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L'UDC de C. Blocher: l'extrême droite au coeur de la concordance helvétique?

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par Julien Vlassenbroek
Université Libre de Bruxelles - Licence en sciences politiques 2004
  

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4.2.3.2. Le nationalisme dans le cadre théorique développé par Paul Taggart

La première des dimensions idéologiques confrontée au modèle du parti d'extrême droite néopopuliste de Paul Taggart avait permis d'établir un élément de congruence incontestable entre la dimension antisystème empiriquement constatée dans la littérature et les discours udécéens d'un côté, et la dimension antisystémique présente dans les éléments idéologiques du modèle idéal-typique du parti de la mouvance du «nouveau populisme».

Il restait toutefois à aborder les autres dimensions de cet idéal-type et notamment celle, qualifiée de centrale par l'auteur, qui consiste à développer une conception particulière du `'heartland''. «Implicit and integral to populism is a vision of the heartland: a sense of what is `'normal'' and, consequently, comfortable. [...] populism frequently resorts to attacking those that appear to be threatening to notions of the heartland. [...]»397(*). On verra au point 4.3.3.2. que cet aspect du modèle ne concerne pas uniquement la dimension nationaliste. Mais on peut d'ores et déjà considérer que le nationalisme tel qu'il se manifeste empiriquement dans le cas de l'UDC peut être abordé comme une manifestation de cette conception. La vision d'une Suisse immuable, parvenant à maintenir sa neutralité même lors des conflits mondiaux et porteuse d'une «suissité» innée chez ses citoyens dont on n'a pas de définition en termes positifs mais systématiquement en termes d'exclusion, recoupant ainsi le postulat taggartien selon lequel le concept de peuple légitime dans l'idéologie du modèle théorique du parti néopopuliste « is characterised more by whom it excludes than by whom it includes»398(*), semble confirmer cette intuition.

On pourra rétorquer qu'il existe bien dans le patrimoine discursif udécéen un concept positif de l'élément-type du peuple légitime. Il s'agirait du citoyen suisse qui est donc supposé disposer de manière innée ou avoir acquis les éléments ethno-culturels contenus dans la «suissité». Mais cette définition est incompatible avec l'établissement de critères objectifs de détermination de l'appartenance à la citoyenneté, la «suissité» étant basée, dans la rhétorique udécéenne, sur des critères éminemment subjectifs, ou sur des éléments de mentalité souffrant d'une latitude interprétative extrêmement vaste. De plus, même dans l'hypothèse de critères purement objectifs, le cas des musulmans d'origine étrangère disposant de la nationalité suisse demeurerait problématique pour l'UDC. Ils sont administrativement suisses et, ayant acquis leur nationalité dans un pays marqué par un modèle ethno-assimilationiste de la citoyenneté399(*), sont supposés assimilés (au niveau de la langue, de l'insertion socioprofessionnelle, etc.). Mais on a vu que les musulmans sont considérés par l'UDC comme inassimilables. Tant que ce présupposé existera dans l'acquis idéologique de la formation de Blocher, on peut supposer que la définition objective et dépassionnée du citoyen suisse dans cette conception demeurera un tonneau des Danaïdes. Il y a donc bien une tendance à avoir une idée précise de qui doit être exclu du `'heartland'', de qui le menace (les étrangers `'exotiques'', les faux demandeurs d'asile, la gauche, l'Europe, etc.), avant d'avoir établi en termes positifs le profil de qui pouvait légitimement prétendre y être inclus.

On se trouverait donc bien à nouveau face à un aspect empirique de l'idéologie de l'UDC qui le rapprocherait du modèle taggartien du «new populist party».

Cette thèse semble pouvoir être accréditée si l'on prend en compte les écrits de Taggart selon lesquels «high on the list of the excluded for the New Populists are [...], immigrants»400(*) ou encore d'après lesquels tous les partis de cette mouvance ont inclus des éléments de nationalisme dans leurs programmes et leurs discours.401(*)

Taggart écrit à propos des new populist parties: «It is opposed to the system and to those who run the system. And it frequently invokes a notion of `'the people'' that is characterised more by whom it excludes than by whom it includes. Central to this impetus is a politics of the `'heartland''»402(*). Lorsqu'on connaît le contenu de cette conception néopopuliste du `'heartland'' (cf. supra), il semble qu'au vu des deux premières dimensions empiriques étudiées, la congruence constatée au point 4.1.3.2. entre l'UDC et la mouvance d'extrême droite contemporaine des `'new populist parties'' n'en ressorte que confortée, bien qu'il fût très prématuré de se prononcer définitivement à ce stade de l'étude quant à l'applicabilité du cadre théorique taggartien au cas empirique de l'UDC blochérienne.

* 397 P. TAGGART, «New Populist Parties in Western Europe», op. cit., p. 37.

* 398 Ibid.

* 399 M. GIUNI et F. PASSY, «Cleavages, Opportunities, and Citizenship : Political Claim-making by the Extreme Right in France and Switzerland», op. cit., p. 7.

* 400 Ibid.

* 401 Id., p. 35.

* 402 Id., p. 37.

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