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L'UDC de C. Blocher: l'extrême droite au coeur de la concordance helvétique?

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par Julien Vlassenbroek
Université Libre de Bruxelles - Licence en sciences politiques 2004
  

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5.2.3. L'UDC dans le cadre théorique de Jean-Yves Camus

Camus définit la tendance contemporaine d'extrême droite dite des «nouveaux populismes xénophobes»628(*) (qui s'accommode chez Camus de plusieurs autres dénominations interchangeables - cf. point 2.3.) comme «un populisme dirigé principalement contre la classe politique et le consensus qui y règne, contre les étrangers et les demandeurs d'asile, pour la loi et l'ordre. Pour ces formations, par ailleurs ultra-libérales en économie, l'Etat est avant tout, voire uniquement, un régulateur de l'ordre public et un garant de l'identité nationale»629(*).

Les points 4.1.1., 4.1.2. et 4.1.3.3. ont donné l'illustration de la présence indéniable d'un «populisme dirigé contre la classe politique». On a d'ailleurs souligné au point 4.1.3.3. en quoi cet élément était déterminant dans la classification de Camus, car il est supposé constituer un élément structurant de la stratégie discursive des formations de cette mouvance.

Dans la partie 4.2.2., le fait que l'idéologie populiste xénophobe soit dirigée contre les «étrangers et demandeurs d'asile» a été amplement démontré. On a d'ailleurs analysé que cet aspect de l'idéologie udécéenne tendait à rapprocher le parti des cas de partis «mixtes» décrits par Camus comme des formations qui «partagent également une même aversion pour la société multiculturelle, source supposée de tous les dysfonctionnements du corps social, et souhaitent donc limiter l'immigration ou inverser les flux migratoires en expulsant les résidants étrangers non-européens. [...] cette partie de l'extrême droite a reformulé ce qui équivaut à un suprémacisme `'blanc'' d'une manière plus acceptable au regard de l'évolution des mentalités et des lois antiracistes en vigueur : elle défend désormais l'ethno-différentialisme, soit la théorie selon laquelle chaque ethnie a le droit de vivre selon ses normes sur son propre sol, sans se mélanger avec les autres peuples»630(*). On avait alors pu constater les nombreux points de rencontre entre ces thèses et celles défendues par l'UDC.

Malgré ce constat, il s'avère difficile d'envisager de classer l'UDC parmi les partis mixtes, étant donné que ceux-ci supposent «des formes de continuité idéologiques avec les extrêmes droites traditionnelles»631(*), or on a déjà vu (début du point 4.2.2. et point 5.2.1.) que ce n'était pas le cas de l'Union Démocratique du Centre.

La dimension «pour la loi et l'ordre» des nouveaux populismes xénophobes est également un élément constitutif de l'idéologie de l'UDC comme l'ont illustré les points 4.3.1. et 4.3.2. .

Les parties 4.3.1. et 4.3.3.3. ont également permis de mettre en exergue le fait que pour l'UDC l'Etat est bel et bien conçu «avant tout, voire uniquement, [comme] un régulateur de l'ordre public et un garant de l'identité nationale». Une conception de l'Etat que l'on a pu vérifier dans les parties 4.4.1. et 4.4.2., qui ont mis en avant les principes économiques de l'UDC, principes qui dénotent indéniablement de conceptions «ultra-libérales en économie». Une dimension théorique qui s'applique d'autant plus à l'UDC que Camus précise qu'en «raison de la coexistence dans leur programme de l'opposition à l'Europe et de l'ultra-libéralisme économique, les droites populistes et xénophobes professent une sorte de `'libéralisme autarcique'', un libéralisme sans le libre-échange, qui s'arrêterait aux frontières et qui se traduit, en fait, par le démantèlement des acquis sociaux comme de l'Etat»632(*).

Des cinq dimensions théoriques déployées dans l'idéal-type des nouveaux populismes xénophobes, toutes se retrouvent assez nettement dans le bagage idéologique de l'UDC. On doit donc en tirer la conclusion que cette formation est bel et bien classable dans cette sous-catégorie de l'extrême droite contemporaine. On peut l'affirmer avant d'autant plus d'aplomb que Camus classe lui-même l'UDC au sein de cette mouvance.

Sur base du constat suivant : «Crainte face à l'intégration de la Suisse dans l'Europe, xénophobie et ultralibéralisme économique, tels sont les trois piliers du programme UDC, qui recoupe donc largement celui du FPÖ»633(*), Camus range d'ailleurs l'UDC parmi une catégorie typologique particulière de ce sous-groupe de l'extrémisme de droite, catégorie qui concernerait également la Ligue du Tessin, la Ligue du Nord et le FPÖ. Ces partis formeraient un sous-ensemble des nouveaux populismes xénophobes, à savoir «les nationaux-populismes alpins»634(*).

* 628 J.-Y. CAMUS, «Une extrême droite sans filiation fasciste : les populismes xénophobes en Europe», op. cit., p. 28.

* 629 Ibid.

* 630 Id., p. 24.

* 631 Id., p. 23.

* 632 J.-Y. CAMUS, «L'extrême-droite en Europe: de l'activisme néo-fasciste au populisme xénophobe», publication de la Karl-Franzens-Universitat Graz, p. 7, consulté sur www-gewi.kfunigraz.ac.at, url : www-gewi.kfunigraz.ac.at/rpop/material/camus.pdf

* 633 J.-Y. CAMUS, «L'idéologie du FPÖ autrichien : éléments de comparaison avec les nationaux-populismes européens», op. cit., p. 108.

* 634 Id., p. 113.

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