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L'UDC de C. Blocher: l'extrême droite au coeur de la concordance helvétique?

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par Julien Vlassenbroek
Université Libre de Bruxelles - Licence en sciences politiques 2004
  

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5.2. Le rapport UDC - extrême droite

5.2.1. L'UDC dans le cadre théorique de Pierro Ignazi

On a déjà expliqué que Pierro Ignazi, après avoir élaboré un modèle théorique des «partis d'extrême droite»597(*) comportant trois critères, a ensuite opté pour un carcan à deux exigences pour cerner cette mouvance. Il synthétise les exigences de son cadre théorique comme suit: «The first step postulates that the extreme right parties are located at the right extremity of the spatial continuum»598(*), ensuite «extreme right parties should exhibit an `'opposition of principle'', via a well-constructed ideology or a rather loose `'mentality'', undermining the constitutional rules of the democratic system. Fascism, the extreme right ideology par excellence, is, by any standard, alien and extraneous to liberal democratic systems. However, where the reference to this ideology does not exist, the presence of anti-system political attitudes and beliefs should be investigated. Many right-most non-fascist [en italique dans le texte] parties share common features which are clearly anti-system, summarized as anti-parliamentarianism, anti-pluralism, and anti-partyism [...]. More generally, their opposition is inspired by a repulsion of divisions and a search for harmony, an emphasis of natural community and a hostility towards foreigners, a faith in hierarchical structures and a distrust for democratic individual representation, a rejection of `'unnatural'' egalitarianism and the primacy of the ethnos [en italique dans le texte], a call for unbounded authority, and leadership and the recasting of a strong state. The presence of specific traits such as xenophobia, racism, and nationalism in most contemporary extreme right parties further specifies the general syndrome of anti-systemness»599(*).

Si la présente étude s'est focalisée sur le second aspect, le premier critère est indispensable à l'application de ce modèle à un cas pratique, or celui-ci n'a pas été spécifiquement abordé.

Cependant on formulera l'hypothèse que l'UDC occupe bien la place la plus à droite du continuum gauche-droite dans le système politique suisse. Cette hypothèse repose sur plusieurs constats. Tout d'abord, le fait que des valeurs résolument conservatrices (point 4.3.2.), anti-égalitaires (points 4.2.1.1.5.et 4.2.2.) et ultralibérales en économie (point 4.4.) nourrissent l'idéologie du parti renseignent sur son caractère éminemment droitier. Ensuite, on constate au cours des années nonante que l'UDC va petit à petit récupérer tous les thèmes de la droite nationaliste suisse (les formations d'extrême droite comme les Démocrates suisses, Vigilance, le Parti des Automobilistes - devenu Parti suisse des libertés - vont tous se voir concurrencer sur leurs thèmes de prédilection par l'UDC et vont consécutivement disparaître au cours des années nonante)600(*) et également accueillir un grand nombre des élus de ces formations en son sein601(*), ce qui réduit énormément l'espace potentiel que pourrait occuper une autre formation à sa droite.

En effet, à propos de l'UDC, plusieurs auteurs ont souligné les «diverses infiltrations extrémistes dans ses rangs»602(*) conséquences d'une stratégie visant à récupérer les principaux élus des partis d'extrême droite mis en déroute par leurs dissensions et la concurrence de l'UDC603(*). Rien que pour le canton de Genève, on relevait en 1997 pas moins de six élus UDC issus de transfuges en provenance d'un parti d'extrême droite604(*). Parmi les extrémistes les plus notoires du parti on compte par exemple Emil Rahm, Jean-Jacques Kottelat (condamné en 1998 pour violation de la loi antiraciste)605(*), Michael Mathys qui avait dû démissionner du parti suite à des propos racistes606(*), Pascal Junod, dont les propos xénophobes l'ont poussé au ban du parti et Roger Etter, dont la nostalgie pour les Waffen-SS n'est plus un secret607(*).

Enfin on soulignera surtout qu'il existe une volonté affirmée de l'UDC d'occuper le poste le plus à droite du système politique suisse. Blocher ne craint donc pas «de clamer haut et fort»608(*) qu' «une `'bonne politique'' empêchera la formation de tout parti `'démocratiquement légitimé'' à sa droite»609(*).

Face à ce faisceau d'éléments concordants, l'hypothèse selon laquelle l'UDC occupe bien la position la plus à droite du spectre politique helvétique paraît acceptable.

On peut donc passer au second critère du cadre théorique ignazien. Il s'agit de la condition idéologique du parti. Il apparaît assez clairement que l'UDC n'a pas d'héritage fasciste. Tant son passé de parti agrarien-conservateur (cf. début du point 4.2.2.) que les nombreuses condamnations officielles du nazisme et du fascisme opérées par Blocher610(*) ne laissent que peu de doutes à ce sujet.

Pour les cas des partis qui ne se réclament pas d'un héritage fasciste, le cadre élaboré par Ignazi préconise de se pencher sur la présence éventuelle au sein de la formation étudiée d'éléments idéologiques antisystèmes. Or, d'après le sens que donne l'auteur à de tels éléments, on constate que si l'on s'en réfère aux constats empiriques effectués tout au long de cette étude, les exigences du second critère semblent être en grande partie remplies par l'UDC.

En effet en reprenant un par un les éléments exposés ci-dessus par Ignazi, on s'aperçoit que l' «opposition de principe» de l'UDC qui sape la légitimité du système démocratique constitutionnel a été mise en exergue dans les points 4.1.1., 4.1.2., 4.1.3.1. et 4.2.2. ; les éléments anti-système (antiparlementarisme, anti-pluralisme, sentiments anti-partis) que décrit Ignazi ont pu être également constatés dans les mêmes parties, tout comme l'aversion pour la «représentation démocratique individuelle».

On a également mis à jour que la «répulsion de la division», la «recherche d'harmonie», les louanges envers une «communauté naturelle», «l'hostilité envers les étrangers» et la «primauté de l'ethnos» sont autant d'éléments présents dans le bagage idéologique udécéen et exposés notamment aux points 4.2.1., 4.2.2. et 4.2.3.1. ; Ces chapitres ont également permis de remarquer la présence de «traits spécifiques» comme la «xénophobie», le «racisme» et le «nationalisme» qui confirmeraient pour Ignazi l'antisystémisme de l'UDC.

La foi en des «structures hiérarchisées», une «autorité sans borne», un «Etat fort» est présente dans les thèses de la formation de Cristoph Blocher comme l'ont mis en lumière les points 4.3.1. et 4.3.3.1. de la présente étude.

Enfin, le rejet d'un égalitarisme considéré comme «anti-naturel» peut dans une certaine mesure se retrouver au point 4.4.3.2. quand Blocher avance que l'ordre économique libéral, insistant sur la liberté aux dépens de l'égalité, et poussé à son paroxysme dans les thèses udécéennes (point 4.4.) «correspond à la réalité humaine», autrement dit à sa nature. L'inégalité est donc naturelle, ce qui rend l'égalité «unnatural».

En outre, on a discuté aux points 4.2.2.1., 4.2.2.2., 4.2.2.3. et 4.2.3. de l'incompatibilité des thèses xénophobes du parti avec le principe démocratique fondamental d'égalité entre les humains611(*).

Si l'on accepte l'hypothèse selon laquelle l'UDC occupe bien la position la plus à droite du spectre politique suisse, et qu'on tient compte des constats de l'absence d'héritage fasciste au sein de ce parti et d'une congruence presque totale de son idéologie avec les critères idéologiques «anti-system»612(*) d'Ignazi, il semble scientifiquement acceptable de classer l'UDC parmi les partis d'extrême droite qu'Ignazi qualifie de «post-industrial»613(*).

* 597 P. IGNAZI, «Les partis d'extrême droite : les fruits inachevés de la société postindustrielle», op. cit., p. 369.

* 598 P. IGNAZI, «Extreme Right Parties in Western Europe», op. cit., p. 31.

* 599 Id., pp. 32-33.

* 600 O. MAZZOLENI, «Nationalisme et populisme en Suisse. La radicalisation de la `'nouvelle'' UDC», op. cit., pp. 24-25.

* 601Ibid.

* 602 J-Y CAMUS, «L'idéologie du FPÖ autrichien: éléments de comparaison avec les nationaux-populismes européens», op. cit, p. 109.

* 603 B. FAVRE, «Eclairage : La stratégie bien rodée de l'UDC», Tribune de Genève du 11 octobre 2003, Genève, consulté sur www.tdg.ch.

* 604 D. ESKENAZI, «Six élus genevois ont fricoté avec l'extrême droite», Le Courrier, 22 octobre 2001, consulté sur www.lecourrier.ch, url : www.lecourrier.ch/print.php?sid=916

* 605 B. FAVRE, «Eclairage : La stratégie bien rodée de l'UDC», op. cit.

* 606 Ibid.

* 607 Ibid.

* 608 Propos de P. Niggli in P.-A. JOYE, «Le plan Blocher ? Intégrer l'extrême droite !», op. cit.

* 609 Ibid.

* 610 Voir notamment C. BLOCHER, «La politique au 21ème siècle. Réflexions à l'occasion de la 11ème session de l' `'Albisgüetli`', du 15 janvier 1999, de Monsieur le conseiller national Christoph Blocher», op. cit.

* 611 Voir notamment les réflexions de Pierre-André Taguieff sur les conséquences de l'intégration dans le discours des formations nationales-populistes des thèses ethno-différentialistes de la Nouvelle Droite française in P.-A. TAGUIEFF, «La métaphysique de Jean-Marie Le Pen», op. cit., p. 180.

* 612 P. IGNAZI, «Extreme Right Parties in Western Europe», op. cit., p. 33.

* 613 Id., p. 34.

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