berne, consulté sur www.udc.ch, url : www.udc.ch/print.html?page_id=579

* 342 «UDC: Il faut expulser les trafiquants de drogues africains», op. cit.

* 343 UDC, «Plate-forme électorale 2003 à 2007», op. cit., p. 41.

* 344 UDC, «Plate-forme électorale : Politique d'Asile et des Etrangers» programme électoral de l'UDC en vue des législatives de 1999, op. cit.

* 345 «Le Conseil fédéral a trompé le peuple», op. cit.

* 346 Ibid.

* 347 «Criminalité des étrangers :Hausse de 20%», op. cit.

* 348 UDC, «Plate-forme électorale 2003 à 2007», op. cit.

* 349 Ibid.

* 350 E. FELLEY avec la collaboration de P.-A. JOYE, «Etrangers : l'UDC maintient la pression», L'Hebdo, 18 décembre 2003, Lausanne, p. 40.

* 351 Ibid.

* 352 «Le Conseil fédéral doit tenir ses promesses», communiqué de l'UDC - Suisse du 6 janvier 2003, Berne, consulté sur www.udc.ch, url : www.udc.ch/print.html?page_id=179

* 353 Ibid.

* 354 M. GIUNI et F. PASSY, «Cleavages, Opportunities, and Citizenship : Political Claim-making by the Extreme Right in France and Switzerland», Département de sciences politiques, Université de Genève, Mai 2001, p. 7, articles en ligne du IEPI, url : www.unil.ch/iepi/publications/articles_en_ligne.html

* 355 Ibid.

* 356 UDC, «Plate-forme électorale : Politique d'Asile et des Etrangers» programme électoral de l'UDC en vue des législatives de 1999, op. cit.

* 357 Propos de Cristoph Blocher rapporté par Pierre Niggli in P.-A. JOYE, «Le plan Blocher ? Intégrer l'extrême droite !», op. cit.

* 358 UDC, «Plate-forme électorale 2003 à 2007», op. cit., p. 41.

* 359 Ibid.

* 360 Ibid.

* 361 «Sévère critique de l'UDC contre la révision de la loi sur la nationalité», communiqué de l'UDC - Suisse du 5 septembre 2003, Berne, consulté sur www.udc.ch, url : www.udc.ch/print.html?page_id=629

* 362 Iibd.

* 363 «L'UDC s'oppose au minage des droits populaires», communiqué de l'UDC - Suisse du 9 juillet 2003, Berne, consulté sur www.udc.ch, url :www.udc.ch/print.html ?page_id=559

* 364 Ibid.

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