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L'UDC de C. Blocher: l'extrême droite au coeur de la concordance helvétique?

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par Julien Vlassenbroek
Université Libre de Bruxelles - Licence en sciences politiques 2004
  

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4.4. Ultralibéralisme et antifiscalisme radical

Précisons d'emblée qu'une légère nuance doit être apportée à la thèse du positionnement ultralibéral de l'UDC. Ce bémol concerne le secteur agricole où, notamment en raison de son héritage agrarien et de l'importance de l'électorat UDC au sein de la population agricole501(*), le parti est demandeur d'une intervention de l'Etat. Mais cette intervention ne doit pas prendre la forme de subventions massives, elle concerne juste des «paiements directs qui indemnisent les prestations d'intérêt général de l'agriculture»502(*). Car même dans ce secteur, la formation de Cristoph Blocher se prononce en faveur d' «une agriculture productrice qui travaille dans un contexte libéralisé»503(*) car il «n'est possible de produire avantageusement des produits suisses de qualité que si les conditions-cadres offrent une grande liberté d'entreprendre. L'UDC demande donc que les contraintes légales et prélèvements obligatoires soient réduits au strict minimum»504(*). On voit donc que même dans ce secteur sensible pour le parti où une intervention (légère) de l'Etat est souhaitée, l'Union Démocratique du Centre n'hésite pas à défendre des points de vue résolument libéraux505(*), qui font exiger à cette formation «une plus grande marge de manoeuvre pour les agriculteurs afin qu'ils puissent agir en chefs d'entreprise»506(*).

On va dans cette partie tenter d'illustrer le fait que l'UDC opte ici pour un positionnement qui se place en porte-à-faux avec la tendance générale de la mouvance de l'extrême droite contemporaine, et notamment du FN français, qui a été d'abandonner un credo nettement libéral dans ses programmes économiques au profit d'un certain interventionnisme étatique régulateur et du `'chauvinisme du welfare''507(*).

Si repositionnement il y eut au sein de l'UDC, il le fut dans un sens opposé, à savoir celui du passage d'un programme agrarien hostile à l'augmentation d'impôts à un programme ultralibéral sans concession, marqué par un antifiscalisme radical, un refus catégorique de toute forme d'Etat social et de toute intervention étatique dans l'économie de marché.

4.4.1. Un antifiscalisme radical

Si le parti affirme qu'il «se battra contre toute augmentation d'impôt»508(*), il faut entendre ce combat comme le premier pas d'un combat nettement plus ambitieux. En effet, la formation n'est pas seulement «opposée à la politique gouvernementale de hausse des impôts»509(*), elle est déterminée à se battre pour «une baisse d'impôts»510(*), estimant qu'il «est grand temps d'alléger le fardeau fiscal grevant les familles et les classes moyennes»511(*).

Le parti considère en effet que le «peuple suisse a de moins en moins à dire, mais paie de plus en plus d'impôts et de primes d'assurance-maladie [prime obligatoire]»512(*) et que les «citoyennes et citoyens sont de plus en plus pressurés par la hausse constante des impôts, taxes et redevances»513(*). Mais les citoyens ne seraient pas les seuls à être «plumés»514(*) par les charges fiscales qui pèsent sur eux. Ainsi, il serait également «urgent de réviser l'imposition des sociétés afin de donner plus d'air aux entreprises»515(*) car la «substance de nombreuses PME [...] est minée non seulement par des impôts trop élevés, mais aussi par d'innombrables taxes et redevances»516(*).

La position de l'UDC en matière fiscale est donc des plus limpides : «L'UDC soutiendra toutes les baisses d'impôt et combattra tout nouvel impôt, toute hausse des impôts [...]» quel qu'en soit le domaine d'application, l'ampleur ou la finalité517(*). C'est donc une position idéologique intangible, opposée semble-t-il au principe même de l'imposition, qu'adopte le parti en matière de fiscalité.

Sur base de la littérature udécéenne consultée sur le sujet , on peut émettre l'hypothèse que cette position antifiscaliste n'est en fait qu'un appendice d'une théorie économique plus globale, marquée du sceau de l'ultralibéralisme, et dans laquelle on peut notamment dégager les deux postulats qui constitueront les objets des points 4.4.2. et 4.4.3., à savoir d'une part que l'Etat social, perçu comme un reliquat du socialisme, grève les finances de l'Etat, nuit à la responsabilité individuelle, pénalise les travailleurs et favorise les profiteurs. Toute intervention à caractère redistributif de l'Etat est donc considérée comme néfaste pour la communauté (1er postulat). D'autre part que seul le libre jeu du marché régulé par la `'main invisible'' constitue un cadre idéal pour le développement d'une économie prospère. Toute intervention à caractère régulateur de l'Etat est donc considérée comme néfaste pour l'économie (2nd postulat).

* 501 O. MAZZOLENI, «Nationalisme et populisme en Suisse. La radicalisation de la `'nouvelle'' UDC», op. cit., p. 74.

* 502 UDC, «Plate-forme électorale 2003 à 2007», op. cit., p. 10.

* 503 Ibid.

* 504 Ibid.

* 505 Le terme libéral est dans ce chapitre entendu au sens strictement économique du terme, car on a vu dans la partie précédente à quel point parler de libéralisme politique ou moral dans le cas de l'UDC serait une déformation de la réalité.

* 506 UDC, «Plate-forme électorale 2003 à 2007», op. cit., p. 10.

* 507 Voir notamment J.-P. ROY, «le programme économique et social du Front national en France» in P. DELWIT, J.-M. DEWAELE, A. REA (ed.), «L'extrême droite en France et en Belgiqu », op. cit., pp. 85-100.

* 508 «Non à la politique-sangsue antisociale du PS», communiqué de l'UDC - Suisse du 5 mai 2003, Berne, consulté sur www.udc.ch, url : www.uc.ch/print.html?page_id=403

* 509 «L'UDC opposée à la politique gouvernementale de hausse des impôts», communiqué de l'UDC - Suisse du 5 novembre 2003, Berne, consulté sur www.udc.ch, url : www.udc.ch/print.html?page_id=780

* 510 «L'UDC prête pour la dernière ligne droite», communiqué de l'UDC - Suisse du 10 juillet 2003, Berne, consulté sur www.udc.ch, url :www.udc.ch/print.html ?page_id=544

* 511 «L'UDC met en garde contre une politique fiscale à courte vue : oui au train de mesures fiscales», communiqué de l'UDC - Suisse du 6 septembre 2003, Berne, consulté sur www.udc.ch, url : www.udc.ch/print.html?page_id=630

* 512 «Le peuple suisse bâilloné [sic], plumé et ligoté», op. cit.

* 513 Ibid.

* 514 Ibid.

* 515 «L'UDC opposée à la politique gouvernementale de hausse des impôts», op. cit.

* 516 UDC, «Plate-forme électorale 2003 à 2007», op. cit., p. 30.

* 517 «Eviter une débâcle financière : L'UDC demande une CEP concernant les NLFA», communiqué de l'UDC - Suisse du 8 novembre 2003, Berne, consulté sur www.udc.ch, url : www.udc.ch/print.html?page_id=789

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