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L'utilité des peines de prison pour les criminels

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par Paul-Roger GONTARD
Université d'Avignon et des Pays de Vaucluse - Maitrise de droit privé, option Carrières Judiciaires 2007
  

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B/ La discipline pénitentiaire prise en défaut

Le modèle totalisant implique un minimum de soumission des membres de la communauté qui vont y être soumis. Or, l'observation des nouvelles populations carcérales et de leurs pratiques révèle les limites à l'application de ce modèle, et parfois sa possible perversion.

Des quelques entretiens préparatoires à l'étude de cet ouvrage, une constante a émergé des témoignages des acteurs de la vie carcérale. Personnels de direction et surveillants sont unanimes pour constater de nets changements dans les comportements des détenus sur les vingt dernières années. Des changements principalement dus au rajeunissement de la population criminelle et à ses habitudes. Ces populations venant souvent de grands ensembles urbains bruyants et lumineux, elles ne savent trouver de tranquillité que dans le bruit, voire le vacarme, des postes de radio ou de télévision mis sur le rebord des fenêtres, et ce toute la nuit parfois. Bien souvent accoutumées à une vie nocturne, demander à ces population de pratiquer une activité quotidienne dès le matin est une mission quasi impossible pour l'administration pénitentiaire. Il faut reconnaître que ces pratiques tiennent plus souvent des centres de détention, où cohabitent prévenus et courtes peines, mais la promiscuité avec les maisons d'arrêt sur un même lieu géographique, et le glissement progressif de ses populations vers la criminalité, entraînent un mimétisme de comportement de plus en plus fréquent dans les quartiers pour longues peines des Maisons d'Arrêt, mais aussi des Centrales. Prétendre imposer une discipline presque militaire à ces populations déjà très éloignée des principes disciplinaires, se heurte à la simple réalité de la massification de la population carcérale et à sa mutation.

D'autre part, les expériences de la discipline pénitentiaire et de l'application de ses sanctions montrent que certains individus réfractaires finissent par la pervertir. Pour illustrer ceci, prenons un exemple plus fréquent qu'a priori imaginable. Un détenu, après plusieurs infractions de première ou de deuxième catégorie au règlement, ou quelques unes de troisième, voit tous ses privilèges et son crédit de réduction de peine épuisés. Une nouvelle infraction, comme des insultes ou des menaces envers un personnel de surveillance, le conduit en quartier disciplinaire (Q.D.). Après quelques jours en Q.D., le prévenu en question simule un suicide. La simulation est prise pour une tentative réelle de suicide par le personnel de surveillance qui fait venir le médecin psychiatre de la prison. Celui-ci conclut à l'incompatibilité de l'isolement avec la santé et la sécurité du détenu. Ce dernier peut alors regagner sa cellule d'origine. Il devient le champion de son étage pour avoir défié l'autorité des personnels de surveillance et s'en sortir à très bon compte. Il ne peut plus être soumis à des sanctions disciplinaires puisqu'elles ont toutes été épuisées, jusqu'à la plus importante de toutes, le Q.D., qui ne peut plus lui être appliqué pour lui être trop dangereux. L'administration pénitentiaire devient particulièrement démunie envers ce détenu puisqu'elle n'a plus de moyen de coercition. Le rapport de force qui a tourné en la défaveur de l'autorité disciplinaire peut alors créer un climat de défiance généralisé à son encontre dans le couloir du dit détenu, puis dans son étage, et enfin jusqu'à l'établissement. Voilà un type de perversion du système disciplinaire carcérale qui peut générer de l'insécurité plutôt que la sécurité entre ses murs.

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