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L'utilité des peines de prison pour les criminels

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par Paul-Roger GONTARD
Université d'Avignon et des Pays de Vaucluse - Maitrise de droit privé, option Carrières Judiciaires 2007
  

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B/ Un travail réinsérant

Le travail de Marc BAADER et de Evelyne SHEA nous rappelle les cinq principaux critères qui participent au choix d'une embauche :

« - Le casier judiciaire : Le seul fait d'avoir passé une période en prison diminue l'employabilité des sortants : ils sont automatiquement exclus des emplois qui transitent par des cabinets de recrutement dont la quasi-totalité disposent des moyens de s'informer des antécédents judiciaires des postulants. Aucun ne prendra le risque de suggérer à un employeur la candidature d'une personne pourvue d'un casier judiciaire. [...] De la même manière, sont écartés tous les emplois ayant trait aux administrations ou aux groupes importants ; ceux-ci réclament systématiquement un extrait de casier judiciaire. Pour les emplois restants, les caractéristiques suivantes sont déterminantes :

- Les caractéristiques physiques : Comme l'on dit couramment, il faut avoir "le physique de l'emploi". Cela signifie que nombre de détenus n'ont pas les moyens de posséder ou d'acquérir le nécessaire vestimentaire en adéquation avec l'emploi proposé. Ce peut être aussi, après une longue détention, une dentition désastreuse ou une vue non corrigée, voire une démarche saccadée après des années passées à marcher avec des chaussures sans talon.

- Les caractéristiques économiques : Être employable, c'est disposer d'un minimum de conditions requises comme un domicile fixe, un moyen de communication, de quoi subsister jusqu'au premier versement du salaire. C'est, parfois, devoir disposer d'un véhicule, d'un matériel lié à l'emploi [...].

- Les caractéristiques psychologiques : C'est la capacité de pouvoir passer un entretien d'embauche après un temps plus ou moins long d'emprisonnement. C'est, d'une certaine manière, parvenir à occulter ce temps pour affirmer une gestuelle, un langage commun. C'est aussi la capacité de "se vendre" après un temps passé dans l'inexistence.

- Les caractéristiques situationnelles : Elles sont de plusieurs ordres. Il y a d'abord celle qui est personnelle comme d'être seul, sans famille et sans amis, et en rupture totale avec les valeurs mouvantes de la vie libre (le coût de la vie, les salaires en usage dans la profession). Il y a, ensuite, celle de devoir se constituer un passé si l'on veut dissimuler le passage en prison [...]. Et puis, enfin, quand on postule pour un emploi dans le cadre d'une semi-liberté ou d'une libération conditionnelle, il y a l'impossibilité d'énoncer une date fixe de libération et la certitude de cette libération. Quel employeur, aujourd'hui, peut se permettre de s'engager à employer une personne incarcérée s'il ignore si cette personne sera libérée par anticipation et quand elle le sera ? C'est d'ailleurs la raison pour laquelle l'immense majorité des promesses d'emplois formulées dans ces cas le sont par complaisance mais ne sont pas suivies d'effet. »84(*)

La prison a donc pour mission de tout faire pour que le détenu puisse satisfaire aux quatre derniers critères, puisque le premier est irrémédiablement (sauf grâce) associé à l'identité de la personne. En permettant à un détenu d'exercer une activité professionnelle, la prison contribue à entretenir une bonne forme physique et la motivation de futurs demandeurs d'emploi, là où ceux qui refusent ou sont privés de cette opportunité risquent d'être repliés sur eux-mêmes et résignés à leur sortie de prison. En rémunérant un détenu pour son travail, la société ou l'entreprise qui accepte cette tâche, lui permet de conserver des ressources nécessaires à l'image sociale d'une personne en recherche d'emploi. Avoir des habits corrects, une adresse, un téléphone sont des éléments à ne pas négliger lorsque l'on est sur le marché du travail. De plus, le temps carcéral peut être aménagé pour préparer dans de bonnes conditions la réinsertion sociale. En offrant la possibilité aux détenus d'avoir accès à des modules de préparation à l'embauche, à des bilans de compétence qui justifieront tel ou tel effort de rescolarisation pendant la peine, on augmente les garanties d'un temps vécu dans la prison comme un temps utile et non plus comme un temps perdu.

Enfin, les aménagements de fin de peine sont à privilégier afin d'assurer la bonne réinsertion des détenus. En développant des contrats de travail avec des associations, des organismes publics ou des entreprises extérieures à la prison, dans lesquels le détenu pourra aller travailler le jour dans un régime de semi-liberté, on augmente d'autant l'efficacité du processus de resocialisation. Jean-Gabriel MOUESCA85(*) me faisait partager l'anecdote suivante : « Un condamné à 15 ans de réclusion criminelle n'avait eu sa première « permission » de sortir quelques jours, qu'aux bouts de la onzième année pour passer trois jours en famille pour les vacances de Noël. Le choc du retour au monde libre à été tellement intense (traumatisme de la foule, des bruits de dehors, etc...) qu'il n'a pas chercher à parcourir les rues ou à prendre du temps à la terrasse d'un café, il s'est réfugié dans l'appartement familial, pour n'en ressortir que trois jours plus tard en direction de la prison. Ce qui l'avait le plus surpris c'était tous ces gens qui parlaient tout seul dans la rue. Comment pouvait-il penser que douze ans après son incarcération les hommes pourraient se parler au téléphone dans la rue et sans combiné à l'oreille ! » Le travail peut être une formidable opportunité de socialisation. Il doit donc être une priorité des « Projets d'Exécution de Peines » (P.E.P.).

* 84 Cité in Marc BAADER et Evelyne SHEA, « Le travail pénitentiaire, un outil efficace de lutte contre la récidive ? », Champ pénal / Penal Field, [En ligne], mis en ligne le 31 mai 2007. URL : http://champpenal.revues.org/document684.html.

* 85 Président de la section française de l'OIP

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