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L'UDC de C. Blocher: l'extrême droite au coeur de la concordance helvétique?

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par Julien Vlassenbroek
Université Libre de Bruxelles - Licence en sciences politiques 2004
  

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2. 5. Le cadre théorique développé par Herbert Kitschelt

Dans «The Radical Right in Western Europe. A Comparative Analysis»111(*), Herbert Kitschelt émet l'hypothèse que la NRR (New Radical Right) serait le pendant droitier de, ou plutôt le pôle politique opposé à, la Nouvelle Gauche post-industrielle qui aurait émergé dans les années 60. Le clivage structurant la politique dans la société post-industrielle opposerait la gauche-libertaire à la droite-autoritaire, entendus comme les extrémités d'un continuum.

Selon cet auteur: «The New Radical Right (NRR), [...] advocates free markets economics and `'authoritarian'' hierarchical arrangements in politics, together with a limitation of divesity and individual autonomy in cultural expressions»112(*).

Ajoutant à son postulat de départ, «we must identify additional arguments that can be logically related to the master hypothesis and can explain in a systematic way different appeals and electoral payoffs of new rightisit parties»113(*), Kitschelt va alors élaborer une typologie des stratégies déployées par ces partis d'extrême droite contemporains afin de tenter de répondre à ces exigences. Au sein de cette typologie, il distingue trois idéaux-types stratégiques labellisés comme suit : «the authoritarian and capitalist appeal of the NRR [New Radical Right]», «populist antistatist appeals», «racist authoritarian and `'welfare chauvinist'' appeals»114(*). Ces idéaux-types caractériseraient trois positions d'un continuum au sein duquel les partis de l'extrême droite contemporaine se répartissent115(*).

L'«authoritarian and capitalist appeal» est associé à l'idéal-type de la New Radical Right et constitue, pour Kitschelt, «the `'master case'' for the contemporary extreme Right»116(*) dans la mesure où il s'agirait du positionnement le plus efficace d'un point de vue électoral. Cette stratégie de la Nouvelle Droite Radicale européenne, qualifiée de `'formule gagnante'', serait associée à un refus catégorique d'une hausse des taxes et impôts ainsi qu'à une opposition aux immigrés non-occidentaux.

Mais ces deux problématiques ne constitueraient que les éléments les plus saillants d'une idéologie beaucoup plus élaborée qui engloberait une certaine conception de la citoyenneté, de l'organisation des procédures de décision collective et des politiques économiques et sociales à mener.117(*) Ainsi, en termes de citoyenneté «the NRR stands for an exclusionary, particularist definition of citizenship rights confined to a culturally homogeneous group of residents»118(*). En ce qui concerne les procédures de décision collective, la NRR rejetterait le débat participatif, le pluralisme, le compromis et la tolérance vis-à-vis des voix discordantes, ce au profit de «strong authoritarian-paternalist procedures»119(*). En matières économiques et sociales, ces partis de la NRR seraient partisans d'une distribution `'spontanée'' des ressources [«the spontaneous allocation of resources »] par le truchement des lois du marché, et s'opposeraient à toute redistribution des richesses ou à toute forme d'aide sociale ou d'allocation planifiée quel qu'en soit le mode d'attribution, ces formations soutiennent donc un schéma économique rigoureusement ultra-libéral120(*). Il prête à ce courant de l'extrême droite contemporaine une vision bien arrêtée du rôle de l'Etat, qui, on vient de le voir, n'est pas conçu comme ayant un rôle dans le jeu économique, ni comme devant assumer une quelconque fonction sociale ou redistributive. Dès lors, «The state should be strong and authoritarian, but small»121(*), autrement dit l'Etat doit se limiter à ses fonctions régaliennes tout en les assumant de manière autoritaire.

A propos des partis relevant de la seconde catégorie typologique, à savoir le «populist antistatism», Kitschelt avance que : «populist antistatist appeals are primarly directed against `'big government'' and `'the political class'' that dominates a country's politics through the conventional parties, but to a much lesser extent against the libertarian themes of multiculturalism, environmentalism, gender liberation, and direct political participation»122(*). C'est sur base de ces assertions que l'auteur met en garde contre une confusion entre le populisme antiétatique et le cas idéal-typique de la NRR, qui est, elle, beaucoup plus `'ferme'' sur ces derniers sujets123(*).

Concernant les partis qui relèvent de la dernière catégorie typologique, qui comprend les éléments combinant le «racist authoritarianism» et le chauvinisme du welfare, ils sont dépeints par l'auteur comme prenant leurs distances avec les théories ultralibérales124(*). Ils prôneraient plutôt une certaine redistribution des revenus et se veulent les défenseurs du petit peuple face aux grandes entreprises. Mais la protection sociale, et la redistribution qu'elle suppose, sont envisagées dans une perspective marquée du sceau du chauvinisme du welfare, i.e. que les bénéfices de la redistribution et des allocations sociales seraient, dans la conception sociétale de ces partis, exclusivement réservés à ceux qui appartiennent à la communauté nationale, clairement définie sur des bases ethniques. Les immigrés sont eux stigmatisés par cette mouvance comme des parasites qui ne contribuent pas au fonctionnement de la société mais tentent uniquement de s'en accaparer les bénéfices125(*).

Malgré les bémols qu'elle oppose à la théorie ultra-libérale, cette tendance de l'extrême droite contemporaine ne doit, selon Kitschelt, pas être confondue avec le fascisme qui, du moins dans sa rhétorique, s'attaque directement, et de manière beaucoup plus radicale, au libéralisme capitaliste126(*).

La stigmatisation des étrangers, le rejet radical des revendications féministes et écologistes (comme, par exemple, le droit à l'avortement et les limitations de vitesse sur les autoroutes) seraient, eux, les points cruciaux de la stratégie «racist-authoritarian», tout comme le fait de mettre l'accent sur tout ce qui touche aux symboles nationaux et aux mythes historiques fondateurs de la nation.127(*)

* 111 H. KITSCHELT (en collaboration avec A.J. McGann), «The Radical Right in Western Europe. A Comparative Analysis», University of Michigan Press, Ann Arbor, 1997.

* 112 Id., p. 2.

* 113 Ibid.

* 114 Id., pp. 19-24.

* 115 Id., p. 19.

* 116 Ibid.

* 117 Ibid.

* 118 Id., pp. 19-20.

* 119 Id., p. 20.

* 120 Ibid.

* 121 Ibid.

* 122 Id., p. 21.

* 123 Ibid.

* 124 Id., p. 22

* 125 Ibid.

* 126 Ibid.

* 127 Ibid.

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