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L'UDC de C. Blocher: l'extrême droite au coeur de la concordance helvétique?

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par Julien Vlassenbroek
Université Libre de Bruxelles - Licence en sciences politiques 2004
  

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5.2.6. La conception de Mazzoleni : l'UDC n'est pas un parti d'extrême droite

Oscar Mazzoleni, qui qualifie l'UDC de formation nationale-populiste, juge le concept d'extrême droite «peu satisfaisant»652(*) à l'égard de celle-ci.

Sa thèse tient principalement autour de six arguments qui me paraissent tous réfutables :

1) «D'abord, l'usage de cette appellation risque de gommer les spécificités de ce parti par rapport aux groupuscules extraparlementaires»653(*), Mazzoleni cite notamment parmi ces groupes les «fascistes traditionnels», «Skinheads», «groupes nationaux-révolutionnaires»654(*) ; Cet argument, s'il devait être appliqué systématiquement, réduirait l'usage de l'appellation `'extrême droite`` à un nombre beaucoup plus restreint de partis que ce n'est le cas aujourd'hui. L'extrémisme de droite ne peut plus désormais être automatiquement associé «à la violence de rue, au rejet total de la démocratie»655(*), «elle s'exprime désormais plus par les urnes que par l'activisme violent»656(*) et on note une nette tendance des partis de cette mouvance à se distancier de ces groupes extra-parlementaires, au moins formellement. Un processus résumé par cette métaphore de Taggart : «they [les New Populists] are more likely to be wearing bespoke suits than military fatigues»657(*)

2) L'UDC accepte «le système démocratique et ses règles de fonctionnement»658(*), son «action se situe essentiellement dans un recours aux institutions officielles»659(*) ; Rejeter l'appellation d'extrême droite sur base de ce critère revient à faire fi des enseignements de nombreux chercheurs qui partagent l'avis selon lequel, vis-à-vis de la démocratie : «most of the present extreme right parties display non-compatibility of aims and acceptability of behaviour [en italique dans le texte]»660(*). Mazzoleni semble donc ignorer le processus selon lequel «if not out of conviction then out of expediency, they [les partis d'extrême droite] have tended to abandon much of the ideological baggage that sound too extremist» 661(*). Il y a également dans l'affirmation de Mazzoleni une apparente négligence du profit qu'a tiré le parti de la modération de sa section bernoise (cf. point 3.2.).  

3) L'UDC n'a «pas de liens avec l'héritage nazi et fasciste»662(*) et le rejette «même expressément»663(*) ; Cet argument n'a plus que très peu de valeur scientifique tant la bibliographie des publications qui démontrent l'absence de revendication d'héritage fasciste ou nazi, voire sa condamnation, au sein des formations d'extrême droite contemporaine est longue à exposer. On renverra juste à l'ensemble de l'oeuvre de Jean-Yves Camus sur le sujet664(*).

4) Les «rapports [de l'UDC] avec la mouvance groupusculaire d'extrême droite et la `'nouvelle droite intellectuelle'' sont loin d'être organiques»665(*) ; Cette affirmation ne reflète pas les constats que l'on a pu effectuer lors de cette étude ( voir notamment points 4.2.2.3., 4.2.3.4. sur les rapports avec la Nouvelle Droite et 5.2.1. sur les rapports avec la mouvance d'extrême droite), il semble en tous cas assez cavalier de l'affirmer sans plus de nuance. De plus il ne s'agit pas là d'une condition sine qua non de l'appartenance d'un parti à la famille politique d'extrême droite lato sensu. En Belgique par exemple, le FNB entretient des rapports très tendus avec le reste de la mouvance d'extrême droite francophone, il n'en reste pas moins indiscutablement un parti d'extrême droite.

5) « Les formes d'actions `'non conventionnelles'', [...] directement organisées par » l'UDC, «sont plutôt rares»666(*) ; On renverra à la réfutation des arguments 1) et 2) inhérents au processus de «respectabilisation»667(*) engagé par ces partis. Il s'agit là d'une tendance généralisée au sein de la mouvance `'modernisée'' de l'extrême droite.668(*)

6) L' «électorat moyen [...] de l'UDC [...] est loin de se situer à l'extrême droite de l'espace politique»669(*) ; L'UDC étant devenu le premier parti de Suisse, son électorat ne peut pas se composer exclusivement d'un électorat d'extrême droite. Le Front national français ou le Vlaams Blok en Flandre, dont les appartenances à l'extrême droite peuvent difficilement être remises en cause, ne pourraient réaliser les scores qui sont les leurs en s'appuyant uniquement sur un `'électorat d'extrême droite''. D'autant que plusieurs études ont également illustré une récupération de la « fonction tribunitienne » par ces types partis, qui leur a permis d'infiltrer un électorat auparavant acquis à la gauche voire à l'extrême gauche670(*).

Loin de nier la qualité du travail de Mazzoleni, on constate toutefois que les arguments qu'il utilise afin d'écarter l'appellation `'extrême droite'' à l'égard de l'UDC n'ont qu'une validité scientifique réduite. L'erreur fondamentale de cet auteur se situe à mon sens au niveau de son approche conceptuelle de l'extrême droite et du national-populisme. En effet, ce politologue réfute ici le label d'extrême droite au profit de celui de national-populisme, opposant donc ces deux concepts et les rendant mutuellement exclusifs. Or, ces catégories semblent offrir une valeur heuristique et taxinomique plus appréciable si l'on aborde la seconde comme une sous-catégorie typologique de la première et non comme une concurrente671(*).

Cette approche aurait notamment permis à Mazzoleni de confirmer la pertinence du label national-populiste concernant l'UDC sans pour autant devoir opérer une réfutation de celle d'extrême droite, pour laquelle il semble à court d'arguments scientifiques.

* 652 O. MAZZOLENI, «Nationalisme et populisme en Suisse. La radicalisation de la `'nouvelle'' UDC», op. cit., p. 126.

* 653 Ibid.

* 654 Ibid.

* 655 J.-Y. CAMUS, «L'extrême droite en Europe : de l'activisme néofasciste au populisme xénophobe», op. cit., p. 1.

* 656 Ibid.

* 657 P. TAGGART, «New Populist Parties in Western Europe», op. cit., p. 36.

* 658 O. MAZZOLENI, «Nationalisme et populisme en Suisse. La radicalisation de la `'nouvelle'' UDC», op. cit., p. 126.

* 659 Ibid.

* 660 P. IGNAZI, «Extreme Right Parties in Western Europe», op. cit., p. 32.

* 661 H.-G. BETZ et S. IMMERFALL, «Introduction», in H.-G. BETZ et S. IMMERFALL (ed.), «The New Politics of the Right. Neo-Populist Parties and Movements in Established Democracies», op. cit., p. 3.

* 662 O. MAZZOLENI, «Nationalisme et populisme en Suisse. La radicalisation de la `'nouvelle'' UDC», op. cit., p. 126.

* 663 Ibid.

* 664 Voir notamment J.-Y. CAMUS, «L'extrême droite en Europe : de l'activisme néofasciste au populisme xénophobe», op. cit. ; J.-Y. CAMUS, «Une extrême droite sans filiation fasciste : les populismes xénophobes en Europe», op. cit. ; J.-Y. CAMUS, «Du fascisme au national-populisme. Métamorphoses de l'extrême droite en Europe», op. cit., p. 3.

* 665 O. MAZZOLENI, «Nationalisme et populisme en Suisse. La radicalisation de la `'nouvelle'' UDC», op. cit., p. 126.

* 666 Ibid.

* 667 M. SACCO, «Le racisme, un tremplin électoral pour l'extrême droite. De l'utilisation du racisme par les partis de l'extrême droite belge francophone», publié dans études et documents universitaires, consulté sur www.resistances.be, url : www.resistances.be/usacco.html; J. JAMIN, «Pour en finir avec l'extrême droite : le faux débat», Les Territoires de la Mémoire, n°7, octobre - décembre 1998, consulté sur www.territoires-mémoire.be, url : www.territoires-memoire.be/am/affArt.php?artid=52 ; «Une nouvelle extrême droite, et un vainqueur inattendu», Revue politique, 13 juin 2004, consulté sur www.revue-politique.com, url : www.revue-politique.com/7,article,rp200406,13,0000x0000p0001.htm

* 668 J.-Y. CAMUS, «Extrêmes droites européennes entre radicalité et respectabilité», op. cit., p. 4.

* 669 Ibid.

* 670 Voir notamment A. DELPECH et F. BRIATTE, «Qui détient aujourd'hui, dans le système français, la fonction tribunitienne ?», exposés de science politique, Conférence de méthode d'Yves Surel, séance 9 : «Les systèmes de partis», consulté sur phnk.com, url : phnk.com/files/scpo/cm2-scpo-tribunitienne-livret.pdf ; Y. MENY et Y. SUREL, «Par le peuple, pour le peuple. Le populisme et les démocraties», Fayard, Paris, 2000 ; J. EVANS, «Les bases sociales et psychologiques du passage gauche - extrême droite. Exception française ou mutation européenne ?» in P. PERRINEAU (ed.), «Les croisés de la société fermée. L'Europe des extrêmes droites», op. cit., pp. 73-101 ; C. NADAUD, «Le vote Front national à Vénissieux : les mécanismes d'un enracinement», in SOFRES, «L'état de l'opinion 1996», Seuil, Paris, 1996, pp. 213-240.

* 671 C'est notamment l'approche préconisée et pratiquée par Jean-Yves Camus ; Voir également A.-M. Duranton-Crabol, «L'Europe de l'extrême droite de 1945 à nos jours», Complexe, Bruxelles, 1991, p. 75.

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