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Les obstacles d'ordre juridiques et économiques à l'exploitation en agriculture biologique

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par Benoit d'Humières
Institut des hautes études de droit rural et d'économie agricole - IHEDREA 2007
  

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4. Le traitement obligatoire de la vigne contre la flavescence dorée102(*)

Transmise par un petit insecte nommé cicadelle, la flavescence dorée est une maladie de la vigne dont les épidémies ont été l'occasion de nouveaux exemples de prophylaxie lourde et inadaptée à l'agriculture biologique.

La flavescence dorée provoque le jaunissement, puis la mort des vignes : un cep de vigne flavescent est généralement caractérisé par le non-aoûtement103(*) de ses rameaux, la coloration et l'enroulement des feuilles, le flétrissement des fleurs et des baies. La mort du cep intervient rapidement dans les années qui suivent la contamination. L'agent responsable de cette jaunisse a été identifié en 1969: il s'agit d'un phytoplasme ( bactérie sans paroi ) qui se loge dans les vaisseaux conducteurs de sève, empêchent la migration des assimilats et affecte ainsi l'accumulation des réserves dans le bois. La cicadelle l'acquiert par une piqûre à un cep contaminé et le transmet à chaque piqûre jusqu'à sa mort.

Par arrêté du 1er avril 1994104(*), la lutte contre la maladie et son vecteur a été rendu obligatoire sur les vignes de l'ensemble du territoire français. En effet, du fait de la pullulation de la cicadelle, la flavescence dorée est une maladie à fort caractère épidémique. Une directive européenne de 1993 la classe ainsi parmi les « maladie de quarantaine ».

Les conditions de la lutte contre la cicadelle sont précisées par des arrêtés préfectoraux qui définissent les zones de traitement obligatoire et rappellent l'obligation d'arrachage des ceps malades, des vignes abandonnées et de toutes les repousses. Les détails techniques (seuils et zones de contamination,...) et les modalités des interventions sont déterminés par les Services Régionaux de la Protection des Végétaux.

En zone contaminée (zone définie par arrêté préfectoral) la lutte contre l'insecte vecteur est obligatoire. Cette lutte systématique repose sur 3 traitements insecticides en période de végétation à des dates définies par le SRPV:

· 1er traitement : 1 mois après les premières éclosions, lorsque les premières cicadelles deviennent infectieuses

· 2ème traitement : en fin de rémanence du premier insecticide

· 3ème traitement : il vise les adultes venant d'autres vignes

De tels traitements sont lourds de conséquences pour les agriculteurs biologiques, car ils leur font perdre leur certification, et le processus de certification coûte très cher pour un agriculteur biologique, en argent comme en temps. Dans certains départements, comme l'Aude et les Pyrénées orientales, des pulvérisations par hélicoptère ont même été décidées par l'autorité préfectorale. Or lorsque les traitements obligatoires furent imposés par le ministère de l'agriculture, les agriculteurs biologiques ne disposaient d'aucune alternative biologique à proposer contre la maladie. Face à ce problème, l'emploi de la roténone a été reconnu pour les agriculteurs biologiques, mais cet insecticide extrait de plantes et probablement photosensible ne possède qu'une très faible rémanence, ce qui impose une multiplication des traitements et donc un surcoût pour l'agriculteur. Cependant l'association de ce traitement avec des mesures de prévention adaptées permet de contrôler convenablement les populations de cicadelles. Alors les agriculteurs biologiques se sont organisés afin de trouver des solutions en accord avec leur cahier des charges et d'éviter le drame de la décertification. C'est ainsi que l'on s'est rendu compte que la maladie provenait souvent de pieds de vigne contaminés chez le pépiniériste. On découvrit également que les jeunes ceps atteints pouvaient être guéris par une immersion dans de l'eau portée à 50° pendant 45 minutes, ce traitement étant suffisant pour tuer le phytoplasme. L'Institut Technique de l'Agriculture Biologique a ainsi élaboré un programme national visant à établir les causes et facteurs favorables à la maladie et à trouver des solutions pour lutter contre ce fléau. Les moyens de lutte se mettent en place, les résultats suivent, mais là encore il leur a fallu de nombreuses années et beaucoup d'énergie aux agriculteurs biologiques pour faire entendre leur voix.

* 102 Sources : Alter Agri numéro 55, septembre/octobre 2002, pages 16 à 19.

Service régional de la protection des végétaux du Midi-Pyrénées, http://www.srpv-midi-pyrenees.com/pages/sante_vgtx/contenu/organismes_nuisibles_et_lutte_obligatoire/fiches/scaphoideus_titanus.htm

Site de l'institut technique de la vigne et du vin, http://www.itv-midipyrenees.com/publications/fiches-pratiques/flavescence-doree.php

Site de l'INRA, http://www.inra.fr/Internet/Produits/HYPPZ/RAVAGEUR/3scatit.htm

Site des jeunes agriculteurs, http://ja.web-agri.fr/moteur/550/550P28.htm

* 103 aoûtement : phénomène de durcissement des rameaux par transformation en bois dur qui intervient généralement en août.

* 104 J.O n° 96 du 24 avril 1994, page 6066

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