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L'UDC de C. Blocher: l'extrême droite au coeur de la concordance helvétique?

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par Julien Vlassenbroek
Université Libre de Bruxelles - Licence en sciences politiques 2004
  

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4.3.2. Les fruits pourris de 68 et de la mondialisation : la décadence des moeurs

L'UDC «se présente comme le pourfendeur des valeurs qui s'éloignent du paradigme `'famille, travail, patrie, Etat''»455(*) et «vise le maintien ou le rétablissement de normes morales traditionnelles»456(*). Il est donc cohérent que Cristoph Blocher défende «un fort conservatisme social face aux `'fruits pourris de 1968'' qui détruisent les structures traditionnelles de la famille»457(*). Ces constats sont corroborés par le programme électoral de 1999 de l'UDC où l'on lisait que «la famille est menacée par les transformations sociales de ces dernières décennies, une évolution qui se poursuit. Les nouvelles formes de vie commune n'offrent pas toujours les mêmes valeurs que la famille traditionnelle. La perte des valeurs traditionnelles, qui constituaient un repère, fait que de plus en plus d'hommes et de femmes ont de la peine à se situer dans la société actuelle. [...]. Avec pour conséquence un recul du sens des responsabilités [...]»458(*). Les transformations sociétale des dernières décennies induiraient donc, à travers une mise à mal du schéma familial traditionnel, une société composée d'individus de plus en plus irresponsables. Mais encore, le «sens et l'utilité de la vie, de la société et de l'Etat sont mis en question. La criminalité croissante des jeunes est une des conséquences de cette évolution sociale»459(*).

Les évolutions de la société post-industrielle (libéralisation des moeurs issue des années soixante, multiculturalisme, etc.) seraient donc à l'origine d'une perte des valeurs traditionnelles provoquant non seulement une déresponsabilisation généralisée de l'individu, mais également un anomisme criminogène chez les jeunes qui mettent aujourd'hui en question «le sens et l'utilité de la vie, de la société et de l'Etat». L'importance des valeurs traditionnelles selon l'UDC est donc tout simplement vitale pour la Suisse qui, sans celles-ci, se dirigera forcément vers un modèle social anomique composé d'hommes et de femmes irresponsables.

Ce conservatisme, voire ce rigorisme moral, est cependant parfois exprimé en des termes plus sibyllins, comme lorsque le parti «s'engage pour la protection de la vie avant et après la naissance»460(*), la protection de la vie avant la naissance ne pouvant être entendue que comme une opposition au droit à l'avortement. Il est par contre beaucoup plus patent dans cet extrait d'une publication des `'Femmes UDC'' : «L'Etat entend soutenir indirectement un certain modèle familial et restreindre la liberté des femmes et des familles [...]. L'assurance-maternité provoque une fois de plus une redistribution injuste des moyens disponibles. Les familles à deux revenus profitent des nouvelles prestations alors que les ménages n'ayant qu'un seul revenu sont ignorés»461(*). Au-delà du simple fait que cette revendication concerne directement les femmes au foyer, la conception traditionaliste de la cellule familiale se laisse percevoir ici de manière frappante. En effet, l'assurance maternité vise à aider les femmes qui ont un emploi à compenser les pertes pécuniaires inhérentes aux indisponibilités liées à l'accouchement, une telle assurance s'applique donc parfaitement aux mères célibataires ou aux couples dont le mari est sans revenu. Ces deux cas de figure sont évidemment des cas de couples à revenu unique qui bénéficient de l'assurance, celle-ci n'ignore donc pas ceux-là contrairement aux allégations du communiqué. Si on écarte d'emblée le mensonge volontaire des hypothèses explicatives, on peut interpréter dans un sens qui conforte le propos de ce chapitre la contre-vérité qui consiste à dire que l'assurance ne vise que les ménages à deux revenus. C'est que dans la conception strictement traditionaliste de la société développée par l'UDC, une mère travailleuse et donc bénéficiaire potentielle de cette assurance, ne peut être que le second revenu d'un couple à deux revenus. Une femme qui travaille fait forcément partie 1) d'un couple ; 2) d'un couple hétérosexuel ; 3) d'un couple où l'homme travaille. Les mères célibataires ou les couples dont seule la femme, ou une des deux femmes dans le cas d'un couple homosexuel féminin, travaille ne semblent donc pas être entrés dans les schémas potentiels envisagés par ce communiqué.

* 455 O. MAZZOLENI, «Nationalisme et populisme en Suisse», op. cit., p. 74.

* 456 Ibid.

* 457 P. NIGGLI et J. FRISCHKNECHT, «Rechte Seilschaften. Wie die `'unheimlichenPatrioten'' den Zusammenbruch des Kommunismus meisterten», WoZ im Rotpunktverlag, Zurich, 1998, p. 317.

* 458 «Union Démocratique du Centre. Plate-forme : Société et Famille», op. cit.

* 459 Ibid.

* 460 Ibid.

* 461 «Les femmes UDC soutiennent le référendum contre l'assurance maternité», Communiqué des Femmes UDC du 6 novembre 2003, Berne, consulté sur www.udc.ch, url : www.udc.ch/print.html?page_id=787

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