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L'UDC de C. Blocher: l'extrême droite au coeur de la concordance helvétique?

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par Julien Vlassenbroek
Université Libre de Bruxelles - Licence en sciences politiques 2004
  

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4.2.3.3. Le nationalisme dans le cadre théorique développé par Jean-Yves Camus

Pour Camus, il ne fait pas de doute que les «nouveaux populismes xénophobes»403(*) s'attaquent principalement «à la classe politique» mais également «aux étrangers et aux demandeurs d'asile»404(*). Ce dernier élément est d'ailleurs à la base des appellations utilisées par l'auteur : qu'il s'agisse de «national-populisme», «nouveau populisme xénophobe», «partis nationalistes xénophobes», «populisme ultra-libéral et xénophobe», etc. 405(*) Toutes font référence à une dimension nationaliste et/ou xénophobe.

L'extrême droite contemporaine baserait donc bien son dispositif programmatique sur des thèses nationalistes telles que celles constatées ci-dessus dans le cas de l'UDC. Mais les constatations faites ici semblent également rapprocher le parti présidé par Ueli Maurer des partis d'extrême droite dits «mixtes» dans les modèles développés par Camus.

En effet, ceux-ci se caractériseraient par «une même revendication identitaire: la préférence nationale, c'est-à-dire l'attribution aux seuls nationaux de souche des droits politiques, économiques et sociaux»406(*), constats a priori applicables à l'UDC, notamment lorsqu'un conseiller national du parti fustige «l'ancienne conseillère fédérale Ruth Metzler [qui] n'a pas hésité à parler de nos `'concitoyennes et concitoyens étrangers''. Elle a pu le faire parce que le droit de vote et d'éligibilité a commencé à s'imposer au niveau communal. [...]», ajoutant qu'il s'agit-là d'une «stratégie de la gauche, qui vise à réaliser une société multiculturelle», et précisant que «l'UDC est malheureusement le seul parti à [...] combattre ces projets mal intentionnés»407(*). Les projets qui visent à faire des étrangers des «concitoyens» sont donc «mal intentionnés» et à ce titre combattus par l'UDC.

On se trouve bel et bien ici face à cette «revendication identitaire» que décrit Camus et qui rassemble les formations d'extrême droite dites «mixtes».

Camus ajoute : «Elles partagent également une même aversion pour la société multiculturelle, source supposée de tous les dysfonctionnements du corps social, et souhaitent donc limiter l'immigration ou inverser les flux migratoires en expulsant les résidants étrangers non-européens. [...] cette partie de l'extrême droite a reformulé ce qui équivaut à un suprémacisme `'blanc'' d'une manière plus acceptable au regard de l'évolution des mentalités et des lois antiracistes en vigueur : elle défend désormais l'ethno-différentialisme, soit la théorie selon laquelle chaque ethnie a le droit de vivre selon ses normes sur son propre sol, sans se mélanger avec les autres peuples»408(*). On a pu constater que tous ces éléments se retrouvent, dans une certaine mesure, dans les dimensions empiriques observées ci-dessus. Il faut toutefois préciser qu'on ne peut parler de reformulation dans le cas de l'UDC, le parti n'ayant pas de tradition raciste dans son discours.

Mais, une fois cette précision faite, on peut relever que tant «l'aversion» de la société multiculturelle, très présente dans la rhétorique udécéenne, que la volonté «d'inverser les flux migratoires» et de renvoyer les étrangers, ou encore l'adoption des thèses ethno-différentialistes ont été mises en valeur dans la présentation de la dimension xénophobe de l'idéologie de l'Union Démocratique du Centre. On disposerait donc là de nouveaux éléments permettant d'appuyer l'hypothèse selon laquelle l'UDC intègrerait bien des pans entiers de l'idéologie idéale-typique de l'extrême droite contemporaine selon Camus.

Eléments renforcés par l'idée que «la xénophobie et la volonté d'arrêter l'immigration»409(*), thème «qui a fait la fortune électorale des nationaux-populismes»410(*), a «pour fondement la vision de l'islam comme d'un mal absolu, intrinsèquement porteur de violence terroriste et de la volonté de destruction de la civilisation occidentale. Or, depuis les attentats du 11 septembre 2001, cette hostilité constante aux étrangers musulmans s'est encore renforcée, se muant en une véritable islamophobie»411(*). Il apparaît de manière assez claire au vu notamment du point 4.2.2.3. qu'une prise de position qui a «fait la fortune électorale des nationaux-populismes » est entièrement intégrée dans la structure idéologique de l'UDC.

Camus lui-même effectue ce constat lorsqu'il écrit que cette « tendance xénophobe, voire raciste, et notamment antimusulmane, caractérise toute cette mouvance [les partis catégorisés d' `'extrême droite'' dans le langage courant] [...]. Elle a également joué un grand rôle dans l'essor [...] de l'Union Démocratique du Centre»412(*).

L'auteur notait également en 1998 que «c'est au sein de la section zurichoise de l'Union Démocratique du Centre [...], que, [...] se manifestent avec le plus de succès les thèmes majeurs de l'extrême droite suisse : opposition à l'immigration et aux demandeurs d'asile ; refus de l'entrée dans l'UE et méfiance à l'égard de toutes les instances internationales»413(*), or on a vu au point 3.2. à quel point la section zurichoise était parvenue à imposer son agenda à l'ensemble du parti ses dernières années et a donc fait en sorte que, comme on vient de l'illustrer, l'opposition aux organisations internationales et à l'immigration soit dorénavant au coeur de la littérature du parti au niveau national. On peut donc légitimement supposer que l'UDC intègre désormais «les thèmes majeurs de l'extrême droite suisse».

Bien qu'il soit encore beaucoup trop tôt pour pouvoir se prononcer catégoriquement sur base de la présente étude, on notera, dans le texte de Camus, l'utilisation du déterminant défini «les» devant «thèmes majeurs», ce qui semble indiquer que l'ensemble et non une partie des thèmes majeurs d'extrême droite seraient désormais repris par l'UDC.

Il faudra cependant encore explorer les autres dimensions du cadre théorique de Camus afin de pouvoir émettre un avis pertinent sur le rapport UDC/extrême droite.

* 403 J.-Y. CAMUS, «Une extrême droite sans filiation fasciste : les populismes xénophobes en Europe», op. cit., p. 28.

* 404 Ibid.

* 405 Sur les différents labels des partis d'extrême droite contemporaine utilisés par Camus, cf. supra point 2.3.

* 406 J.-Y. CAMUS, «Une extrême droite sans filiation fasciste : les populismes xénophobes en Europe», op. cit., p. 24.

* 407 Y. PERRIN, «On ne résout pas les problèmes de l'asile et de l'immigration par des naturalisations en masse», op. cit.

* 408 J.-Y. CAMUS, «Une extrême droite sans filiation fasciste : les populismes xénophobes en Europe», op. cit., p. 24.

* 409 J.-Y. CAMUS, «Extrême droite européenne : la rupture de la filiation fasciste ?» in «Nouveaux monstres et vieux démons : déconstruire l'extrême droite», op. cit., p. 120.

* 410 Ibid.

* 411 Ibid.

* 412 J.-Y. CAMUS, «Du fascisme au national-populisme. Métamorphose de l'extrême droit en Europe», op. cit. , p. 3.

* 413 J.-Y. CAMUS, «L'extrême-droite en Europe : où, sous quelles formes, pourquoi ?», Pouvoirs, Paris, n°87, 1998, p. 22.

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