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L'utilité des peines de prison pour les criminels

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par Paul-Roger GONTARD
Université d'Avignon et des Pays de Vaucluse - Maitrise de droit privé, option Carrières Judiciaires 2007
  

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B/ le modèle de la prison de Casabianda

Photographie satellitaire de la prison de Casabianda, aucun mur d'enceinte n'est présent.

L'étude de cette prison a été essentiellement réalisée aux moyens de multiples échanges téléphoniques avec le personnel de direction de la prison, essentiellement Madame Brigitte DANY, directrice adjointe de la prison de Casabianda ; auxquels s'ajoutent des recherches personnelles sur les publications relatives à cet établissement.

La première impression d'un observateur extérieur qui pose son regard sur la prison de Casabianda exprime le décalage existant entre la définition épistémologique de « prison » et la réalité de Casabianda. La prison, dans l'imaginaire collectif est essentiellement composée de murs en béton, de cellules étroites, de miradors et d'obscurité. Casabianda est une enceinte sans mur, en bordure de mer, où les mouvements des détenus y sont très libres. Le centre de détention est situé sur la commune d'Aléria, à 75 km de Bastia, sur la côte orientale de la Corse. Il est implanté sur un domaine d'une superficie de 1480 ha suivant un périmètre de quelques 20 km104(*). D'une capacité de 188 places, il y en avait 170 d'occupées lors de mon enquête. Sur cet effectif, 90% sont des criminels sexuels, et seuls 10% des détenus se sont rendus coupables d'autres infractions criminelles. Le choix de cette population est fondé sur la structuration psychique des criminels sexuels. En effet, ceux-ci sont considérés comme une population coopérative aux injonctions réglementaires, peu agités et raisonnablement corvéables. De plus, la direction de l'établissement considère que la situation géographique de la prison participe grandement à l'apaisement des détenus.

Ce qui doit être d'abord retenu dans cet établissement, ceux sont les rapports sociaux entre les membres de la communauté pénitentiaire. Casabianda est une prison principalement basée sur le symbolisme, choix qui désoriente la plupart des détenus qui y sont transférés pour achever leur peine. La première réaction est souvent déstructurant pour le détenu, submergé par la sollicitation de ses propres sens. Il retrouve une vitalité bien souvent perdue derrière les quatre murs de béton de son centre de détention, de sa maison d'arrêt ou de sa centrale d'origine. Ce premier contact a pour conséquence une réaction de crainte et de repli de la part de certains nouveaux arrivants. Ils savent que c'est une chance d'être transféré dans cette prison, et les limites de leur semi-liberté étant particulièrement floues, il peut leur paraître dangereux de les tester, ce qui motive certains à rester parfois plusieurs mois sans véritablement sortir de leur baraquement. C'est dans cette phase d'appropriation de l'espace que le poids de la transmission entre « anciens » et « nouveaux » commence à prendre son sens. Les anciens transmettent les codes sociaux, ainsi que les règles des avantages (comment se procurer un petit jardin personnel, comment le cultiver, le transmettre, etc...). Puisque le nombre d'intervenants extérieurs est assez limité à Casabianda, beaucoup de connaissances utiles se communiquent de détenus à détenus. Il en est notamment ainsi pour toute la partie activité agricole et d'élevage de la prison.

Le régime de détention y est assez simple. Les détenus ont des activités et des tâches professionnelles à accomplir pendant la journée. Leurs déplacements dans le centre de détention, et même en dehors pour des missions bien précises sont très libres, la contrainte carcérale étant d'être rentrer le soir pour être enfermé dans les baraquements qui font office de logements. Le centre de détention est équipé d'un cabinet médical et d'un cabinet dentaire. Depuis 1984, il est également doté de « chambres conjugales » qui préfigurent les actuelles Unités de Vie Familiale (UVF) qui se développent petit à petit dans les établissements pénitentiaires.

Le sens de la peine y est affirmé comme une notion très importante. Les cultures maraîchères sont prioritairement des cultures dites « biologiques ». L'élevage équestre de la prison a pour fonction de préserver la race des chevaux Corses, ce qui vaut une solide réputation d'excellents reproducteurs pour les étalons qui y sont à demeure. Chaque année de nombreux propriétaires réputés de juments de l'Europe entière ou des Haras Nationaux effectuent des saillis avec les semences de ces étalons. Concernant l'élevage ovin, les moutons de Casabianda sont réputés pour être parmi les meilleurs de méditerranée. Lorsque la fête musulmane de l'Aïd El Kébir arrive, la prison n'a aucun mal à vendre les têtes de bétail prêtes à être abattues. Les fromages corses qui viennent du centre de détention sont par ailleurs très prisés.

Pour effectuer les travaux affairant à ces activités professionnelles, les détenus sont parfois accompagnés au dehors du centre de détention, mais il n'y a là rien de systématique. Puisque les élevages de mouton sont amenés à être éloignés de Casabianda, il est fréquent de voir partir des détenus sans escorte au volant d'un camion du centre pour ce rendre sur les lieux de pâture des troupeaux.

La prison de Casabianda se donne pour mission de recréer une identité à l'individu. Le détenu redevient peu à peu un sujet. Mais ce processus ne peut être accompli avec toutes les catégories de détenus, et certainement pas partout en France. On pourrait presque ironiquement dire qu'en Corse, seul les Corses peuvent se cacher ! Les tentatives d'évasion sont très rares puisque cet établissement pénitentiaire s'adresse à des détenus en fin de peine, et qui ont derrière eux de quelques longues années en détention sur le continent. Mais cette expérience prouve que dans des projets spécifiques, s'adressant à des populations carcérales bien identifiées, les résultats de réinsertion peuvent être probants105(*). Le caractère exceptionnel du traitement des détenus, et le fait que ceux-ci en soient bien conscients, y est très probablement pour beaucoup. Des chances comme celle-ci ne peuvent pas se présenter deux fois.

* 104 Source : administration pénitentiaire :

http://www.annuaires.justice.gouv.fr/index.php?rubrique=10113&ssrubrique=10126&article=10802

* 105 Bien que n'ayant pas de chiffres à me fournir depuis la création de la prison, la direction de Casabianda n'a pas pu me signaler de cas pour lesquels une récidive avait été signalée.

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