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L'UDC de C. Blocher: l'extrême droite au coeur de la concordance helvétique?

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par Julien Vlassenbroek
Université Libre de Bruxelles - Licence en sciences politiques 2004
  

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2. Les principaux cadres théoriques utilisés : exposés synthétiques

Comme il l'a été précisé dans l'introduction, la méthodologie de ce travail se base sur la confrontation de données empiriques à des cadres théoriques afin de déterminer dans quelle mesure l'UDC de Cristoph Blocher peut, dans une perspective politologique, être qualifiée de parti d'extrême droite.

Cette étude tentera d'épuiser un maximum de ressources scientifiques. Néanmoins, seuls cinq cadres théoriques feront l'objet d'une confrontation systématique aux données empiriques exposées au cours de ce mémoire. Les autres modèles mis à profit n'interviendront que ponctuellement, en fonction de leur intérêt spécifique pour le propos qui concerne la présente étude.

Les cinq modèles qui constitueront le noyau de notre assise théorique ont été développés par autant d'auteurs. Il existe donc des points de divergence et de convergence entre ces modèles et chacun ont leurs intérêts et leurs faiblesses respectifs. L'exposé exhaustif de ceux-là et de celles-ci n'étant pas l'objet de mon travail, je me contenterai dans un premier temps d'une présentation synthétique de chacun de ces cadres référentiels.

2. 1. Le cadre théorique développé par Pierro Ignazi

Le cadre théorique ignazien du parti d'extrême droite a été développé dans le célèbre article du politologue italien intitulé «The silent counter-revolution. Hypotheses on the emergence of extreme right-wing parties in Europe»51(*). Dans celui-ci, Ignazi propose trois critères qui permettraient d'identifier la famille des partis d'extrême droite. Le premier critère est un critère dit spatial ; il s'agit de la position du parti sur le continuum gauche - droite. Le suivant est le critère historico-idéologique qui fait référence à la revendication ou non dans le chef du parti étudié d'une filiation avec le fascisme historique. Le dernier est le critère dit attitudinal-systémique, qui renvoie à l'attitude (la traduction de l'anglais est ici quelque peu problématique car le vocable « attitude » peut être traduit par attitude ou opinion) du parti vis-à-vis du système politique52(*). Toutefois ce modèle sera retravaillé plus tard et désormais l'auteur présente l'extrême droite comme «une famille politique distinguée par deux critères. Le premier est la localisation sur l'axe droite-gauche ; le second est l'analyse de l'idéologie et des valeurs»53(*).

Pour être utilisé, ce cadre théorique implique donc l'acceptation a priori de la validité de l'axe gauche-droite. En effet, la première caractéristique que doit comporter un parti d'extrême droite est d'occuper la position la plus à droite de ce continuum. Pour ce qui est de la méthodologie permettant la classification, Ignazi renvoie notamment à Laver et Schofield qui ont rapporté quatre méthodes de construction d'échelles empiriques : les avis de spécialistes (expert judgement), l'analyse du comportement législatif (legislative behaviour), analyse des enquêtes portant sur des échantillons importants de l'électorat (mass survey) et enfin l'analyse du contenu des documents à caractère politique (policy documents)54(*). Comme l'auteur le précise, ce positionnement est directement dépendant de l'interaction du parti étudié avec les autres partis qui constituent le système dans lequel il évolue55(*). La position d'un parti sur le continuum n'est donc pas déterminable dans l'absolu ou ex-nihilo, celui-ci ne peut se trouver qu'à l'aide du classement dans cet espace gauche-droite des autres partis avec lesquels il est en concurrence. Le classement d'un parti à l'extrême droite du système partisan dans lequel il agit ne suffit cependant pas à classer ce parti dans la catégorie de l'extrême droite56(*). Cette position ne constitue qu'un premier critère de classification, «a sort of preliminary screening»57(*). Il s'agit pour se prononcer de passer au second critère, celui de l'idéologie et des valeurs.

«En termes d'idéologie, la référence au fascisme (dans toutes ses multiples facettes) suffit à affilier un parti à l'extrême droite»58(*). Mais l'auteur précise que si l'on s'arrêtait à la revendication d'un héritage fasciste pour classer un parti à l'extrême droite, cette famille politique serait réduite à sa portion congrue étant donné que «the largets part of the extreme right, the newly born or refounded parties [...] deny any lineage with historic fascism [ en italique dans le texte]»59(*). L'appartenance de ces partis à la classe de l'extrême droite est donc ici conditionnée par le fait qu'ils manifestent ou non une idéologie qui, bien que n'ayant pas la construction sophistiquée du fascisme, contient une série de valeurs et d'opinions radicalement opposées à celles qui fondent leurs systèmes politiques respectifs60(*).

L'auteur précise que cette opposition est rampante, dans le sens où pratiquement aucun de ces partis n'exprime ouvertement un rejet des valeurs démocratiques ; «on the contrary, it is easy to find ritual homage to the democratic principles in their official statements and documents. Nevertheless they undermine system legitimacy. Although they do not share any nostalgia for the inter-war fascist experiences, and may even refuse any reference to fascism, they express anti-system values throughout their political discourse»61(*). Le contenu de l'antisystémisme dans le cadre référentiel ignazien est précisé : «many right-most non-fascist [en italique dans le texte] parties share common features which are clearly anti-system, summarized as anti-parliamentarianism, anti-pluralism, and anti-partyism [...]. More generally, their opposition is inspired by a repulsion of divisions and a search for harmony, an emphasis of natural community and a hostility toward foreigners, a faith in hierarchical structures and a distrust for democratic individual representation, a rejection of `'unnatural'' egalitarianism and the primacy of the ethnos, a call for unbounded authority, and leadership and the recasting of a strong state. The presence of specific traits such as xenophobia, racism, and nationalism in most of the contemporary extreme right parties further specifies the general syndrome of anti-systemness»62(*).

On peut donc conclure que selon la grille de lecture ignazienne «les partis qui se situent (ou sont situés) plus que tous les autres sur les positions extrêmes de l'axe droite-gauche, qui déploient une idéologie de tradition fasciste ou expriment un syndrome d'opposition au système démocratique sont des partis d'extrême droite.»63(*)

Ignazi opère ensuite une distinction typologique entre, d'une part, les partis d'extrême droite liés aux fascismes et ceux qui, d'autre part, réfutent ce lignage et dont il précise que la Nouvelle Droite et le néo-conservatisme ont constitué les principales sources doctrinales.64(*) Les premiers sont des « traditional [en italique dans le texte] extreme right parties »65(*) ; les seconds sont qualifiés de «post-industrial»66(*) parce qu'ils seraient des sous-produits de la société post-industrielle67(*).

* 51 P. IGNAZI, «The silent counter-revolution. Hypotheses on the emergence of extreme right-wing parties in Europe», European Journal of Political Research, Amsterdam, vol. 22, n° 1, juillet 1992, pp. 3-34.

* 52 Ibid., p. 7.

* 53 P. IGNAZI, «Les partis d'extrême droite : les fruits inachevés de la société postindustrielle», in P. PERRINEAU, «Les croisés de la société fermée. L'Europe des extrêmes droites», l'Aube, La Tour d'Aigues, 2001, p. 371.

* 54 M. LAVER et N. SCHOFIELD, «Multiparty Government. The Politics of coalition in Europe», Oxford University Press, Oxford, 1990, p. 245.

* 55 P. IGNAZI, «Extreme Right Parties in Western Europe», op. cit., p. 31.

* 56 Ibid.

* 57 Ibid.

* 58 P. IGNAZI, «Les partis d'extrême droite : les fruits inachevés de la société postindustrielle», op. cit., p. 371.

* 59 P. IGNAZI, «Extreme Right Parties in Western Europe», op. cit., p. 32.

* 60 Ibid.

* 61 Id., p. 33.

* 62 Ibid.

* 63 P. IGNAZI, «Les partis d'extrême droite : les fruits inachevés de la société postindustrielle», op. cit., p. 372.

* 64 P. IGNAZI, «Extreme Right Parties in Western Europe», op. cit., p. 24.

* 65 Id., p. 34.

* 66 Ibid.

* 67 Dans «The silent counter-revolution», Ignazi utilise une typologie différente, opérant une distinction, sur base du même critère de l'héritage fasciste, entre les «old ERPs» (ERP est une abréviation pour `'extreme right parties'') et les «new ERPs».

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