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L'UDC de C. Blocher: l'extrême droite au coeur de la concordance helvétique?

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par Julien Vlassenbroek
Université Libre de Bruxelles - Licence en sciences politiques 2004
  

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5.2.2. L'UDC dans le cadre théorique de Paul Taggart

Le «New Populism», entendu par Taggart comme une «tendance» de la «marée d'extrémisme de droite [right-wing extremism] qui s'est déployée à travers l'Europe»614(*), se définit selon l'auteur à travers des caractéristiques idéologiques s.s., organisationnelles et à travers son électorat.

On ne s'est penché que sur les premières au cours de ce travail car on a estimé que l'argument de Taggart selon lequel «the ideological position of party is articulated not only through platforms, manifestos, speeches ad policy positions, but also through party organisation and political style»615(*) ne pouvait être considéré comme entièrement satisfaisant, tout en n'étant pas dénué de pertinence.

Ce critère se traduit chez Taggart par le fait que les partis du New Populism sont décrit comme «very centralised and they set great store in the leadership which is both personalised and charismatic»616(*). Cet argument s'avère pertinent dans la mesure où il est effectivement difficile de trouver des partis d'extrême droite contemporaine qui ne remplissent pas ce critère. Néanmoins, il ne s'agit pas là d'une idiosyncrasie de cette mouvance. En effet, on peut considérer, dans une certaine mesure, que, par exemple, des partis comme Lutte Ouvrière (avec Arlette Laguiller) ou Chasse, Pêche, Nature et Traditions (avec Olivier Saint-Josse) en France, présentent des caractéristiques similaires sans pour autant pouvoir être assimilés à des mouvances d'extrême droite.

L'auteur confirme toutefois que: «For the New Populists, leadership is not merely an ingredient: it is the essence of both their message and their party. [...], the charismatic basis of their leadership is an essential element because it represents a symbolic challenge to the prevailing models of party organisation»617(*).

Bien que l'on ne considère pas ce point comme crucial dans la détermination de l'appartenance ou non à la famille de l'extrême droite, on ne se trouve cependant pas ici face à un critère excluant pour ce qui est du cas particulier de l'UDC. On a vu en effet, au point 3.2., à quel point l'UDC est désormais personnifiée par son leader charismatique C. Blocher qui prend une telle importance dans le paysage politique suisse que le substantif «blochérisation» est désormais être entré dans les usages618(*).

L'affirmation selon laquelle: «Electorally the parties are defined by a constituency that is disproportionately male, private sector, young and which draws from a wide range of political orientations»619(*) apparaît encore plus discutable que le critère du leadership charismatique.

Plusieurs études ont montré les précautions nécessaires quant à la question d'une définition rigide de l'électorat d'extrême droite, même si une grande majorité de celles-ci semblent s'accorder sur le fait que l'électorat de ces partis soit majoritairement «jeune, masculin, ayant un faible niveau d'instruction»620(*). Le travail remarquable effectué par Lubbers, Gijsberts et Scheepers (prenant en compte des facteurs sociologiques, économiques et politiques, ainsi que des explications individuelles et contextuelles sur base de sondages, confrontés à des données statistiques ainsi qu'à des travaux scientifiques concernant les partis d'extrême droite) a notamment démontré que les caractéristiques propres des partis en question, ainsi que le contexte politique national, sont nettement plus déterminants dans le vote en faveur des formations d'extrême droite que les facteurs sociologiques individuels, bien qu'ils concèdent également que le vote d'extrême droite soit plus fréquemment le fait d'un individu masculin, jeune et sans emploi621(*). Mais il paraît difficile d'affirmer qu'un parti doit impérativement présenter ces caractéristiques pour être considéré d'extrême droite. Cet argument paraît relever d'une confusion entre corrélation et causalité dans le chef de ce politologue.

On rapportera néanmoins le constat suivant: «Sous la houlette de Blocher, elle [l'UDC] est devenue une formation national-populiste qui [...] a dû d'abord, pour s'imposer récupérer l'électorat protestataire du reste de l'extrême-droite alémanique, celui des Démocrates suisses [...] et du Parti de la liberté [...], puis percer au Tessin au détriment de la Lega ticinese»622(*) qui indique que l'électorat type de l'extrême droite suisse a bel et bien été intégré dans celui de l'UDC, en outre il apparaît que l' «UDC est désormais le premier parti parmi les Suisses aux revenus les plus faibles et les hommes entre 18 et 39 ans»623(*) mais également que la formation a nettement diversifié son électorat, ce qui lui permet d'être aujourd'hui le premier parti de Suisse624(*).

On peut donc estimer que le critère de l'électorat ne pourrait pas constituer un facteur de rejet de l'applicabilité du modèle du «New Populism» à l'UDC, d'une part parce que ce critère est en partie satisfait (l'UDC a récupéré l'ensemble des électorats d'extrême droite du pays au cours des années 90 et compte une forte proportion d'électeurs masculins, jeunes et à faibles revenus ), et d'autre part parce que les études plus récentes ont fait apparaître que ce critère n'était pas totalement pertinent dans la détermination de l'appartenance d'un parti à la mouvance d'extrême droite (cf. Lubbers et al.).

On en arrive donc à la dimension idéologique stricto sensu du «New Populism» que Taggart décrit comme suit : «in ideological terms, the New Populism is on the right, against the system, and yet defines itself as in the `'mainstream'' [en italique dans le texte]. It is right-wing, anti-system and populist. It is of the people but not of the system. [...]. It is opposed to the system and to those that run the system. And it frequently invokes a notion of the `'the people'' that is characterised more by whom it excludes than by whom it includes. Central to this impetus is a politics of the `'heartland''. Implicit and integral to populism is a vision of the heartland: a sense of what is `'normal'' and, consequently, comfortable. [...] populism frequently resorts to attacking those that appear to be threatening to notions of the heartland. [...]. High on the list of the excluded for the New Populists are politicians, immigrants, bureaucrats, intellectuals and welfare recipients»625(*). Il ajoute: «The New Populism is markedly neo-liberal in its economic orientation. The market is the legitimate and effective site for conflict resolution. The state is viewed as largely illegitimate, over-extended and ineffective. Liberty is, consequently, a key concept for the New Populism. This liberty is defined in negative and individual terms. For the New Populists, freedom consists largely of the absence of state restraints on individual action. [...] they should emphasise the importance of the individual as an ethical norm. They are unmistakably parties of the right in this sense »626(*).

Une confrontation de ce modèle global à l'ensemble des dimensions idéologiques empiriquement observées dans le cas de l'UDC s'avère d'une grande richesse heuristique quant au rapport de cette formation à cette tendance de l'extrême droite.

Le fait que l'UDC soit «right-wing, anti-system and populist» a été soulevé aux points 4.1.1. et 4.1.2., ainsi que dans la partie 4.1.3.2. du travail, tout comme le constat que ce parti est «opposed to the system and to those that run the system».

La présence d'une définition exclusive de la notion de peuple a été traitée au point 4.2.3.2. où l'on a pu démontrer que les tentatives de définitions inclusives de cette notion étaient vouées à l'échec dans le cas de l'UDC, notamment en raison de son interprétation ethno-différentialiste de la citoyenneté mêlée à une sorte d'`'ethnicisation'' de la culture suisse (point 4.2.3.4.).

Les points 4.2.2., 4.3.2. et 4.3.3.2. ont permis de mettre en lumière la congruence du critère de défense du «heartland » avec certaines conceptions idéologiques udécéennes. On a également souligné l'aversion du parti pour les «politiciens» aux points 4.1.1. et 4.1.2., son hostilité envers les immigrés au point 4.2.2., envers les bureaucrates aux points 4.1.2. et 4.2.1.1., et envers les allocataires sociaux aux points 4.4.2.1. et 4.4.2.2. .

Pour ce qui est des conceptions économiques, les points 4.4.1., 4.4.2., 4.4.3. et 4.4.4.2. abondent dans le sens d'une juxtaposition possible des théories économiques générales du New Populism avec les conceptions particulières de l'UDC. En outre il a été possible de constater, au point 4.4.3.2., qu'il y avait bien au sein de cette formation une érection de l'individualisme «as an ethical norm».

Il apparaît donc que si l'on superposait les contours du modèle idéologique de la tendance du «right-wing extremism»627(*), que Taggart qualifie de «New Populism», à ceux de l'idéologie développée par l'UDC de Cristoph Blocher, on constaterait que ceux-là épousent, dans une grande mesure, ceux-ci. On peut donc en conclure que, d'après le cadre conceptuel taggartien, l'Union Démocratique du Centre peut être classée parmi les partis d'extrême droite contemporains, dans la catégorie « New Populism ».

* 614 P. TAGGART, «New Populist Parties in Western Europe», op. cit., p. 35, traduction personnelle.

* 615 Id., p. 36.

* 616 Id., p. 40.

* 617 Id., p. 41.

* 618 Voir notamment U. Leuenberger, «Notre avis sur... La blochérisation de la Suisse», publication des Verts genevois, consultée sur www.verts.ch, url : www.verts.ch/ge/elections/nationales03/avis_blocher.htm ; Une substantivation qui a traversé les frontières. En Belgique par exemple, le R.W.F. faisait paraître le 5 mars 2004 un communiqué de M. Paul-Henry Gendebien intitulé «Vers la blocherisation de la Flandre», consulté sur rwf.be, url : rwf.be/communiquedetail.asp?ref=31

* 619 Id., p. 44.

* 620 P. DELWIT, J.-M. DE WAELE, A. REA, «Comprendre l'extrême droite», op. cit., p. 22.

* 621 M. LUBBERS, M. GIJSBERTS et P. SCHEEPERS, «Extreme right-wing voting in Western Europe», European Journal of Political Research, vol. 41, n°3, 2002, pp. 370-372.

* 622 J.-Y. CAMUS, «L'idéologie du FPÖ autrichien : éléments de comparaison avec les nationaux-populismes européens», op. cit., p. 108.

* 623 Id., p. 111.

* 624 Ibid.

* 625 P. TAGGART, «New Populist Parties in Western Europe», op. cit., pp. 36-37.

* 626 Id., pp. 38-39.

* 627 Id., p. 35.

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