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L'UDC de C. Blocher: l'extrême droite au coeur de la concordance helvétique?

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par Julien Vlassenbroek
Université Libre de Bruxelles - Licence en sciences politiques 2004
  

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2. 4. Le cadre théorique développé par Cas Mudde

Cas Mudde définit l'extrême droite comme suit : «selon moi - et je concède qu'il s'agit-là d'une définition parmi d'autres -, le terme `'extrême droite'' se réfère à une idéologie qui a pour traits caractéristiques : le nationalisme, la xénophobie, le chauvinisme social et la loi et l'ordre.»91(*)

L'auteur précise que les partis d'extrême droite ne détiennent aucunement le monopole sur ces valeurs puisque d'autres mouvements comme les partis conservateurs insèrent ponctuellement dans leurs discours des éléments de chauvinisme du welfare, de xénophobie, de nationalisme et/ou de loi et d'ordre. Cependant il affirme que ce qui distingue ces mouvances de celles des partis d'extrême droite contemporains, c'est que, dans le cas de ces dernières, «cette combinaison de quatre éléments forme le noyau de leur idéologie»92(*).

Le nationalisme renverrait, selon Mudde, à une croyance selon laquelle l'état, en tant qu'unité politique, et la nation, en tant qu'unité culturelle, doivent se confondre93(*). Ce politologue insiste sur le fait que cet élément constitue le «nucleus»94(*) de l'idéologie de l'extrême droite. Il opère toutefois une distinction entre ERP's (Extreme Right Party) dits «state nationalists» et «ethnic nationalists»95(*). Pour ceux-là, l'assimilation de non-nationaux est une option acceptable étant entendu que leur principal dessein est de parvenir à une nation qui soit culturellement (et pas nécessairement ethniquement) homogène. «This is why state nationalist parties emphasise both [en italique dans le texte] repatriation and [en italique dans le texte] assimilaton as policies to make the state internally homogeneous»96(*) .

Pour les «ethnic nationalists» par contre, le rapatriement des non-nationaux constitue théoriquement la seule voie acceptable, bien que certains partis de cette tendance acceptent l'assimilation des ressortissants de «related nations»97(*). La nation est donc ici définie sur base de critères ethniques, «mainly through blood ties»98(*), qui s'inscrivent dans une vision du monde où la nation précède l'état, lequel est perçu comme le bras politique de cette nation. C'est sur base de cette distinction entre les «ethnic nationalists» et «state  nationalists» que Mudde établit deux sous-groupes au sein des partis d'extrême droite : d'une part, «the `'moderate'' subgroup of the state extreme right parties [en italique dans le texte]» et d'autre part «the ethnic extreme right parties [ en italique dans le texte]» représentant «the (more) radical subgroup»99(*).

Les partis d'extrême droite s.l. comportent tous, selon l'auteur, une dimension xénophobe qu'il décrit de la manière suivante : «[...]. Everything what is considered `'alien'', or deviating from their [renvoie aux ERP's] own nation and conventions, is portrayed as negative and is perceived as threatening»100(*). L'auteur ajoute que la stigmatisation opérée par cette mouvance, ne se limite pas aux valeurs culturelles d'autres communautés ethniques mais s'étend également aux valeurs de sous-groupes particuliers au sein de leur propre communauté ethnique, comme les homosexuels ou la gauche101(*).

La xénophobie, telle que décrite ici, recouvre en outre une dimension internationale dans la mesure où ces partis considèrent le monde comme globalement hostile à leur propre groupe. L'intégration européenne en général et l'abolition des frontières en particulier sont donc perçues comme des menaces par les partis d'extrême droite102(*).

Mais la menace qui est la plus récurrente dans la littérature de ces partis est celle de l'immigration (de masse) et de l'avènement d'une société multiculturelle. Ces partis mettent en garde contre une immigration démesurée et incontrôlable qui ruinerait le pays, au su de l'establishment qui cacherait cette réalité au peuple. Les immigrés sont perçus comme indésirables étant donné qu'ils prendraient le travail et l'argent des nationaux. Cette immigration massive est également accusée d'être la source des maux du pays tels que la hausse de la criminalité, la décadence morale et les fraudes aux oeuvres sociales103(*).  

Ces deux premiers aspects permettraient d'expliquer le chauvinisme social ou chauvinisme du welfare de ces partis. Leur volonté de limiter l'action des oeuvres sociales de l'Etat aux seuls nationaux ne constituerait qu'une conséquence logique de leur nationalisme et de leur xénophobie. Dans cette même logique, les entreprises et travailleurs nationaux doivent être mis à l'abri de la concurrence économique étrangère par des mesures protectionnistes104(*).

La croyance en la loi et l'ordre (law and order) se traduit, elle, concrètement par une demande d'un état fort pour ce qui concerne ses fonctions régaliennes. Cet état doit donc être pourvu d'une force de police importante en termes d'effectifs, aux compétences significativement plus étendues et bénéficiant d'un équipement de pointe, ainsi que d'un système judiciaire aux pouvoirs accrus, strict et rigoureux, purgé de ses éléments gauchistes, qui doit prononcer et faire appliquer des peines bien plus sévères concernant une variété de délits plus importante qu'aujourd'hui. L'auteur note qu'au- delà des arguments nationalistes avancés pour justifier la loi et l'ordre, des arguments conservateurs (et religieux) sont souvent mis en avant. Le traditionalisme permettrait donc également de soutenir l'idée d'un besoin de renforcement de la loi et de l'ordre105(*).

Mudde ne considère pas les partis d'extrême droite comme anti-démocratiques a priori. En effet, pour ce conférencier de l'Université d'Anvers, «la seule façon de travailler empiriquement est de considérer la démocratie comme une procédure plutôt que comme une combinaison de valeurs»106(*) car toute définition plus large de la démocratie renverrait immanquablement à des valeurs qui, en plus d'être sujettes à débat, feraient en sorte que peu de partis pourraient dès lors être considérés comme démocratiques107(*).

Cependant, l'auteur note qu'un aspect unit particulièrement tous les partis d'extrême droite, y compris les «border cases»108(*). Il s'agit de ce que Cas Mudde appelle «`'the politics of resentment'', that is the criticism of political parties. [...]. Rather than rejecting the political party per se, contemporary ERP's produce a constant stream of populist anti-party sentiments. Their critique is directed at all established parties, [...].»109(*)

Cas Mudde ajoute que ces critiques vont bien plus loin que le débat politique habituel concernant les idées en présence et les politiques à mener. Les partis d'extrême droite ne critiquent pas le fait que les autres partis aient des idées différentes mais plutôt le fait que ceux-ci n'aient pas d'idée du tout et que leur seul but soit de conquérir le pouvoir et des gains financiers. Ces partis d'extrême droite dépeignent alors les partis traditionnels comme corrompus et (secrètement) alliés en vue de partager le pouvoir110(*).

* 91 C. MUDDE,  «Expliquer le succès de l'extrême droite», Politique, Bruxelles, n° 21, novembre 2001, P. 14.

* 92 Ibid.

* 93 C. MUDDE, «The Single-Issue Thesis : Extreme Right Parties and the Immigration Issue», West European Politics, Londres, vol. 22, n° 3, juillet 1999, p. 187.

* 94 Ibid.

* 95 Ibid.

* 96 C. MUDDE, «The ideology of the extreme right», op. cit., p.171.

* 97 C. MUDDE, «The Single-Issue Thesis : Extreme Right Parties and the Immigration Issue», op. cit., p. 188.

* 98 C. MUDDE, «The ideology of the extreme right», op. cit., p. 171.

* 99 Id., p.182.

* 100 Id., p. 172.

* 101 Ibid.

* 102 Id., pp. 172-173.

* 103 Id., p. 173.

* 104 C. MUDDE, «The Single-Issue Thesis : Extreme Right Parties and the Immigration Issue», op. cit., p. 189.

* 105 C. MUDDE, «The ideology of the extreme right», op. cit., pp. 173-174.

* 106 C. MUDDE, «Expliquer le succès de l'extrême droite», op. cit., p. 14.

* 107 Ibid. - L'auteur précise par exemple que beaucoup de partis veulent interdire l'extrême droite, ce qui n'est pas démocratique.

* 108 C. MUDDE, «The Single-Issue Thesis : Extreme Right Parties and the Immigration Issue», op. cit., p. 191.

* 109 Id., pp. 191-192.

* 110 Id., p. 192.

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