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L'UDC de C. Blocher: l'extrême droite au coeur de la concordance helvétique?

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par Julien Vlassenbroek
Université Libre de Bruxelles - Licence en sciences politiques 2004
  

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4.3. La dimension conservatrice et sécuritaire

Le choix de lier, dans cette étude, les dimensions programmatiques conservatrices et sécuritaires de l'UDC dans une même partie s'impose en fait pratiquement de lui-même, tant celles-ci semblent liées dans les discours et dans la littérature issus du parti. Elles ne visent pas seulement le respect strict de la loi, mais un durcissement de celle-ci avec un accent particulier mis sur la répression, les dispositions légales existantes et leur application étant perçues comme laxistes et trop permissives438(*) (dimension sécuritaire), et donc participant à une déliquescence des valeurs de la communauté nationale propre à la société moderne439(*) (dimension conservatrice), déliquescence dont on a déjà vu que la mondialisation est désignée comme une des principales causes notamment parce que la libre circulation imposée par l'Europe faciliterait la tâche de «criminels étrangers»440(*) qui s'adonnent au «trafic de drogues et d'armes, à la prostitution, à la traite des femmes, au racket»441(*) (cf. point 4.2.3.), corrompant ainsi les moeurs et les forces saines du pays.

Mais elle implique également une certaine conception de l'ordre social souhaitable, une conception basée sur des principes conservateurs et qui pour être concrétisée nécessite des mesures radicales dans le domaine du maintien de l'ordre public442(*). Le lien entre ces deux aspects paraît donc s'imposer plus qu'il ne se choisit.

D'autant qu'ils se retrouvent très souvent liés dans le programme du parti et dans les discours de ses leaders443(*).

Pourtant, il n'en aurait pas toujours été ainsi. Si l'UDC est bien un parti «conservateur de centre-droit»444(*) à la base, il apparaît que c'est le tournant constitué par sa radicalisation blochérienne, à partir de la seconde moitié des années quatre-vingts, qui va induire une importance croissante des thèmes sécuritaires dans les discours du parti et dans les positions de l'ASIN, thèmes qui seront très vite liés à des considérations conservatrices de rejet des valeurs supposées décadentes de la société `'post-soixante-huitarde''445(*).

4.3.1. La sécurité doit être garantie par la répression : zéro tolérance

L'UDC estime que «la sécurité est de moins en moins garantie. Les malfaiteurs étrangers et suisses ne sont pas assez sévèrement réprimés»446(*). Le parti pense d'ailleurs ne pas être le seul à percevoir la réalité sous ce prisme, puisque «la criminalité en général et le trafic de drogues et d'êtres humains en particulier progressent proportionnellement à l'augmentation du nombre de clandestins et de faux réfugiés. Tous les jours les médias évoquent des actes de violence sur les lieux publics. La sécurité de la population suisse est clairement en péril. Les citoyennes et citoyens de ce pays en ont ras-le-bol. Il est grand temps d'agir»447(*). Face à cette société perçue comme de plus en plus violente et de moins en moins sécurisée, le parti se ferait donc le relais des médias et de la vox populi lorsqu'elle prétend qu'il «est grand temps d'intervenir plus sévèrement et de frapper les malfaiteurs de peines plus lourdes, [...] : zéro tolérance à l'égard des criminels»448(*) ou quand elle exige «une position dure et sans compromis. Des peines plus sévères - prison, expulsion - doivent être prononcées contre les malfaiteurs. [...]. Il est grand temps que la Suisse durcisse sa position [...] surtout, [dans le domaine] du droit pénal»449(*).

Sans cette fois aborder la dimension xénophobe, développée au point 4.2.2., dans les mesures qui visent l' «expulsion» des «malfaiteurs» qui sont forcément `'expulsables'' et donc forcément étrangers, on constate ici que l'UDC se prononce bel et bien pour un développement et un durcissement de l'acquis législatif, avec un net accent mis sur la répression, car «les malfaiteurs étrangers et suisses ne sont pas assez sévèrement réprimés»450(*). Le parti vise également à étendre cette logique à la lutte contre les «abus qui nous coûtent des milliards par an : dans l'asile, dans l'assurance-invalidité, dans l'assurance-maladie, etc.»451(*).

L'UDC se prononce donc en faveur d'un renforcement des fonctions régaliennes de l'Etat (parallèlement à un abandon quasi total de ses fonctions redistributives, de pourvoyeur de service public, de régulateur économique - cf. point 4.4 -), de son monopole légitime de la force, aux dépens semble-t-il de toute prévention ou de mesures prises en amont pour lutter contre la violence.

Cette position peut-être illustrée par la réaction de la formation à la proposition du Conseil fédéral de ficher les détenteurs d'armes en Suisse. L'UDC a réagi de manière très catégorique à ce projet, annonçant qu'elle «s'y opposera avec tous les moyens à sa disposition»452(*), arguant, face à cette mesure qui visait notamment à pouvoir pratiquer une prévention plus ciblée sur les possesseurs d'armes à feu, que pour «augmenter la sécurité du pays, il n'est pas nécessaire de gonfler l'appareil bureaucratique, de relever l'identité de tous les détenteurs d'armes [...]. Il convient bien plus de lutter rigoureusement contre les abus d'armes et de combattre le commerce illicite d'armes. Ainsi, le groupe UDC a déposé une motion [...] dans laquelle elle demande un renforcement de la peine frappant les criminels utilisant une arme pour commettre leur forfait»453(*). L'UDC ne voit donc pas l'intérêt de pouvoir informer spécifiquement les possesseurs d'armes et, le cas échéant, tracer le parcours des armes en question. La prolifération non-contrôlée d'armes à feu ne posant problème qu'à partir du moment où un «forfait» est commis à l'aide de celle-ci, il suffit de réprimer les éventuels criminels une fois l'éventuel forfait commis. Cet extrait illustre, de façon certes un peu caricaturale, les options sociétales du parti en matière de réduction de la criminalité. Il mise tout, outre sur l'expulsion des étrangers (cf. 4.2.2.), sur la répression sans concession des éventuels contrevenants, sans intégrer d'élément de prévention dans son programme. Dans les deux pages pleines du programme électoral de 2003 consacrées à la sécurité, ni le terme `'prévention'', ni aucun autre pouvant y faire référence n'est à recenser454(*).

* 438 O. MAZZOLENI, «Nationalisme et populisme en Suisse. La radicalisation de la `'nouvelle'' UDC», op. cit. pp. 74-75.

* 439 «Union Démocratique du Centre. Plate-forme : Société et Famille», consulté sur www.udc.ch, url : www.udc.ch/Franz/Wahlplattform/Famille.htm

* 440 «Union Démocratique du Centre. Plate-forme : Sécurité», consulté sur www.udc.ch, url : www.udc.ch/Franz/Wahlplattform/Securite.htm

* 441 Ibid.

* 442 P. IGNAZI, «Extreme Right Parties in Western Europe», op. cit., p. 201.

* 443 Voir «Union Démocratique du Centre. Plate-forme : Société et Famille», op. cit.

* 444 O. MAZZOLENI, «Nationalisme et populisme en Suisse. La radicalisation de la `'nouvelle'' UDC», op. cit., p. 29.

* 445 P. NIGGLI et J. FRISCHKNECHT, «Rechte Seilschaften. Wie die `'unheimlichenPatrioten'' den Zusammenbruch des Kommunismus meisterten», WoZ im Rotpunktverlag, Zurich, 1998, p. 317.

* 446 «Le peuple suisse bâilloné [sic], plumé et ligoté», communiqué de presse de l'UDC - Suisse du 21 août 2003, Berne, consulté sur www.udc.ch, url : www.udc.ch/print.html?page_id=613

* 447 «Renforcer maintenant les contrôles des frontières», communiqué de l'UDC - Suisse du 23 juillet 2003, Berne, consulté sur www.udc.ch, url : www.udc.ch/print.html?page_id=579

* 448 «Les Socialistes mentent noir sur blanc», op. cit.

* 449 «Criminalité des étrangers : Hausse de 20% !», op. cit.

* 450 «Le peuple suisse bâilloné [sic], plumé et ligoté», op. cit.

* 451 Ibid.

* 452 «Loi sur les armes : lutter contre les criminels au lieu de ficher les innocents», communiqué de presse de l'UDC - Suisse du 23 septembre 2003, Berne, consulté sur www.udc.ch, url : www.udc.ch/print.html?page_id=677

* 453 Ibid.

* 454 UDC, «Plate-forme électorale 2003 à 2007», op. cit., pp. 50-51.

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