WOW !! MUCH LOVE ! SO WORLD PEACE !
Fond bitcoin pour l'amélioration du site: 1memzGeKS7CB3ECNkzSn2qHwxU6NZoJ8o
  Dogecoin (tips/pourboires): DCLoo9Dd4qECqpMLurdgGnaoqbftj16Nvp


Home | Publier un mémoire | Une page au hasard

 > 

La délinquance dans le canton de Coussey durant le premier XIXème siècle

( Télécharger le fichier original )
par Hugues Herbillot
Université Nancy 2 - Master 2009
  

précédent sommaire suivant

3. Les réseaux d'alliance.

Au-delà de la famille, et des voisins avec lesquels peuvent se nouer de solides amitiés, les maisonnées entretiennent des liens complexes avec les autres ressortissants du village. Certaines familles sont liées à d'autres, se défendant mutuellement, on voit alors se dessiner des réseaux de solidarité au sein du village.

Pour étudier ces formes de solidarité supra familiales, nous nous sommes tournés vers le village présentant le plus d'accusés. Grand est ainsi le village le plus représenté devant les tribunaux, 179 habitants de cette localité rencontreront le juge de Paix. Ces données nous fournissent un corpus adéquat pour une étude de cas sur les rapports entre ses habitants.

Figure 26, relations entre les villageois à Grand.

Le schéma ci-dessus est le résultat de nos recherches, on y distingue trois réseaux de solidarités. Les cinq individus soulignés sont des habitués du juge de Paix, le plus souvent en tant que témoins comme Pierre Georges Formet, maire du village qui témoigne en tout six fois. Jean-Baptiste Bertrand, est quand à lui simultanément accusé et témoins dans plusieurs affaires, tandis que les membres de la famille Biez (François Biez exclu) sont particulièrement actifs comme prévenus dans de multiples accusations.

a. Les limites de l'exercice.

Il est possible de retrouver des traces des relations entretenues au sein du village, à partir des témoignages des affaires jugées en correctionnelle. Le juge mène son enquête et recherche des témoins, ces derniers ne sont, nous l'avons vu, pas toujours motivés par le simple désir de justice mais au contraire par le besoin de défendre l'un des leurs.

Se baser sur les témoignages peut cependant se révéler comme une interprétation erronée en sous-estimant la sincérité des témoins. En effet, si beaucoup enjolivent ou adaptent leur témoignage, de nombreux individus n'expriment que la réalité des faits en tant que témoins oculaires. Pour tenter d'écarter les villageois « honnêtes » de ceux animés par les liens d'amitiés, nous partons du postulat que les habitués de la justice témoignant systématiquement contre, ou en faveur d'autres individus, ne peuvent trahir que de l'animosité ou de l'amitié.

En observant tous les jugements des ressortissants de Grand et leurs témoignages, il est possible de discerner des amitiés solides et de nombreux antagonismes entres individus.

b. Les réseaux de solidarités.

La sociabilité villageoise s'élabore selon une gradation. L'individu interagit d'abord avec les membres de sa maisonnée, puis avec les voisins, et enfin avec les autres villageois. Au sein d'un village s'observent des relations particulièrement complexes autour des inimitiés et des amitiés. Des regroupements de famille et d'individus forment des entités au sein du village. Sur le graphique ci-dessous présentant les relations entre familles et individus, se dessinent nettement deux coteries et une troisième temporaire.

Le réseau de solidarité numéro un est composé de Jean Baptiste Bertrand l'appariteur du village, du maire Grojean, de Jean Baptiste Pelletier, et des familles, Gérard, et Guerre. Les membres de cette entité passent pour être liés entre eux. Par exemple, Nicolas et François Guerre, Jean-Baptiste Pelletier et Jean Baptiste Bertrand témoignent ensemble contre Antoine Prévot en 1822302(*). En 1822 ce sont Jean Gérard, Jean Baptiste Pelletier, Jean Baptiste Bertrand et Charles Girardin qui témoignent contre Nicolas Bonneville303(*). Enfin en 1825, Jean Gérard, Jean Gérard l'ainé et Nicolas Guerre témoignent contre Sébastien Fournier. On retrouve régulièrement quelques membres de ce groupe témoignant ensemble. Le premier groupe, emmené par le maire Grojean, réunit environ une dizaine de soutiens réguliers. Les groupes d'individus amis ne se réduisent pas aux seuls individus ici exposés, une kyrielle de sympathisants ou de témoins favorables gravitent autour d'eux, Les amis témoignant favorablement pour le maire Grojean possèdent eux-mêmes leur propre réseau d'ami, ainsi, lorsque Jean Baptiste Rollet témoigne en faveur de Jean Gahon contre Libaire Maugras, il est assisté de Louis Gaillot, de Claude Collot et de Jean Perrin304(*).

Le clan numéro deux est composé de quatre familles, les Gaudez, les Gérard, les Girardin et les Poinsot auxquels se juxtaposent, Durand Alexandre et Cottenot François.

Le groupe numéro trois ne s'observe qu'après les luttes entre le maire Grojean et l'instituteur Chevillot, il est composé des familles Cottenot, Tabouret et Durand et de l'instituteur.

Ces trois groupes, interagissent entre eux, ils ne sont pas en conflit les uns avec les autres. Seuls les membres d'une coterie ont parfois des différents avec des individus d'autres réseaux. Certains membres de groupes différents entretiennent même des relations de solidarité entre eux, Alexandre Durand témoigne ainsi deux fois avec Jean Baptiste Pelletier et la famille Gérard305(*), de telles « amitiés transversales » sont nombreuses. Ces groupes d'amis n'apparaissent pas comme des clans au sens strict dans la mesure ou le type de relation n'est jamais figé.

* 302 AD Vosges, 22u64, Grand, 1822.

* 303 Ibid.

* 304 AD Vosges, 22u52, Grand, 1817.

* 305 AD Vosges, 22u64, Grand, 1822 et 22u72, 1828.

précédent sommaire suivant