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L'UDC de C. Blocher: l'extrême droite au coeur de la concordance helvétique?

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par Julien Vlassenbroek
Université Libre de Bruxelles - Licence en sciences politiques 2004
  

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4.3.3.3. La dimension conservatrice et sécuritaire dans le cadre théorique développé par Jean-Yves Camus

La dimension sécuritaire de l'idéologie de l'UDC pourrait s'avérer déterminante dans la perspective du classement de ce parti au sein du cadre théorique de Jean-Yves Camus.

On lit en effet chez cet auteur que les «formations nationalistes xénophobes [...] articulent leur discours autour d'un populisme dirigé principalement contre la classe politique et le consensus qui y règne, contre les étrangers et les demandeurs d'asile, pour la loi et l'ordre. Pour ces formations, par ailleurs ultra-libérales en économie, l'Etat est avant tout, voire uniquement, un régulateur de l'ordre public et un garant de l'identité nationale»490(*).

Si l'on s'en réfère strictement à ce modèle, on constate que l'UDC, après attestation de la dimension sécuritaire dans son idéologie, intègre trois des quatre dimensions déterminant l'appartenance à la classe des nationalismes xénophobes. On a déjà constaté l'aspect anti-establishment, l'aspect xénophobe, et on vient de découvrir la dimension sécuritaire de son idéologie.

On peut donc avancer désormais que, si l'on suit Camus, dans le cas où l'on constaterait que la morphologie idéologique udécéenne comporte une dimension ultralibérale, il serait scientifiquement possible de classer ce parti parmi les formations nationalistes xénophobes, et donc dans les mouvances relevant, selon l'auteur, des «droites extrêmes»491(*).

On attendra néanmoins d'avoir exploré cette dernière dimension pour se prononcer de manière définitive.

4.3.3.4. La dimension conservatrice et sécuritaire dans le cadre théorique développé par Cas Mudde

La dimension `'law and order'' constituerait pour Cas Mudde l'un des quatre traits caractéristiques de l'idéologie d'extrême droite avec le nationalisme, la xénophobie et le chauvinisme du welfare492(*).

Les conceptions sécuritaires développées par l'UDC devraient donc permettre de rajouter cet élément des exigences théoriques de Mudde aux dimensions nationalistes et xénophobes déjà constatées, d'autant que l'aspect conservateur, avéré ci-dessus dans le dispositif idéologique de l'UDC, autorise à considérer la dimension xénophobe du modèle élaboré par le politologue néerlandais comme définitivement acquise.

En effet, la dimension xénophobe chez Cas Mudde est entendue au sens large du terme, qui rejoint son sens étymologique, à savoir comme une crainte de tout ce qui est perçu comme étranger. Tout élément perçu comme `'alien'' ou déviant par rapport à leurs propres conventions serait ressenti par les partis d'extrême droite comme menaçant l'harmonie de la communauté493(*). Des considérations qui concerneraient aussi bien les valeurs culturelles de communautés étrangères que des valeurs propres à des sous-groupes au sein de leur propre communauté nationale, comme les homosexuels ou la gauche.494(*)

On peut donc considérer, si l'on tient compte des apports du point 4.2.3.4., que le constat de valeurs conservatrices très présentes, mêlées à un sentiment de rejet vis-à-vis des déviants, dans le corpus idéologique développé par l'UDC, permet de conclure que la dimension xénophobe, au sens muddien du terme, est entièrement acquise dans l'idéologie de ce parti. En suivant le carcan de Cas Mudde, il s'agirait là, avec le nationalisme, de la deuxième dimension théorique de l'idéologie des partis d'extrême droite qu'intègre l'UDC.

Mudde explique en outre que la dimension «law and order [en italique dans le texte]»495(*) se concrétise dans le chef des partis d'extrême droite par une exigence d'un Etat fort quant à ses fonctions régaliennes. Une exigence qui entraîne des demandes de renforcement des effectifs policiers, d'un système judiciaire plus strict devant prononcer des peines bien plus sévères concernant une fourchette de délits bien plus conséquente qu'aujourd'hui. Une dimension qui rejoindrait en partie la dimension conservatrice puisque ces exigences de loi et d'ordre seraient fondées, au-delà des arguments nationalistes de protection de la communauté que l'on a déjà abordés, sur des arguments conservateurs (et religieux) récurrents dans la rhétorique propre à cette mouvance. Ces partis utiliseraient donc le traditionalisme en vue d'appuyer leurs revendications de loi et d'ordre.496(*)

Or on vient de constater que toutes ces exigences se retrouvent à des degrés différents dans les revendications de l'UDC blochérienne. On ne peut donc qu'en tirer l'enseignement suivant : l'Union Démocratique du Centre intègre bien dans son idéologie la dimension « law and order », telle qu'elle est énoncée par Cas Mudde.

On serait donc désormais assurés du fait que trois (nationalisme, xénophobie, loi et ordre) des quatre «traits caractéristiques» de l'idéologie des partis d'extrême droite sont également des traits caractéristiques de l'idéologie udécéenne. Si on ajoute que la dimension anti-système développée par la première formation de Suisse constitue, pour ce politologue, la clef qui permet de classer les cas douteux à l'extrême droite, on peut légitimement affirmer qu'à ce stade de l'étude, le constat d'une dimension chauviniste du welfare dans le chef de l'UDC permettrait, dans le cadre théorique de Cas Mudde, de classer ce parti parmi les formations d'extrême droite.

* 490 J.-Y. CAMUS, «Une extrême droite sans filiation fasciste : les populismes xénophobes en Europe», op. cit., p. 28.

* 491 Id., p. 30.

* 492 C. MUDDE, «Expliquer le succès de l'extrême droite», op. cit., p. 14.

* 493 C. MUDDE, «The ideology of the extreme right», op. cit., p. 172.

* 494 Ibid.

* 495 C. MUDDE, «The single-Issue Thesis: Extreme Right Partiesand The Immigration Issue», op. cit., p. 189.

* 496 C. MUDDE, «The ideology of the extreme right», op. cit., pp. 173-174.

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