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Analyse criminologique de la présnce d'enfants dans les sites miniers artisanaux à Kolwezi

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par Musevu Vould Kawele
Université de Lubumbashi/ RD Congo - Diplôme dà€™études approfondies en criminologie 2014
  

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Chapitre 1: Cadre théorique et dispositif méthodologique

Ce chapitre est subdivisé en trois parties suivantes : - La construction de l'objet de recherche ;

- Le dispositif méthodologique ;

- Les difficultés rencontrées.

1.1. Construction de l'objet de recherche

Pendant la période coloniale, le secteur minier fut l'apanage de l`Union Minière du Sud Katanga, entreprise minière crée en 1906. Après la colonisation, elle fut transformée en Générale des Carrières et des Mines (Gécamines) en 1967. Ainsi, la Gécamines et la Société de Développement Industriel et Minière du Congo (SODIMICO) détenaient le monopole de l'exploitation minière au Katanga.

La libéralisation du secteur minier par l'Etat Congolais vers les années 2002 apporte des grands changements dans ce secteur. Avant d'énoncer l'objet de recherche, nous préférons d'abord présenter le contexte qui préside à l'objet de recherche.

1.1.1. Contexte d'élaboration de l'objet de recherche

Pendant plusieurs années, la Gécamines a fait la fierté du Congo par sa grande contribution financière au budget national à l'ordre de 70% (Ikos Rukal : 2007,159). Les années 1990 fut la chute de cette entreprise. Soucieux pour sa relance, le Gouvernement congolais avait pris des mesures pour le redressement du secteur minier. Ainsi, par la loi n° 007/2002 du 11 juillet 2002, le pays s'est doté d'un nouveau code minier comme instrument juridique de base pour le redressement du secteur minier. La grande innovation de cette loi, est la libéralisation du secteur minier au Congo. Des innovations ont été apportées dans le secteur minier industriel tout comme artisanal. Parmi lesquelles nous citons :

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- l'autorisation des privés à acquérir des concessions minières pour l'exploitation ;

- la libéralisation de l'exploitation minière artisanale qui s'étend à toute substance minière.

Par ailleurs, l'exploitation minière artisanale fut jadis limitée pour les pierres précieuses, comme prévoyait l'article 30 de l'ordonnance-loi n° 81-013 du 02 avril 1981 portant législation générale sur les mines et les hydrocarbures, telle que modifiée par l'ordonnance-loi n° 82-039 du 5 novembre 1982, (J.O n° 22 du 15/11/1982, p10) : « Aux conditions indiquées au présent chapitre, certains gisements d'or, de diamant ou de toute autre matière ou substance concessible déclarée précieuse, peuvent faire d'objet d'une exploitation artisanale. Il y a exploitation artisanale, lorsque les facteurs techniques et économiques qui caractérisent les gisements ci-dessus décrits ne permettent pas d'en assurer une exploitation industrielle au sens de la présente législation et de ses mesures d'exécution ».

Mais, avec l'avènement du code minier de 2002, l'exploitation minière artisanale ne s'arrête pas uniquement aux pierres précieuses. Elle s'étend à toutes substances minières (cuivre, cobalt, zinc, argent, hétérogénite, malachite, cassitérite, coltan, etc.). Mais, l'idée d'organiser des zones d'exploitation minière artisanale remonte en 1981, avec l'ordonnance-loi n°81-013 du 2 avril 1981 susdite.

L'avènement de l'exploitation minière artisanale arrive avec certaines situations (ou phénomènes) qu'on n'observait pas avant. Il s'agit : la présence des femmes et des enfants dans des sites miniers artisanaux et l'apparition des campements où résident les exploitants miniers artisanaux (les creuseurs). Ce qui nous intéresse dans la présente étude, c'est la présence des enfants dans des zones d'exploitation minière artisanale. Cette présence a suscité notre curiosité, ainsi, nous avons pris l'initiative d'en faire l'objet d'étude pour ce mémoire.

1.1.2. Objet de recherche

L'objet n'est pas un donné qui existerait en soi, à l'état naturel. C'est un construit, un produit de l'effort intellectuel (Lupitshi : 2013, 61). Ce même auteur poursuit qu'à la base de tout processus de recherche scientifique, on considère qu'il y a un problème dans la société généralement pensé en termes d'un malaise. Pour ce faire, le chercheur intéressé se décide

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d'amorcer une réflexion sur ce malaise (ce problème) qui devient ainsi son objet d'étude (Lupitshi : 2013, 87). Luc Albarello (2004, 52) renchérit que « se donner un objectif de recherche spécifique, c'est en quelque sorte exprimer sa volonté de mieux connaitre une partie d'un champ préalablement défini ». La présence des enfants dans des sites d'exploitation minière artisanale a attiré notre attention. Ainsi, nous en faisons une étude que nous nommons : Analyse criminologique de la présence des enfants dans des sites miniers artisanaux à Kolwezi. Comme le disent Quivy et Campenhoudt (2006, 17), « si nous choisissons de traiter un sujet donné, c'est forcément parce qu'il nous intéresse. Nous en avons presque toujours une connaissance préalable et souvent une expérience plus ou moins concrète. Peut-être même sommes désireux de réaliser notre recherche pour mettre au jour un problème social ».

Cette étude se fonde sur les données empiriques, et consiste en la compréhension du phénomène sous examen à partir de l'observation et des discours des acteurs concernés. Notre grand souci est d'éclairer les jeux, enjeux et logiques derrière la présence des enfants dans les zones d'exploitation minière artisanale et ce, malgré les arrêtés et autres mesures officielles d'interdiction de leur présence dans ces sites.

La construction de l'objet de recherche consiste dans une élaboration provisoire des notions ou des concepts qui vont être au centre de l'enquête afin de circonscrire de façon la plus judicieuse et la plus possible, de préciser un certain nombre d'indicateurs pertinents susceptibles, de répondre aux questions qu'un chercheur se pose (Robert, 2005, 435).

La présence des enfants dans des sites miniers artisanaux est une situation qui pose problème dans la société congolaise. La loi interdit leur présence dans ces sites parce qu'ils sont des personnes vulnérables en pleine croissance. De ce fait, ils sont protégés par les lois tant nationales qu'internationales, que la RD Congo a ratifiées. C'est le cas de la convention internationale des droits de l'enfant, du 20 novembre1989, ratifiée par la République Démocratique du Congo en date du 27 Septembre 1990, etc. En 2009, la RDC édicté sa propre loi pour la protection de l'enfant. Il s'agit de la loi n°09/001 du 10 janvier 2009 portant protection de l'enfant. L'exposé de motif de cette la loi déclare : la condition de l'enfant dans le monde en raison de sa vulnérabilité, de sa dépendance par rapport au milieu, de son manque de maturité physique, intellectuelle et émotionnelle, nécessitant des soins spéciaux et

L'article 1 de la loi n° 007/2002 du 11 juillet 2002 portant code minier, donne toute une série des définitions dans lesquelles nous retenons celles qui nous intéressent :

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une protection particulière n'a cessé d'interpeller depuis un certain temps la communauté internationale et nationale(...).

A Kolwezi, deux arrêtés urbains du Maire de la ville ont été pris. Il s'agit interdisent la présence des enfants et des femmes porteuses des enfants dans des zones d'exploitation minière artisanale. Il s'agit des arrêtés n°2006/04/VK/B/M du 20 avril 2006 portant interdiction de la présence des enfants mineurs dans des sites d'exploitation minière artisanale et de l'arrêté n°007/22/VK/B/M du 15 novembre 2007 portant l'interdiction de la présence des femmes porteuses des enfants de bas âges dans les carrières sur toute l'étendue de la ville de Kolwezi (voir l'annexe n°7 à la page 123 et l'annexe n°8 à la page 124). Les motivations de ces deux arrêtés indiquent que la manière dont l'environnement des sites d'exploitation minière artisanale est constitué, n'est pas propice pour les enfants par rapport à leur santé, croissance, éducation et instruction. Les enfants sont des personnes vulnérables et méritent une protection sociale. Etant vulnérable, les enfants méritent une protection sociale.

Le code minier de 2002 déclare à l'article 26 : sans préjudice des dispositions de l'article 27 (...), seules les personnes physiques majeures de nationalité congolaise peuvent acquérir et détenir les cartes d'exploitant artisanal et les cartes de négociant.

Malgré toutes les interdictions faites par l'autorité administrative à travers les deux arrêtés susmentionnés, le constat fait sur terrain montre que les enfants sont toujours présents dans plusieurs zones d'exploitation minière artisanale à Kolwezi.

Il convient de préciser que dans les lignes qui suivent sont explicitées quelques concepts afin de dissiper toute équivoque.

1.1.2.1. Quelques concepts mobilisés dans ce travail

L'article 2 de la loi n° 09/001 du 10 janvier 2009 portant protection de l'enfant en RD Congo définit le concept « enfant » comme étant toute personne âgée de moins de 18 ans.

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- Activités Minières : tous services, fournitures ou travaux de l'art des mines directement liés à la prospection, à la recherche, à l'exploitation minières et aux substances minérales, y compris les travaux de développement, de construction et d'infrastructure.

- Exploitation Artisanale : toute activité par laquelle une personne physique de nationalité congolaise se livre, dans une zone d'exploitation artisanale délimitée en surface et en profondeur jusqu'à trente mètres au maximum, à extraire et à concentrer des substances minérales en utilisant des outils, des méthodes et des procédés non industriels.

- Minerai : toute roche contenant un ou plusieurs minéraux possédant un ou plusieurs éléments chimiques ayant une valeur économique.

- Opération Minière : toute activité de recherche et/ou d'exploitation des substances minérales.

- Périmètre : une superficie délimitée en surface et indéfiniment en profondeur sur laquelle porte un droit minier ou un droit de carrière.

- Substance minérale : tout corps naturel inerte ou artificiel contenant un ou plusieurs minéraux sous forme amorphe ou cristalline, solide, liquide ou gazeuse ayant une valeur économique.

- Zone d'Exploitation Artisanale : l'aire géographique, délimitée en surface et en profondeur, par le Ministre, et contenant un ou plusieurs gisements d'Exploitation Artisanale.

- Carrière : tout gisement des substances minérales classées en carrières exploitable à ciel ouvert et/ou toute usine de traitement de produits de cette exploitation se trouvant dans le périmètre de carrière pour réaliser leur transformation en produits marchands, y compris les installations et les matériels mobiliers et immobiliers affectés à l'exploitation.

Par ailleurs, la réalité de terrain montre que l'exploitation minière artisanale ne se fait pas uniquement dans les zones d'exploitation artisanale créées par l'Etat. Les exploitants miniers artisanaux (creuseurs) créent spontanément des sites miniers où ils exploitent les minerais sans l'autorisation préalable de l'autorité compétente, parfois même dans les concessions minières appartenant aux entreprises privées. Plusieurs concessions minières appartenant à ces entreprises sont envahies par les exploitants miniers artisanaux. Cela est le cas des sites où nous avons récolté les données pour cette enquête. Tous ces sites appartiennent à la Gécamines.

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Quivy et Campenhoudt trouvent que la meilleure manière d'entamer un travail de recherche en sciences sociales consiste à s'efforcer d'énoncer le projet sous la forme d'une question de départ. Par cette question, le chercheur tente d'exprimer le plus exactement possible ce qu'il cherche à savoir, à élucider, à mieux comprendre. La question de départ servira de premier fil conducteur à la recherche (2006, 35). Lupitshi poursuit : une fois l'objet d'étude défini et le champ d'étude circonscrit, il importe qu'un questionnement de recherche pertinemment élaboré cimente la base de l'étude menée (2013, 87). Il est donc important pour nous de formuler une question claire et précise qui oriente notre recherche : Comment expliquer la présence des enfants dans des sites miniers artisanaux à Kolwezi ?

Une question de départ est tel que les montrent Beaud, S. et Weber, F. (2008, 34) : basée sur un thème qui vous parle, à propos duquel vous avez envie d'en savoir plus, de découvrir des choses, et plus tard de les faire savoir.

La présente recherche est qualitative et s'inscrit dans une démarche inductive. Delauriers et Kérisit, repris par Lupitshi (2013, 62) font remarquer que dans la recherche qualitative l'objet de recherche se construit progressivement, en lieu avec le terrain, à partir de l'interaction des données recueillies et de l'analyse qui en est tirée. Lupitshi poursuit que pour ces deux auteurs, il faut lire ce que les autres chercheurs ont écrit avant nous, il faut en quelques sorte monter sur leurs épaules de façon à voir plus loin, et ceci, pensons-nous, quel que soit le tracé de recherche suivi (inductif ou hypothético-déductif) (2013, 62). Ceci dit, il importe de passer à l'étape de l'état de la question.

1.1.3. Etat de la question

Lire les travaux déjà effectués sur l'objet de recherche que l'on veut traiter, cela permet au chercheur de se fixer sur ce qui a déjà été dit sur l'objet en question, s'y inspirer et faire une démarcation. Selon Paillé et Mucchielli (2005, 38) l'homme ne naît pas seul et ne connait pas seul. Il lui est impossible de faire l'expérience de quoi que ce soit en l'absence d'un univers de référence, lequel forme le creuset de son expérience. Dans ce même cadre d'idées, Lupitshi (2013, 23) poursuit que l'état de la question ou du problème traité permet de se rendre compte des pistes précédemment exploitées, des aspects déjà abordés et, de relever leurs mérites, leurs manques et éventuellement leurs limites, ce qui aide à préciser comment les nouvelles recherche se démarquent des précédentes dans la définition et la construction de

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leurs objets. Il poursuit que dans le chef des chercheurs, deux logiques justifient donc le sens de l'état de la question : pour certains, il faut connaître pour modifier tandis que pour d'autres, il faut connaître pour mieux connaître. Deux types de publications sur la problématique «enfant» sont facilement observables dans l'environnement de notre école de criminologie. La première catégorie est constituée des publications qui traitent « du travail des enfants dans des sites miniers artisanaux ». Enfin, la deuxième catégorie concerne les publications qui parlent des enfants dits : « enfants de la rue », « enfants dans la rue », soit « enfants en situation de la rue », ou encore « les jeunes en situation de la rue ».

1.1.3.1. Publications portant sur le travail des enfants dans les sites miniers

Artisanaux

Parmi ces travaux, nous relevons à titre prioritaire :

- Le rapport du Groupe One (2007) sur la problématique du travail des enfants dans les mines et carrières au Katanga. Ce rapport fait état du travail des enfants dans les mines et carrière du Katanga et démontre que les conditions de travail et d'emploi sont mauvaises et souvent très dangereuses. Certains enfants travaillent avec leurs parents avec lesquels ils constituent une unité de production. Ainsi, plusieurs travaux sont exécutés par les enfants. Il s'agit : le creusage, le ramassage, le tamisage, le lavage le triage, le transport. Ce rapport conclu que l'exécution de tel ou tel autre travail est fonction des tranches d'âges.

- le rapport de l'Observatoire du Changement Urbain (2008)1 sur le travail des enfants dans les mines et carrières du Katanga, cas du bassin minier de Kipushi, Likasi et Kambove ». Il est clairement démontré que les enfants exécutent des travaux dans les sites miniers pour leur survie. La proximité géographique joue un rôle important dans l'attrait des enfants dans les carrières et les mines, poussant ainsi les enfants à abandonner les études. L'appartenance à une famille pauvre et aussi le fait d'avoir les proches (les amis et membres de la famille) travaillant dans les mines et carrières attirent les enfants à se rendre dans les carrières. Une typologie de travaux qu'exécutent les enfants est présentée, ainsi que leurs revenus.

1 Rapport financé par l'ONG Groupe One (Groupe de recherche et d'action sur le développement durable et le développement économique local).

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- Le rapport BIT (2009) sur les questions de genre, le travail des enfants et les pires formes du travail des enfants dans les mines et carrières : le cas du Burkina-Faso, fait remarquer que le travail des enfants est un fléau mondial. Il établit une typologie entre le genre et le travail des enfants. Il poursuit que le genre joue un rôle déterminant dans l'exécution des travaux. Ainsi, les garçons ont un type de travaux, et les filles en ont également. Ce rapport conclu que les enfants sont souvent très mal payés voire pas du tout rémunérés. Les plus souvent leurs conditions de travail dépendent entièrement de l'employeur, au mépris de leurs droits. Ils sont privés d'écoles, des jeux, et d'activités sociales, ainsi que du soutien psychologique de leurs familles. Ils sont régulièrement confrontés à la violence physique et aux abus sexuels.

- Seydou Keïta (2001), Etude sur les mines artisanales et les exploitations minières à petite échelle au Mali. Il affirme que même si on ne connaît pas leurs nombres, des enfants (garçons et filles) travaillent dans de nombreux sites au Mali. Les risques et les conditions de travail sont évidemment différents, selon que ces activités sont exercées en galerie, à ciel ouvert ou dans le lit des rivières. Il établit une typologie de travaux selon les garçons et les filles : Le travail souterrain est réservé aux hommes. Les instructions de la police minière traditionnelle interdisent le travail des filles et des garçons dans les mines souterraines. Par contre, certains travaux sur les sites sont exclusivement réservés aux jeunes garçons et aux petites filles. Il s'agit essentiellement du transport et du traitement du minerai, les corvées d'eau et la surveillance des bébés sur le site. Le minerai, une fois remonté du fond des puits est transporté par les enfants sur la tête ou sur le dos, rarement dans des brouettes ou des poussepousses. Il poursuit que parmi les autres activités exercées par les enfants sur les sites miniers, on peut citer :

- La préparation et la vente de repas et de nourritures ;

- La vente ambulante ou à poste fixe de boisson, de cigarettes, de beignets ;

- Les opérations de concassage, broyage, pilage et le tamisage du minerai.

Il termine en disant que la précarité de la situation alimentaire des enfants constitue un autre facteur de risque sur les sites miniers. En effet, dans de nombreux cas, les mineurs ne mangent qu'un léger petit déjeuner le matin avant de partir sur les sites. Le repas de midi en général insuffisant et de qualité très médiocre ne suffit pas pour compenser les besoins énergétiques de la journée.

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- Mutombo Mwasa (2011), Enjeux de l'application des mesures interdisant la présence des enfants dans l'exploitation minière artisanale à Kolwezi. L'auteur étudie l'efficacité et/ ou l'inefficacité de deux arrêtés urbains pris par le Maire de la ville de Kolwezi, portant respectivement interdiction de la présence des mineurs et des femmes porteuses des enfants de bas âges dans les carrières sur toute l'étendue de la ville de Kolwezi. Il remarque que malgré toutes les mesures prises par l'autorité locale, les enfants sont toujours présents dans les sites miniers en train de travailler. L'étude démontre qu'il y a des enjeux qui font que les enfants sont toujours bien présents dans des sites miniers quand bien même que les mesures « draconiennes » ont été prises pour les empêcher d'y accéder. Pour ce fait, l'auteur estime même qu'une des démarches acceptables, serait d'abord la reconnaissance du travail des enfants par le pouvoir public, l'organisation des enfants en association pour la défense de leurs droits, l'identification des personnes morales ou physiques qui profitent du travail des enfants pour une contribution conséquente aux efforts de réinsertion socioéconomique des enfants investissant les sites miniers.

- Olivier Kahola (2008), Minings artisanaux : Quel avenir pour les enfants mineurs à Kolwezi ? L'auteur affirme que les enfants sont exploités dans les carrières. Leur présence dans ces sites est une preuve éloquente que les familles n'ont plus la capacité de contenance. L'auteur déclare : Il y a des enfants qui ne s'intéressent plus à l'école. Cette dernière est perçue comme un passetemps, étant donné qu'elle ne donne aucune garantie financière pour une personne qui s'y investit. Ainsi, ils préfèrent se lancer dans une activité génératrice des revenus. Les carrières offrent plus de chance aux enfants d'abandonner l'école que de continuer. Toutes les conditions sont réunies pour que l'emprise des carrières attire plus les enfants. Il conclut que les carrières les plus visitées par les enfants sont celles qui sont à proximité de leurs habitations. Ils parcourent moins de 5 Km pour atteindre leur lieu de travail.

Toutes ces publications que nous venons de passer en revue, traitent principalement du travail des enfants dans des sites miniers artisanaux. Or, il n'y a pas que ça qui explique la présence des enfants dans des sites miniers artisanaux. Ces derniers s'adonnent également à d'autres activités sur les sites miniers. C'est ce que ce travail tentera d'élucider.

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1.1.3.2. Publications portant sur les enfants dits : « enfants de la rue », « enfants dans la rue », « enfants en situation de la rue », ou encore « les jeunes en situation

de la rue »

Dans cette catégorie de publications, nous citons :

- Lupitshi (2013), Sortir de la rue : les trajectoires des jeunes de Lubumbashi en RD Congo. L'auteur conclut, nous citons : « Derrière les trajectoires de rue et de sortie de la rue décrites se lit en filigrane la réalité sociale congolaise. Les expériences vécues par les jeunes en familles, dans la rue et dans les structures d'encadrement montrent que le système social congolais en général accuse de nombreuses faiblesses organisationnelles et fonctionnelles (...) ». Il poursuit que « la sortie de la rue des jeunes de Lubumbashi, est un phénomène processuel, fluide, multiforme et multifactoriel. Il y a des variables qui entrent en compte, telles que : l'origine du jeune, la raison d'éjection dans la rue, le genre ou le sexe du jeune, la forme d'utilisation et d'appartenance au monde de la rue, les ressources développées par le jeune et la voie de sortie empruntée. Leur avenir n'est pas voué à la fatalité. Des possibilités de sortie de jeunes de la rue sont observables ». Etant jeunes et ambitieux, leur parcourt de vie bougent toujours.

- Malemba (2003), Enfant dans la rue, le sans et hors famille. L'auteur déclare que le phénomène des enfants dans la rue constitue un drame que subit sans le vouloir la population à l'heure actuelle. Il affirme qu'il y a beaucoup d'enfants qui travaillent mais qui ne sont pas tous visibles à cause de la présence d'une zone d'ombre. Le phénomène « enfant dans la rue » constitue un drame social qui interpelle l'Etat, les parents ainsi que toute la communauté congolaise. Il émet le souhait de pouvoir créer au Congo un environnement social pour insérer toutes les filles et garçons qui vivent encore dans la rue. Il suggère à l'Etat congolais de pouvoir appliquer une politique sociale susceptible de rendre les familles capables d'encadrer leurs enfants.

Après le passage en revue sélectif de quelques littératures locales traitant de la question des « enfants », il nous est nécessaire de présenter la problématique

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1.1.4. La problématique de la recherche

Lupitshi (2013, 94) montre qu'il y a deux courants de pensée dans la conceptualisation de la problématique. Le premier voit dans la problématique l'ensemble de questions que soulève un sujet de recherche ou plutôt un ensemble de questions justifiant la raison d'être de la recherche menée. Les tenants de cette approche considèrent qu'il y a justement un problème qui justifie que l'on se penche sur tel sujet pour en faire un objet de recherche (...). Une autre posture conçoit la problématique comme l'angle théorique adoptée pour approcher un objet d'étude. Quoi qu'il en soit, Quivy et Campenhoudt (2006, 75) explique que la problématique est l'approche ou la perspective théorique qu'on décide d'adopter pour traiter le problème posé par la question de départ. Elle est l'angle sous lequel les phénomènes vont être étudiés, la manière dont on va les interroger. Nous souscrivons à cette deuxième conceptualisation.

La présente recherche est qualitative et s'inscrit dans une démarche inductive, avec une visée compréhensive, comme le soutient Ngoie (2008, 66) pour qui « l'émergence ou la réémergence de nouveaux problèmes sociaux nécessite une démarche compréhensive pour les configurer à travers leurs diverses manifestations ou leurs faces cachées ou invisibles ». La démarche qualitative génère une connaissance fondée sur le vécu des acteurs de terrain ou « l'étude du quotidien et de l'ordinaire » (Deslauriers et Kérisit : 1997, 88). Les données recueillies par l'approche qualitative viennent d'un contexte social dans lequel se sont « réellement » déroulés les faits étudiés (Mason : 1996, 4). Le but de ces enquêtes, comme le formulent Deslauriers et Kérisit (1997, 88), est « de rendre compte des préoccupations des acteurs sociaux, telles qu'elles sont vécues dans le quotidien ».

Nous cherchons à comprendre toute la situation relative à la présence des enfants dans les sites miniers artisanaux susmentionnés. Cette étude remet en cause différentes études qui réduisent la présence des enfants dans des sites miniers à la seule exploitation minière artisanale. Nos observations du terrain, montrent que tout en étant dans des sites miniers artisanaux, les enfants vaquent à plusieurs occupations et non pas seulement à l'exploitation minière. Ainsi dit, la partie suivante est consacrée à l'intérêt porté sur l'objet et aux grilles de lecture des faits.

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1.1.4.1. L'intérêt de l'objet à l'étude

Pour nous, l'intérêt de cette étude réside premièrement dans le fait qu'à Kolwezi, les sites miniers artisanaux sont des endroits interdits aux enfants sur décisions de deux arrêtés urbains susdits du Maire de la ville. Il s'agit des arrêtés urbains n°2006/04/VK/B/M du 20 avril 2006 portant interdiction de la présence des enfants mineurs et des femmes porteuses des enfants de bas âges dans les carrières sur toute l'étendue de la ville de Kolwezi. Le deuxième arrêté urbain est celui n°2007/22/VK/B/M du 15 novembre 2007 portant renforcement des mesures relatives à l'interdiction de la présence des enfants mineurs et des femmes dans les carrières sur toute l'étendue de la ville de Kolwezi. Les articles 1ère et 2ème du premier arrêté énoncent :

· Article 1 : Les travaux d'enfants mineurs et de femmes porteuses des enfants à bas âges sont interdits dans tous les sites et carrières d'exploitation artisanale des substances minérales.

· Article 2 : Les opérateurs miniers qui utiliseront cette catégorie de personnes seront passibles de peines prévues par la loi en cette matière.

Tandis que l'article 1ère de l'arrêté urbain n°2007/22/VK/B/M du 15 novembre 2007, interdit les travaux des enfants et des femmes dans les sites miniers, en ces termes : les travaux d'enfants mineurs et des femmes sont interdits dans tous les sites et carrières d'exploitation artisanale des substances minérales.

Le code minier congolais de 2002, conditionne l'octroi de la carte d'exploitation artisanale à la majorité. C'est-à-dire, pour avoir la carte d'exploitation artisanale, il faut être majeur. Ces dispositions sont clairement définies dans l'article 26 qui énonce : Seules les personnes physiques majeures de nationalité congolaise peuvent acquérir et détenir les cartes d'exploitant artisanal et les cartes de négociant. L'article 27 énumère les personnes qui ne sont pas éligibles dans l'exploitation minière artisanale. Il s'agit de toute personne frappée d'incapacité juridique prévue à l'article 215 de la loi n°87-010 du 01 août 1987 portant Code de la famille. L'article 215 du code de la famille énumère en ces termes les incapables : les mineurs, les majeurs aliénés interdits, les majeurs faibles d'esprit, prodigues, affaiblis par l'âge ou infirmes placés sous curatelle, etc.

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Deuxièmement, l'intérêt de cette étude réside dans la mesure où elle s'intéresse aux êtres protégés par toutes les communautés humaines, que sont les enfants. C'est comme le témoigne Malemba (2003, 9 et 50) que chaque société humaine considère l'enfant comme espoir de son avenir et de son devenir. L'enfant l'est grâce qu'il permet à sa société de se régénérer et de se maintenir en nombre d'une part, et d'autre part de trouver un agent devant assurer la transmission de ses valeurs propres, celles qui fondent son identité culturelle. Il poursuit qu'auprès des populations congolaises, l'enfant représente un investissement humain qui garantit la postérité des ancêtres. Il est également un investissement qui potentialise le groupe social, autant qu'il représente le goulot par lequel passent inévitablement la prospérité économique, la stabilité morale et l'harmonie sociale. Ces phrases montrent clairement que l'enfant a une place de choix dans la communauté congolaise.

Troisièmement, en tant que criminologue, les enfants qui sont dans les sites miniers artisanaux sont des acteurs appart entier. Ils remplissent divers rôles dans les sites au même titre que les adultes. Mutombo (2011, 88-102) définit le rôle comme étant un comportement individuel attendu de quelqu'un par un groupe dans une situation sociale donnée et définie par les normes sociales. Il représente une conduite explicite et peut être considéré comme une mise en actes du statut. Ainsi, il présente différents rôles que remplissent les enfants dans les sites miniers artisanaux : le rôle de sécurité, le rôle de courroie de transmission, (enfant comme messager, enfant comme informateur), le rôle de producteur et enfin le rôle de sauvegarde. Les uns s'adonnent aux activités rémunératrices, constituant ainsi une main d'oeuvre non négligeable. Les autres par contre s'adonnent aux activités non rémunératrices dans lesquelles ils trouvent du plaisir.

Etant vulnérables, l'environnement minier artisanal tel qu'il se présente, n'est pas propice pour leur bonne croissance. De ce fait, cela les met en situation dite « enfants en danger ». Jean Audet et Jean-François Katz (2006, 111-116), expliquent que les « enfants en dangers» sont les enfants maltraités et les enfants en risque. Les enfants maltraités sont ceux qui sont victimes de violences physiques, cruauté mentale, abus sexuels, négligences lourdes ayant des conséquences graves sur leur développement physique et psychologique. Les enfants en risque sont ceux qui connaissent des conditions d'existence menaçant leur santé, leur sécurité, leur moralité, leur éducation ou sans entretien mais sans qu'ils soient maltraités. Ces deux notions sont évoquées par rapport à certaines situations de risque qu'ils traversent et

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certains comportements de maltraitance qu'ils subissent dans les sites miniers artisanaux de la part des creuseurs adultes. Ils sont exposés à plusieurs risques de par leur présence dans les sites miniers. Certaines situations telles qu'elles se passent dans ces sites, ne contribuent pas à la bonne éducation des enfants, par contre, elles les exposent à l'immoralité. Ainsi, face à toutes ces situations détaillées ci-haut, nous constatons que l'intérêt visé par les décideurs politiques d'interdire la présence des enfants dans les sites miniers artisanaux afin de les protéger contre tous ces risques, ne marche pas de pair avec l'intérêt des acteurs en question. Ils montent des stratégies pour échapper au contrôle social et accèdent aux sites miniers. Face à cette situation, l'idée nous est arrivée d'en faire une étude criminologique parce que nous constatons un écart entre les prescrits de la loi et la réalité sociale. Notre grand souci est de comprendre, de dégager et d'expliquer les complexités et les différentes facettes de cette situation.

1.1.4.2. Les grilles de lecture des faits

Quivy et Campenhoudt (2006, 85), soulignent qu'opter pour une théorie revient donc à dire par quoi l'objet va être expliqué, c'est-à-dire à déterminer à quoi, à quel type d'élément, le phénomène étudié va être relié pour le rendre intelligible. Dans le même angle d'idée, Lupitshi (2013, 95-96) renchérit qu'un même objet d'étude peut susciter plusieurs appréhensions théoriques. C'est au chercheur qu'incombe l'impérieuse charge de préciser, de justifier le présupposé théorique qu'il entend privilégier dans l'abord et la lecture des faits.

Pour mieux saisir le phénomène sous étude afin de mieux le comprendre, les observations faites du terrain par rapport à la question de recherche nous orientent à opter deux grilles de lecture suivantes : la théorie d'acteur social et celle d'interactionnisme symbolique.

1.1.4.2.1. La grille de lecture d'acteur social

Debuyst (1990, 25-26) explique que l'acteur social est un sujet non passif et non déterminé, un sujet qui n'est pas non plus une abstraction mais porteur d'un point de vue qu'il revendique. Landreville et les autres repris par Ngoie (2009, 73) explique que dans le déroulement scénique, l'acteur social est un stratège, doté d'un point de vue ou des

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rationalités multiples qui justifient ses actions, le choix des moyens pour atteindre ses objectifs, la défense de ses intérêts et de ses valeurs.

Digneffe (1990, 360) résume en ce terme le comportement de l'acteur social : « L'acteur poursuit la plupart du temps des objectifs peu clairs, ambigus, voire contradictoires (...). Son comportement est cependant actif ; même la passivité est d'une certaine manière un choix. Le comportement de l'acteur a toujours un sens à découvrir. Il est rationnel par rapport à des opportunités et par rapport au comportement des acteurs. C'est un comportement qui a toujours deux aspects. Un aspect offensif dans la saisie d'opportunités en vue d'améliorer sa situation et un aspect défensif qui vise au maintien et à l'élargissement de sa capacité d'action. L'individu a les possibilités de choix, entre plusieurs comportements, conduites ou stratégies. L'individu devient acteur social quand il peut utiliser ses possibilités dans ses relations avec d'autres acteurs ».

Ngoie (2009, 50) renchérit que « l'acteur social s'engage dans une interaction avec des objectifs déclarés ou implicites. Il est animé par certains mobiles, avoués ou non, par des intérêts particuliers ou un désir de tirer un petit plus des interactions (...). Il s'introduit dans un arsenal de relations dans lesquelles il vise relativement un quelconque intérêt.

Les entretiens recueillis ainsi que les observations faites dans le cadre de cette étude, traduisent l'importance d'usage de cette grille de lecture, par le fait que les enfants sont évidemment des acteurs à part entiers. Ils montent des projets, arrêtent des stratégies visant à contourner les obstacles auxquels ils sont confrontés. Ils jouent des rôles divers et importants dans les sites miniers artisanaux. Ils ont leur manière de se représenter les sites miniers artisanaux, et leur manière de vivre ces sites.

La deuxième grille de lecture d'interprétations des faits que nous mobilisons dans cette étude, c'est la grille de lecture d'interactionnisme symbolique, que nous présentons dans la partie suivante.

1.1.4.2.2. La grille de lecture d'interactionnisme symbolique

Pour Le Breton (2004, 45-56) l'individu est un acteur interagissant avec les éléments sociaux et non un agent passif subissant de plein fouet les structures sociales à cause de son habitus ou de la « force » du système ou de sa culture d'appartenance. L'individu a des

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raisons d'agir et c'est cela que l'interactionnisme prend en considération, tant au niveau du sujet lui-même que des logiques sociales où il est immergé. L'interactionnisme ne prend pas l'individu comme principe d'analyse, mais raisonne en termes d'actions réciproques, c'est-à-dire d'actions qui se déterminent les unes les autres. L'individu attribue du sens à ses actions, à leurs retentissements, il interprète aussi celle des autres et il agit en conséquence. L'interaction n'englobe pas seulement les acteurs en coprésence, mais une multitude d'autres, invisibles, qui imprègnent leur rapport au monde.

Miles et Huberman (1992, 22) poursuivent que l'interprétation vient à travers la compréhension d'actions de groupes et d'interactions. Dans les deux cas, il y a « interprétation » inévitable des significations réalisée tant par les acteurs sociaux que par le chercheur. Cette approche ne conduit pas à des lois universelles mais plutôt à une « compréhension pratique » des significations et des actions. On tient compte du sens que les individus donnent à leurs agissements, du fait des interactions qui naissent dans le contact entre enfants eux même et aussi entre les enfants et les autres acteurs évoluant dans le secteur d'exploitation minière artisanale. Il est démontré que les sites miniers artisanaux sont des milieux d'influences manifestes et latentes. Les individus interprètent les réactions d'autrui pour s'y ajuster.

Pour Padioleau et Strauss cité par Ngoie (2009, 50), « l'interaction est une situation de face à face qui met en relation (réversible et simultanée) deux sujets qui jouent inversement le rôle d'émetteur et celui de récepteur et qui s'influencent directement. La succession de réactions réciproques fait que l'interaction est toujours traversée par des flux, des vagues et des tempêtes, des moments de convergence et des temps de divergence entre les acteurs ».

Les interactions sont des lieux favorables d'affrontements voire de confrontations des actions et réactions soutenues par des logiques différentes (Ngoie : 2009, 50). Les interactions entre les enfants et les autres acteurs dans des sites miniers artisanaux ont une grande importance et justifient également la mobilisation de cette grille de lecture. Ce travail s'intéresse également aux interactions entre les enfants et les autres acteurs présents dans les sites miniers artisanaux (parents, amis, connaissances, creuseurs, négociants, etc.) qui sont des acteurs au processus interactif dans le secteur minier artisanaux. Les enfants, sur les sites

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miniers, ne sont donc pas des sujets isolés, ils évoluent dans un faisceau des relations complexes justifiant leur présence.

Après cette partie consacrée aux grilles de lecture, nous entamons la partie méthodologique qui nous éclaire sur la démarche méthodologique utilisée, les techniques ayant servi à la récolte des données, à l'échantillonnage et enfin au terrain ayant servi à la récolte même des données.

1.2. Dispositif méthodologique

1.2.1. Introduction

La recherche scientifique est une praxis de bricolage utilisant des pièces éparses, des puzzles pour construire-déconstruire un fait étudié, décrire et/ou expliquer un phénomène objectivable, rendre compte de la « manière de faire » ou des résultats. Les impasses ainsi que les aléas sont ses lots quotidiens dans une pratique d'aller-retour théorique, épistémologique et empirique. Généralement, elle mobilise trois moments essentiels : une démarche exploratoire, une empirie et une analyse de données (Ngoie : 2009, 65).

Cette partie circonscrit les outils méthodologiques utilisés dans la recherche tant pour la collecte des données empiriques que pour leur analyse. Comme le soulignent Miles et Huberman (1992, 49) : les questions de recherche nous disent ce que nous voulons savoir le plus ou en priorité. Nous allons d'abord canaliser nos énergies dans cette direction plutôt que dans la direction d'autres variables et relations. Nous prendrons également des décisions d'échantillonnage : nous nous intéresserons seulement à certains acteurs, confrontés à certains problèmes, dans certains contextes. Les questions nous disent aussi que nous allons avoir besoins d'outils de recueil de données qui pourraient inclure des modes spécifiques d'observation, d'entretiens, de recueil de documents, ou de questionnaires.

Ainsi, cette partie comprend les points suivants : la démarche méthodologique utilisée, le terrain ayant servi d'observation, les techniques utilisées pour la collecte des données, enfin le modèle d'analyse (d'interprétation) des données en vue d'organiser le savoir qui émerge du terrain. Nous rappelons de nouveau que cette étude s'inscrit dans la perspective de l'approche qualitative, définie comme étant « un type de recherche qui privilégie des données non numériques recueillies dans le milieu naturel des personnes. Le chercheur tente d'établir une

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interaction avec les participants à l'étude afin de dégager une compréhension riche et crédible du sens que les participants donnent au phénomène à l'étude » (Muchielli, 2004 ,183).

Alani et al, cités par Ngoie (2009, 67) explique que l'approche qualitative s'inscrit dans une démarche inductive, « c'est-à-dire qu'elle cherche à explorer le réel, sans hypothèses de départ fortes, avec seulement un thème d'enquête, mais sans présupposés sur les résultats ». Sous cet angle, le « réel est considéré comme opaque, les faits ne parlent pas d'eux-mêmes a priori. Il va falloir les explorer, les analyser, s'imprégner d'eux, puis prendre de la distance, pour `voir' quelque chose ». Ainsi dit, passons à l'étape méthodologique.

1.2.2. Choix méthodologique

Il est question ici de présenter l'approche méthodologique utilisée dans cette étude. D'abord par méthode, on entend une technique portant non seulement sur le recueil mais également sur l'analyse de données (Duchesne et Haegel : 2009, 5). Ainsi, comme chemin emprunté pour réaliser cette étude, nous nous sommes servi de l'approche ethnographique. Nous n'avons pas utilisé cette approche comme le font les anthropologues dans le but de décrire les coutumes et les traditions d'un groupe humain, connaitre l'identité d'une communauté humaine, dans laquelle l'ethnographie implique l'observation participante du chercheur pendant une longue période voire même plusieurs années, il se trouve en contact direct avec le groupe à étudier. Nous nous inspirons de ce que dit Jamoulle (2002, 24) que réaliser une enquête ethnographique, c'est localiser une problématique dans un lieu clé, pour en dégager peu à peu la complexité et les différentes facettes. Aussi, Miles et Huberman (1992, 23) poursuivent que l'ethnographie reste proche du profil naturaliste. Permet un contact approfondi avec une communauté donnée, attention portée à des événements mondains et de la vie quotidienne et pour les événements plus rares, participation directe ou indirecte aux activités locales, avec un soin particulier apporté à la description des particularités locales ; accent mis sur les perspectives des individus et leur perception et interprétation de leur environnent (...). Les méthodes ethnographiques tendent vers le descriptif. La tâche de l'analyse est de colliger de multiples sources de données (enregistrements, artefacts, journaux de bord) puis de les condenser avec une préoccupation légèrement moindre pour la signification théorique ou conceptuelle de ces observations.

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Mucchielli (2004, 213), explicite que la méthode ethnographique est une enquête sur terrain pour l'établissement des monographies. Staphane Beaud (1996, 230), poursuit que dans la méthode ethnographique, la technique la plus utilisée est l'observation participante, l'observation directe et l'entretien (être avec - faire avec - être immergé dans le milieu enquêté). Lévi-Strauss repris par Tshinyama (2009, 53) explique que la démarche ou description ethnographique suppose un travail de collecte des données, qui exige généralement une enquête sur le terrain avec observation directe, ce que les Anglons-Saxons appellent `field work'. Une étude dans un milieu « naturel », aller `voir sur place', être physiquement présent dans la situation, la regarder se dérouler en temps réel pour en rendre compte, voilà le privilège du sociologue par rapport à l'historien dans l'observation des pratiques (Arborio et Fournier repris par Tshinyama : 2009, 53). La démarche ethnographique oblige une descente sur terrain pour la récolte des données, tout en y restant le plus longtemps possible pour faire parler les acteurs concernés.

1.2.3. Délimitation du terrain et échantillonnage

Cette partie est consacrée aux points ci-après : les formalités administratives, la présentation des sites de recherche, et l'échantillonnage.

1.2.3.1. Les formalités administratives

Avant de pouvoir descendre sur terrain, une procédure administrative était obligatoire, afin d'avoir l'autorisation d'accéder aux sites de recherche. Les sites que nous avons retenus pour la collecte des données sont situés à Kolwezi, une ville qui se trouve à 320 Km de Lubumbashi. La période de collecte des données avait coïncidé avec celle du stage de recherche que l'école de Criminologie octroi aux étudiants. Pour nous, le lieu choisit pour y passer le stage de recherche était le SAESSCAM/Kolwezi (Service d'assistance et d'encadrement du small scale mining). Pour s'y rendre, nous avons utilisé notre propre moto de marque « Yamaha 175 ». La période de recherche était d'un mois, allant du 3 septembre au 3 octobre 2012. La recommandation de stage de l'école de Criminologie était adressée au chef de bureau SAESSCAM district de Kolwezi. Pourquoi avoir choisi le SAESSCAM ? Parce que c'est le service étatique qui gère les sites miniers artisanaux, en assistant et encadrant techniquement les artisanaux. Comme les acteurs concernés par cette étude sont les enfants que l'on retrouve dans des sites miniers artisanaux à Kolwezi, il fallait

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nécessairement passer le stage de recherche à ce service. Le bureau du SAESSCAM à Kolwezi est situé sur l'avenue « msiri » au numéro 293, quartier « biashara » dans la commune de Dilala.

Le 2 septembre 2012, nous avons présenté la recommandation au chef de bureau SAESSCAM, et le 3 septembre 2012 tel que prévu, nous avons commencé le stage. Sur place, nous avons été affecté au bureau chargé des techniques et opérations, sous l'encadrement de monsieur Jean-Paul Kayeye, chef de service chargé des techniques et opérations. Une semaine après soit le 10 septembre 2012, nous avons amorcé les décentes sur terrain pour la collecte des données. Les sites dans lesquels nous avons récolté les données sont au nombre de quatre et sont largement présentés dans les paragraphes qui suivent. Le déplacement entre les sites a été facile, parce que nous utilisions notre propre moto qui nous a même servi comme moyen de transport de Lubumbashi jusqu'à Kolwezi.

A chaque fois, que nous voulions descendre sur terrain, le chef de service SAESSCAM chargé des techniques et opérations, nous mettait en contact téléphonique avec leurs agents commis dans les sites. Une fois sur terrain, ce sont ces derniers qui nous facilitent les contacts avec les acteurs concernés. Cette procédure a été d'application uniquement dans les deux sites où il y a présence du SAESSCAM. Il s'agit des sites qui sont à « Mutoshi » et à « Kapata ». Les deux autres sites restant, ne sont pas gérés par le SAESSCAM. Il s'agit des carrières « 5 ans » et « GH ». Dans ces deux carrières, il n'y a aucune réglementation. Chacun y entre et y sort comme et quand il veut. Nous y sommes rendu sans aucune formalité ni contact.

1.2.3.2. La présentation des sites de recherche

Avant de pouvoir présenter ce qui a été pour nous le terrain de recherche, il sied de donner la définition du mot « terrain de recherche ». Volvey repris par Lavie (2006, 53) définit le terrain comme étant une entité spatio-temporelle et une instance épistémique où se manifeste l'attitude empirique d'un chercheur dans sa tentative d'établissement de faits scientifiques. Le terrain de recherche exige au chercheur une entrée et une sortie comme le souligne Cefaï (2006 :34) en ce terme: « l'un des principaux problèmes du terrain est de l'accès au terrain, puis de l'installation durable dans le terrain, enfin du retrait du terrain ».

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Entrer sur le terrain suppose la définition de son statut, la destinée des informations et parfois le cadrage de sa recherche auprès des enquêtés.

La ville de Kolwezi a été pour nous le terrain de recherche. Le choix de cette ville a été motivé premièrement par le fait que la grande concentration d'entreprises minières industrielles ainsi que les sites d'exploitation minière artisanale se trouvent dans le district de Kolwezi. Deuxièmement, par le fait que plusieurs rapports des Organisations non gouvernementales font mention de la présence des plusieurs enfants dans des sites miniers artisanaux à Kolwezi. Ainsi, le paragraphe qui suit décrit brièvement la ville de Kolwezi, avant de présenter les sites ayant servi à la récolte des données.

1.2.3.2.1. Brève description de la ville de Kolwezi

D'après le rapport administratif de la mairie de Kolwezi exercice 2008, le district de Kolwezi se présente comme suit : La ville de Kolwezi est chef-lieu du district répondant par le même nom. Ce district est souvent dénommé, district urbano-rural, parce qu'il est composé de deux communes et de deux territoires à savoir : les communes de « Manika » et de « Dilala » ; Puis les territoires de « Mutshatsha » et de « Lubudi ». La ville de Kolwezi est située à 320 Km de la ville de Lubumbashi, capitale provinciale de la province du Katanga. Dans son ensemble, le district de Kolwezi est limité : au Nord par le district du Haut-Lomami, au Sud-est par la République de la Zambie et le district du Haut-Katanga, à l'Est par le district du Haut Katanga et à l'Ouest par le district du Lualaba.

Le district de Kolwezi est composé de 36.933 Km2 répartie comme suit : Commune de Dilala : 154 Km2, Commune de Manika : 59 Km2, Territoire de Lubudi : 17.861 Km2 et Territoire de Mutshatsha : 18.859 Km2. Le sol est argilo-sablonneux et le sous-sol est riche en gisements miniers du cuivre, du cobalt, de l'or, du zinc, de l'uranium et du radium. C'est en 1971 que la ville de Kolwezi avait obtenu son statut de ville, le 23 juillet 1971 par ordonnance n°71-177 (rapport mairie de Kolwezi : 2008, 12). Et en 1976 par ordonnance n°76-299 du 6 octobre 1976, les deux territoires de Lubudi et de Mutshatsha, qui jadis appartenaient au district de Lualaba, ont été rattachés à cette ville. Au départ, la ville de Kolwezi était composée uniquement de deux communes précitées. Le nom de Kolwezi vient du nom d'une rivière qui tire sa source au niveau de l'actuel aéroport de Kolwezi. Les activités économiques importantes restent l'exploitation minière industrielle, à petite échelle et artisanale. En

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seconde position, viennent le commerce et l'agriculture. C'est dans le district de Kolwezi où il y'a implantation de plusieurs grandes entreprises minières telles que : Tenke Fungurume Mining (TFM), Katanga Copper Company (KCC), Mutanda Mining (MUMI), Africa Mineral Barbados (AMB), Boss Mining (BM), etc. Aussi, c'est dans ce district où il y'a un grand nombre d'exploitants miniers artisanaux, communément appelés « creuseurs ». A la tête de la ville, il y a un maire de la ville, qui est l'autorité administrative. Après cette brève présentation de la ville de Kolwezi, nous passons à la présentation des sites ayant servi à la collète des données.

1.2.3.2.2. Présentation des sites de récolte des données

Quatre carrières ont servi comme sites de collecte des données. Il s'agit des carrières ci-après :

· La carrière de Mutoshi ;

· La carrière 5 ans ;

· Les carrières Kamilombe ;

· La carrière GH du camp Gécamines Kolwezi.

Pour faciliter la prise des coordonnées géographiques de tous ces sites qui font l'objet de la récolte des données, nous étions muni d'un appareil GPS de marque « Garmin GPS 60 ». GPS veut dire «Global Positioning System », que l'on traduit en français par « système de géolocalisation par satellite ». Le premier site par où nous avons commencé à récolter les données, c'est la carrière Mutoshi.

A. La carrière de Mutoshi

Cette carrière se situe au nord de la ville de Kolwezi, à plus ou moins 2 Km du camp Gécamines « Mutoshi ». Elle appartient à la société minière Mining Général and Metal (MMG). Avant, cette carrière appartenait à la Gécamines. C'est après la conclusion du contrat de partenariat entre la Gécamines et la société minière Anvil Mining que la Gécamines a cédé la gestion de cette carrière à Anvil Mining. Cette dernière a vendu ses actions à MMG. La carrière de Mutoshi fut une mine à ciel ouvert et s'appelait « mine de Ruwe ». Actuellement, cette carrière est envahie par les creuseurs qui y exploitent les minerais du cuivre sous encadrement du SAESSCAM.

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Les minerais extraits dans cette carrière sont vendus dans différents comptoirs d'achat des produits miniers qu'on trouve dans la ville de Kolwezi. Sur le site, on y remarque la présence des agents du SAESSCAM et des éléments de la police des mines et des hydrocarbures. La carrière Mutoshi est subdivisée en quatre périmètres qui sont : Ruwe Mess, Dima, Kandimba et l'eau verte. Les trois premiers périmètres sont des sites où l'on exploite les minerais. Le dernier périmètre (l'eau verte) constitue le lieu de lavage, de tamisage, de concassage et de triage des minerais. Tous les quatre périmètres sont séparés l'un de l'autre de plus ou moins 100 à 800 mètres. Ci-dessous, les coordonnées géographiques de tous les quatre périmètres. Signalons que le périmètre appelé « l'eau verte », c'est ça même l'ancienne mine à ciel ouvert de « Ruwe Mess » qui est actuellement inondée des eaux souterraines.

Tableau n° 01 : Coordonnées géographiques de tous les quatre périmètres de la carrière Mutoshi.

Nom du site

Coordonnées géographiques

Observation

01

Ruwe Mess

Latitude Sud : 10.40473°
Longitude Ouest : 25.32231°
Altitude : 1443 mètres

Ces coordonnées ont été prélevées au centre de la carrière

02

Dima

Latitude Sud : 10.68838°
Longitude Ouest : 25.54218°
Altitude : 1503 mètres

Coordonnées prises à
l'entrée de ce périmètre.

03

Kandimba

Latitude Sud : 10.68630°
Longitude Ouest : 25.54719°
Altitude : 1456 mètres

Coordonnées prises au
milieu de ce périmètre.

04

Lieu de lavage
minerais

Latitude Sud : 10.68157°
Longitude Ouest : 25.54113°
Altitude : 1463 mètres

Coordonnés prises au
bord de la mine noyée.

 

Le tableau ci-dessus présente toutes les coordonnées géographiques de tous les quatre périmètres qui constituent la carrière de « Mutoshi ». Les trois premiers périmètres sont les endroits où l'on creuse le minerai. Le dernier périmètre constitue le lieu de lavage du minerai. L'image de cette carrière est à page 117, annexe n°1.

B. La carrière « 5 ans » ou encore carrière « Kanina »

30

La carrière dite 5ans se trouve entre le centre-ville commercial de Kolwezi et la cité 5 ans, à côté d'un grand étang, communément appelé « lac Kabongo ». La cité 5 ans est aussi appelée, « cité Kanina ». Même chose pour la carrière 5 ans qui est parfois appelée « carrière Kanina ». La distance entre la cité 5 ans et la carrière est plus ou moins de 300 mètres. Ce site se trouve en pleine concession minière de la Gécamines. Jadis, cette carrière fut une mine à ciel ouvert appelée « la mine de Kolwezi ». Elle est l'une des premières mines de la ville de Kolwezi. Elle date de l'époque coloniale, lorsque la Gécamines s'appelait « Union Minière du Haut Katanga ». Actuellement la Gécamines compte relancer l'exploitation de cette mine car, elle a un grand gisement des minerais du cuivre, nous a confirmé le chargé des techniques et exploitation au bureau SAESSCAM/Kolwezi.

Signalons par ailleurs que nous nous sommes intéressé également des lieux de lavage des minerais comme périmètres, parce qu'il y a certaines opérations minières qui s'y passent telles que : le ramassage, triage, concassage des minerais. Ainsi, La carrière 5 ans a trois périmètres, qui sont : le périmètre appelé « 5 ans », périmètre appelé « Bob » et le lieu de lavage des minerais. Tous les minerais extraits dans cette carrière, sont soit vendus sur place dans la carrière, soit vendus aux comptoirs d'achats des produits miniers installés à la sortie de la ville en allant vers Lualaba-gare. Dans cette carrière, il n'y a aucun service étatique. Ci-dessous, les coordonnées géographiques de tous les trois périmètres.

Tableau n°02 : Cordonnées de tous les trois périmètres qui composent la carrière 5 ans.

01

Nom de la carrière

Coordonnées géographiques

Observations

 

Latitude Sud : 10.43413°
Longitude Ouest : 25.28155°
Altitude : 1469 mètres

Coordonnées prises au
milieu de la carrière.

02

Bob

Latitude Sud : 10.72888°
Longitude Ouest : 25.47130°
Altitude : 1472 mètres

Coordonnées prise à l'entrée de la carrière.

03

Lieu lavage minerais

Latitude Sud : 10.71584° Longitude Ouest : 25.47544° Altitude : 1488 mètres

Coordonnées prises au
bord de l'étang.

 

Tableau n° 03 : Coordonnées des carrières du camp Gécamines Kapata

31

Dans les deux premiers périmètres, on y exploite le minerai du cuivre. Le troisième périmètre constitue le lieu de lavage du minerai. La photo du lieu de lavage des minerais est sur la page 118, annexe n°2.

Après la carrière « 5ans », la récolte des données s'est effectuée également dans les carrières situées tout près du camp Gécamines de « Kapata ».

C. Les carrières du camp Gécamines de Kapata

Il s'agit des carrières qui sont tout autour du camp Gécamines de « Kapata » et aussi du lieu de lavage des minerais. Parmi ces carrières, il y a : « Terre jaune, Mudjuma, Kamilombe I, Kamilombe II et Kamilombe III ». Certaines carrières sont à plus ou moins 1 Km du camp d'habitation, et les autres au-delà de 1 Km. Toutes ces carrières sont en pleine concession minière de la Gécamines. On y exploite les minerais du cuivre et du cobalt.

La distance entre la cité de Kapata (camp Gécamines Kapata) et le centre-ville Kolwezi est de 15 Km. Sur toutes ces carrières, on y trouve des agents du SAESSCAM, qui réglementent et orientent l'exploitation minière artisanale. L'entrée est libre à toute personne. Les minerais exploités sont vendus aux comptoirs installés au bord du lieu de lavage des minerais appelé « laverie ». Ci-dessous, les coordonnées géographiques des carrières du camp Gécamines « Kapata ».

32

01

Nom du site

Coordonnées géographiques

Observations

 

Latitude Sud : 10.73342°
Longitude Ouest : 25.45975°
Altitude : 1473 mètres

Coordonnées prises au
milieu du site.

02

Kamilombe I

Latitude Sud : 10.73906°
Longitude Ouest : 25.40641°
Altitude : 1475 mètres

Coordonnées prises au
milieu du site.

03

Kamilombe II

Latitude Sud : 10.74220°
Longitude Ouest : 25.40110°
Altitude : 1464 mètres

Coordonnées prises au
milieu du site

04

Kamilombe III

Latitude Sud : 10.74539°
Longitude Ouest : 25.39764°
Altitude : 1464 mètres

Cordonnées prises à
l'entrée du site.

05

Lieu de lavage des minerais

Latitude Sud : 10.75421° Longitude Ouest : 25.39191° Altitude : 1480 mètres

Coordonnées prises au
bord du lieu de lavage.

 

Les quatre premiers périmètres dans le tableau ci-haut, sont des lieux de creusage des minerais. Le dernier périmètre constitue le lieu de lave des minerais. On y pratique également plusieurs activités telles que le lavage, le tamisage, le triage, le concassage, la vente des denrées alimentaires, etc. La photo de la carrière « Kamilombe I » est sur la page 119, annexe n° 3.

Enfin, le dernier site qui a fait l'objet de la récolte des données, c'est la carrière GH qui se trouve tout près du camp Gécamines Kolwezi.

D. La carrière GH.

Cette carrière se trouve sur la route qui mène vers le camp Gécamines « Musonoï », derrière le camp Gécamines Kolwezi à moins d'un kilomètre, entre quelques vallées. A côté de la carrière, il y a une petite rivière. C'est dans cette rivière où les creuseurs lavent les minerais. L'accès est libre, car aucun service étatique n'est présent. Plusieurs sentiers conduisent à ce site. C'est un site appartenant à la Gécamines comme les autres précédents. Les coordonnées géographiques de ce site se présentent dans le tableau ci-dessous :

33

Tableau n° 04 : Coordonnées de la carrière GH

Nom du site

Coordonnées géographiques

Observations

 
 

Latitude Sud : 10.72469°

Ces coordonnées ont été prises

01

GH

Longitude Ouest : 25.45072°
Altitude : 1433 mètres

entre la carrière et le site de lavage
des minerais, parce que ces deux
sites sont proches.

 

Dans le tableau ci haut, nous ne présentons pas le lieu de lavage du minerai, parce que la petite rivière où l'on lave les minerais divise le site en deux et fait partie intégrante de cette carrière. Il n'est pas éloigné comme dans d'autres sites.

Ainsi, après la présentation détaillée des sites ayant servi à la collecte des données, nous passons à la présentation l'échantillon.

1.2.3.3. Echantillonnage

L'échantillon de cette étude est qualitatif. Cela est par rapport à cette recherche qui est qualitative. Lupitshi explique que dans toute recherche où l'enquêteur ne sait pas atteindre l'ensemble de la population soumise à l`étude, les enquêtés sélectionnés et interrogés constituent un échantillon quelle que soit la manière dont ce groupe peut être désigné (2013, 130).

Nous optons pour un échantillon qualitatif par cas multiples en considérant plus la qualité des acteurs que leur représentativité. L'échantillon par cas multiples permet de repérer et de sélectionner les acteurs pertinents impliqués dans le phénomène sous-étude (Depelteau, 2006 : 27). Et comme souligne Mucchieli (2004, 237), l'échantillon qualitatif ne met pas seulement l'accent sur la diversité des acteurs, mais aussi sur la saturation.

Blanchet et Gotman (2013, 46) notent que définir la population, c'est sélectionner les catégories de personnes que l'on veut interroger, et à quel titre ; déterminer les acteurs dont on estime qu'ils sont en position de produire des réponses aux questions que l'on se pose.

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Toute entreprise scientifique s'efforce de découvrir quelque chose qui puisse s'appliquer à tous les « éléments » d'un certain type en étudiant quelques exemples, le résultat de cette étude étant toutefois « généralisable » à tous les membres de cette classe. Nous devons constituer des échantillons pour convaincre les gens que nous savons quelques chose sur l'ensemble de cette classe étudiée (Lupitshi : 2013, 130).

La détermination du nombre d'entretiens nécessaires à une enquête particulière dépend, en premier lieu, du thème de l'enquête et de la diversité des attitudes supposées par rapport au thème, du type d'enquête (...). D'autre part à partir d'un certain nombre d'entretien les informations recueillies apparaissent redondantes et semblent n'apporter plus rien de nouveau, on est tenté de ne point aller au-delà (Blanchet et Gotman, 2013, 50).

Dès notre entrée sur terrain pour la première fois, et durant toute la période que nous y étions, la grande préoccupation était : « Comment identifier les acteurs concernés » pour passer l'entretien, dans un environnement comme les sites miniers artisanaux, où tout le monde vaque à ses occupations. Pour ce faire, nous nous sommes appuyé sur trois critères qui sont : l'âge, la classe et l'enrôlement pour les élections de novembre 2011. Ces critères ont été tous combinés afin de bien identifier les enfants sans toutefois commettre d'erreurs. Ainsi, nous les avons utilisés de la manière suivante :

- L'âge : A partir des observations faites sur terrains, certains acteurs semblaient être mineurs au près des nos yeux. Nous leur posions la question de savoir leur âge, parce que la loi congolaise fixe l'âge de la majorité à 18 ans. Mais, cela ne suffisait pas réellement pour confirmer la minorité de quelqu'un, parce que certains d'entre eux ne savaient même pas leurs âges. D'où l'importance de combiner avec les autres critères de sélection.

- La classe : Nous avons jugé important de savoir également les classes dans laquelle se trouvaient les acteurs. Parce que d'après la législation congolaise en matière scolaire, l'école primaire est prévue pour les enfants. Aussi une partie de l'école secondaire, de la première année secondaire jusqu'en 5 ème des humanités, soit de 13 à 17 ans. Mais, il y a toujours des personnes qui ont un âge avancé, mais qui se retrouvent dans des classes plus inférieures que leurs âges. D'où, il nous fallait nécessairement compléter ces deux critères (l'âge et l'école) à un autre critère.

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- L'enrôlement : La période de récolte des données pour la réalisation de ce travail scientifique, va du 3 septembre au 3 octobre 2012. Or, 'année 2012 fut l'année postélectorale en RDC. Les élections présidentielles accouplées aux législatives ont eu lieu le 28 novembre 2011. Seules les personnes enrôlées, ne pouvaient participer aux élections. Or pour s'enrôler, il fallait être adulte. Ainsi nous avons considéré que le critère d'enrôlement devait être adjoint aux deux premiers critères pour renforcer l'identification des enfants dans les sites. Par rapport au critère d'enrôlement, lorsque nous étions sur terrain, si un acteur nous répond qu'il ne s'était pas enrôlé, nous lui posions de nouveau la question suivante : « pourquoi tu ne t'es pas enrôlé ? » Ceci, pour avoir la raison qui a milité pour qu'il ne soit pas enrôlé. C'est seulement lorsque la réponse est « je suis encore enfant », soit « je n'ai pas l'âge de voter », soit encore « je ne me suis pas enrôlé parce que je suis enfant » que l'acteur sera identifié comme enfant et fera partie des acteurs concernés à s'entretenir avec eux. C'est de cette manière que nous avons identifié les acteurs concernés par cette recherche.

1.2.4. Dispositif de recueil des données

Après avoir accompli un mois de récolte des données tel que prévu sur la recommandation de stage de recherche, le 6 octobre 2012, nous étions obligé de rentrer à Lubumbashi pour poursuivre avec les cours au programme de DEA. La période nous accordée pour la recherche, correspondait à la période où les élèves sont en pleine études (mois de septembre). Pour compléter les données, nous avons changé les périodes d'observation. Ainsi, nous sommes de nouveau rentré sur terrain, cette fois-ci pendant la saison sèche, du 15 juillet au 22 août 2013. Cette période correspond aux vacances scolaires. L'alternance, nous a permis d'observer d'autres situations qu'on n'aurait pas observées pendant la période scolaire.

La qualité et la pertinence des savoirs produits, dépendent donc en grande partie de l'abondance et de la fiabilité des informations recueillies sur le terrain (Yann : 2006, 24-25). Les instruments méthodologiques sont sélectionnés dépendamment « des références théoriques de la recherche » (Ruquoy : 1995, 60, repris par Ngoie : 2009, 83). Par ailleurs, les instruments de collectes des données utilisés dans cette recherche sont l'observation et l'entretien.

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1.2.4.1. L'observation

L'Ecole de Chicago, dont les études principales portent sur les faits et gestes de la vie ordinaire, les manières d'être et les modes de vie, prône l'observation des phénomènes sociaux dans leur cadre naturel (Blanchet et Gotman : 2013, 13). L'observation directe est celle où le chercheur procède directement lui-même au recueil des informations, sans s'adresser aux sujets concernés. Elle fait directement appel à son sens de l'observation (Quivy et Campenhoudt : 2006, 151). Pour autant, cette méthode reste l'idéal type de l'enquête de terrain (Marie : 2006, 61).

Cette technique oblige au chercheur de se déployer sur terrain, là où il devra être en contact avec les personnes ou les phénomènes qu'il analyse. L'observation in situ ou encore de terrain est « un procédé de recherche procédant de l'observation personnelle et prolongée de situations et comportements, sans être réduit à ne connaitre ces situations et comportements par des catégories utilisées par ceux qui les visent (Kaminski : 2006, 58). Le choix de l'observation n'est pas un fait de hasard. Cela se justifie par le comportement des acteurs, qui se manifeste premièrement par plusieurs interactions et langage, lesquels méritent une observation attentive. Deuxièmement, par la commission d'actes qui se traduisent par les travaux, les jeux, les services et les gestes qui obligent une observation, afin d'interpréter les sens que les acteurs accordent à leurs pratiques.

La posture scientifique n'est nullement celle d'une objection venant expliquer les données, mais une compréhension des significations mises en oeuvre par les différentes parties en présence. La tâche est de fournir une interprétation plausible des données après la confrontation méticuleuse au terrain. Il ne s'agit pas de se mettre à la place des autres et de s'imaginer ce qu'ils ressentent. La sociologie n'est pas un exercice de projection morale du chercheur, mais une enquête rigoureuse, honnête, sur les pratiques et les représentations des acteurs. Il s'agit toujours de saisir les significations telles qu'elles sont vécues par les acteurs(Le Breton : 2004, 171-172).

L'observation à elle seule ne permet pas de pénétrer les représentations de différents acteurs. D'où il est nécessaire de la compléter et de l'enrichir par l'entretien. Il s'agit des entretiens semi-directifs (Quivy et Campenhoudt: 2006, 174).

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1.2.4.2. L'entretien

Le recours à l'entretien répond à la logique de la démarche méthodologique du type ethnographique. Pour Peretz (2004, 11) « l'entretien vice à restituer les événements vécus par une personne pendant sa vie, une même sélection s'opère, même si, parfois la personne descend au niveau d'un événement particulier ». Un entretien « est un speech event (événement de parole) dans lequel une personne A obtient une information d'une personne B, information qui était contenue dans La biographie de B » (Blanchet et Gotman :2013, 17). L'entretien reste donc cet outil de recherche qui permet d'avoir « accès au point de vue des personnes, à leur expérience vécue, au sens qu'elles donnent à leurs actions » (Desanti et Carpon : 2007, 53).

Le choix de l'enquête par entretien permet effectivement de faire apparaître les « processus » et les « comment ». D'une part, grâce à cette méthode d'enquête nous pouvons recueillir des renseignements sur les pratiques individuelles et collectives et établir des faits (Marie : 2006, 60).

Dans l'entretien semi-directif, le chercheur dispose d'une série des questions-guides, relativement ouvertes, à propos desquelles il est impératif qu'il reçoive une information de la part de l'interviewé. Mais il ne pose pas forcément toutes les questions de la part dans l'ordre où il les a notées et sous la formulation prévue. Autant que possible, il « laissera venir » l'interviewé afin que celui-ci puisse parler ouvertement, dans les mots qu'il souhaite et dans l'ordre qui lui convient. Le chercheur s'efforcera simplement de recentrer l'entretien sur les objectifs chaque fois qu'il s'en écarte et de poser les questions auxquelles l'interviewé ne vient pas par lui-même, au moment le plus approprié et de manière aussi naturelle que possible (Quivy et Campenhoudt : 2006, 174).

Tous les enfants avec qui nous nous sommes entretenus, étaient toujours en groupes. Que ça soit les enfants en activités rémunératrices, ou non, tous étaient toujours en groupes. Le nombre d'enfants par groupe variait entre deux à sept enfants. Par conséquent, tous les entretiens effectués sont des « entretiens collectifs ». L'intérêt de l'entretien collectif paraît alors évident : il est de saisir les prises de position en interaction les unes avec les autres et non de manière isolée. Il permet à la fois l'analyse des significations partagées et du désaccord, grâce à la prise en compte des interactions sociales qui se manifestent dans la

B. Outils ayant servi au recueil des données

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discussion. L'entretien collectif permet d'accéder au sens commun, aux modèles culturels et aux normes (Sophie et Florence : 2009, 35-36). Lors ces entretiens collectifs, les enfants se complétaient facilement les paroles et parfois discutaient entre eux de la manière dont ils subissent certaines injustices et autres maltraitances sur les sites. Là où un aspect pouvait être oublié, les autres complétaient facilement. Cette situation était très intéressante et plus avantageux de notre part. Les enfants avaient la libre parole. De ce fait, ils parlaient sans gènes de tout ce qui se passe sur les sites miniers leur concernant. Mais, nous avons insisté sur les occupations qu'ils font sur les sites, leurs expériences vécues sur l'exploitation minière artisanale, les situations mauvaises qui leur arrivent, les aspects socioéconomiques de leurs familles et la manière dont ils perçoivent leur avenir. Les noms des enfants que nous présentons dans ce mémoire ne sont pas leurs vrais noms. Nous avons respecté l'anonymat pour les protéger leurs identités.

C'est qui fonde l'entretien, c'est la production d'une parole sociale qui n'est pas simplement description et reproduction de ce qui est, mais communication sur le devoir-être des choses et moyen d'échanges entre individus. La spécificité de l'entretien à savoir, est la production d'un savoir in situ. C'est en cela qu'il est une situation sociale de rencontre et d'échange et non pas un simple prélèvement d'information (Blanchet et Gotman : 2013, 15). La situation d'entretien nécessite une mise en confiance entre l'interviewer et l'interviewé. Chose qui était faite.

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