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La faillite de l'ONU devant le génocide des Tutsi du Rwanda : Des causes de l'échec et des leçons à en tirer

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par Jean-Bosco Iyakaremye
Université du Québec à Montréal - Maîtrise en droit international (LLM) 2001
  

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7. Des signes avant-coureurs

Arrivés sur le terrain, le chef de la force et le Représentant Spécial du Secrétaire Général des Nations Unies au Rwanda se rendront compte de l'inadéquation du mandat et demanderont en vain à New York de l'adapter aux réalités de la situation31(*).

A titre d'illustration, dans l'optique de démarrer le travail de démilitarisation prévue par la Résolution 872, les casques bleus belges avaient commencé à procéder à quelques désarmement dans la ville de Kigali. Tous les militaires qui n'étaient pas en service étaient désarmés, y compris les officiers. Sur plainte des autorités rwandaises, les casques bleus en "ont été très vite empêchés par des directives contraignantes du QG de l'ONU, sous prétexte qu'on ne voulait pas d'histoires avec les autorités civiles et surtout militaires de Kigali "32(*).

Un autre signe de la faiblesse du mandat de la MINUAR se manifeste le 11 janvier 1994. À cette date, le Général canadien Roméo Dallaire, commandant en chef de la force, envoyait une télécopie au secrétariat général de l'ONU, plus précisément à l'adresse de son compatriote le Général Baril (conseiller militaire du Secrétaire général), l'informant de la détérioration des conditions sur le terrain. Il lui demandait en outre l'autorisation de saisir les armes des miliciens, dont la cache devait lui être révélée par un informateur haut placé dans la hiérarchie de la milice "Interahamwe"33(*). L'informateur réclamait en échange l'obtention d'asile dans un des pays occidentaux pour lui et sa famille.

Ce transfuge venait aussi de lui dévoiler que lui-même et ses collègues avaient reçu une formation militaire, les rendant aptes à tuer mille Tutsi en une heure dans la ville de Kigali, et qu'ils étaient prêts à s'exécuter dès le premier signal. Il dévoilait en même temps au commandant de la force, le plan prévu de s'attaquer aux militaires belges de la MINUAR, afin de provoquer leur départ précipité.

Sous la signature de Riza au nom de Kofi Annan, le Secrétariat général de l'ONU y donna une réponse défavorable, au motif qu'une telle action dépassait les limites tracées par la Résolution 872 du Conseil de Sécurité34(*), et que pareille opération s'était soldée par un échec en Somalie, et fait échouer l'opération de l'ONU dans ce pays35(*).

On pourrait se demander pourquoi le général Dallaire n'a pas fait saisir les armes sans d'abord informer le siège de cette action, puisque cette opération de saisie des armes illégalement détenues figurait dans la Résolution 872 instituant la MINUAR. La réponse à cette question se compose de trois points.

Primo, ladite Résolution n'autorisait pas la MINUAR à agir d'initiative dans ce genre d'opérations, mais plutôt à assister la gendarmerie nationale dans pareille action. Il aurait donc fallu que cette dernière demande à la MINUAR de l'aider.

Secundo, les règles de conduite et d'engagement des troupes de la MINUAR que le général Dallaire avait confectionné, auraient permis à la MINUAR d'agir seule dans de telles circonstances. Cependant, ce document avait été envoyé à New-York depuis novembre 1993 pour approbation mais il n'y avait pas eu de suite. Il n'y en aura jamais d'ailleurs.

Tertio, en supposant que le général Dallaire ait cherché à passer outre les points précédents, comment aurait-il pu obtenir l'information sans en payer le prix, alors que le Secrétariat de l'ONU lui avait refusé son appui dans la recherche de l'asile pour l'informateur et à sa famille, condition sine qua non pour livrer le secret ?

Concernant les règles d'engagement envoyées au siège de l'ONU, l'on pourrait se demander pourquoi ce dossier a été gelé par le Secrétariat général. Dans ce document que le chef de la force avait rédigé de façon détaillée aussitôt arrivé à Kigali, celui-ci entendait interpréter son mandat de la manière la plus large possible. Ainsi, dans l'article 17 dudit document, il avait montré sa détermination à lutter contre les violations des droits de la personne qui ne manqueraient pas de se commettre. On y retrouve notamment ceci :

La MINUAR prendra les mesures nécessaires pour empêcher tout crime contre l'humanité [...] Durant ce mandat, il se peut aussi que soient perpétrés des actes criminels motivés par des raisons ethniques ou politiques et qui exigent moralement et légalement que la MINUAR utilisent tous les moyens disponibles pour les faire cesser36(*).

Le général Dallaire ayant exprimé sans ambiguïté ce qu'il pensait être sa mission, l'on pourrait penser que le siège de l'ONU a préféré garder le document dans ses tiroirs, plutôt que de le refuser carrément ou de demander à l'auteur de le revoir en profondeur. Les discordances de vue étaient si flagrantes qu'il aurait été difficile de trouver un compromis.

Dallaire envoya une autre série de messages au cours du mois de février et mars 94, faisant état de la recrudescence des violences et réclamant davantage de troupes et une interprétation plus large du mandat, mais cela ne fit que le mettre en conflit avec ses supérieurs à New-York. Même son compatriote Baril pensait qu'il "devait tenir Dallaire en laisse"37(*) afin de l'empêcher de s'engager dans des actions irréfléchies, et cela était unanimement approuvé par le reste du personnel au département des opérations de maintien de la paix.

Sur le terrain, bien que la violence contre les Tutsi augmente de jour en jour, la MINUAR fera semblant de n'éprouver aucun problème. Pire, elle fera naître de faux espoirs aux victimes potentielles, en informant le public au cours des réunions de sécurité organisées par des responsables politiques au niveau local, qu'elle était prête à maîtriser la situation. Ses militaires distribueront même des numéros de téléphone auxquels appeler en cas d'agression. Ces fausses promesses de sécurité propagées par la MINUAR seront hautement néfastes, car elles empêcheront un certain nombre de personnes de quitter le pays alors qu'il était encore temps.

Malgré l'importance de l'information transmise à New-York dans le fax du chef de la force au Rwanda trois mois avant le génocide, son contenu ne fut pas porté à la connaissance du Conseil de sécurité38(*).

En dépit de la présence au Rwanda de cette force de l'ONU, la mise en place des Institutions prévues par l'Accord d'Arusha, qui devait avoir lieu fin décembre 1993, fut reportée à plusieurs reprises, jusqu'au 6 avril 1994.

L'échéance du premier mandat de la MINUAR tombant le 30 mars 1994 alors qu'aucun progrès n'avait été réalisé dans la mise en place des Institutions prévues par l'Accord d'Arusha, le Secrétaire général de l'ONU fit un bilan de la situation, et demanda le renouvellement du mandat. Bien qu'il détaille dans son rapport les signes de la violence qui grandissait dans le pays, il note à tort que la détérioration de la sécurité dans le pays était principalement due au "fait du banditisme armé"39(*). L'on pourrait penser qu'il minimisait alors la gravité de la situation, afin de ne pas irriter les membres du Conseil de sécurité qui étaient opposés au renouvellement du mandat, au cas où les parties en conflit ne montreraient pas des signes de bonne volonté pour arriver à une entente.

Par sa Résolution 909 du 5 avril 199440(*), le Conseil de sécurité décide de renouveler le mandat de la MINUAR pour une période de quatre mois, tout en menaçant de revoir le bien-fondé de garder la MINUAR au Rwanda, au cas où les parties concernées ne montreraient pas des signes encourageants dans la mise en place des Institutions prévues. Dans la même Résolution apparaît ce qui sera trouvé plus tard comme un leitmotiv du Conseil de sécurité, soit que le Secrétaire général de l'ONU devait surveiller le budget de la MINUAR, afin de réaliser des économies de fonds41(*). Cette préoccupation reviendra dans la plupart des Résolutions du Conseil de sécurité au sujet de la Mission.

En ce qui concerne cette Résolution, son contenu nous paraît bizarre, pour ne pas dire insensé. En effet, tel que rédigé, ses termes trahissaient l'agacement des membres du Conseil de sécurité et brandissaient la menace de laisser le pays sans protection au cas où l'insécurité s'accroîtrait ; ce qui ne pouvait que donner un signal d'encouragement aux forces qui préparaient la solution finale, qui elles, ne demandaient pas mieux. Ceci traduit le peu d'intérêt que les membres du Conseil de sécurité manifestaient à l'égard du problème rwandais.

* 31 HRW & FIDH, supra, note 6, à la p. 27.

* 32 J.C. Willame, L'ONU au RWANDA, Liège, Éditions Labor, 1996, à la p. 27.

* 33 Il s'agit de la milice affiliée au parti du Président de la république à l'époque.

* 34 Rapport ANF, supra, note 7.

* 35 HRW & FIDH, supra, note 6, à la p. 201.

* 36 Rapport Sénat de Belgique, supra, note 8.

* 37 HRW & FIDH, supra, note 6, à la p. 202.

* 38 Ibid., à la p. 203.

* 39 Ibid., à la p. 249.

* 40 Ibid., à la p. 252.

* 41 Ibid., à la p. 252.

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