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Rôle des langues dans la construction de l'identité des immigrés italiens et de leurs descendants


par Sylvie ROBERT
Université Stendhal Grenoble 3 - Master 1 Français Langue Etrangère 2009
  

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CONCLUSION

Notre recherche visait à montrer le rôle primordial des langues dans l'intégration et dans la construction de l'identité des immigrés italiens et de leurs descendants. La notion d'identité est une question complexe en soi, car, comme le souligne Lipiansky, "elle se propose, au niveau même de sa définition, dans le paradoxe d'être à la fois semblable et différent, unique et pareil aux autres". Mais elle est encore plus délicate lorsque l'on se penche sur la construction de l'identité des immigrés italiens, d'une part parce qu'ils sont plurilingues et d'autre part parce que le statut d'immigré implique un déchirement, une perte de repères et une quête identitaire.

Nous avons démontré que la langue maternelle ou langue première, influe sur notre mode de pensée et sur notre vision du monde, par conséquent les immigrés ont, non seulement dû apprendre une nouvelle langue, mais également apprendre à penser autrement. Ils ont acquis, en même temps que les outils linguistiques du français une compétence socioculturelle qui a modifié leur façon d'être.

Nous avons tenté de comprendre ce qui a motivé le recours à différentes stratégies identitaires -- le maintien des traditions et la transmission de la langue d'origine ou au contraire, la non-transmission et l'assimilation -- en étudiant le contexte historique de l'immigration italienne en France et en nous appuyant sur des témoignages de représentants des trois générations.

Notre étude comparée révèle que très peu d'Italiens se sont assimilés à la société française, la plupart ayant réussi à s'intégrer tout en préservant leur culture et leurs traditions. Nous avons également observé que dans la grande majorité des cas, la stratégie d'assimilation a été choisie dans un contexte socio-historique peu favorable aux Italiens.

Généralement, lorsque les primo-migrants n'ont pas transmis leur(s) langue(s) d'origine (dialecte et/ou italien) c'est parce qu'ils ont subi des discriminations, plus ou moins violentes, qu'ils veulent éviter à leurs enfants. On retrouve, chez tous les immigrés que nous avons interrogés, le désir que leurs enfants deviennent de vrais Français pour qu'ils puissent étudier et obtenir une meilleure situation que la leur.

Néanmoins, plus nombreux sont ceux qui ont continué à parler dans leur langue - au moins le temps d'apprendre la langue française - tandis que leurs enfants leur répondaient en français, jouant ainsi le rôle de médiateurs linguistiques.

La plupart des représentants de la 2ème génération se dit bilingue, mais on note dans les fratries des sentiments opposés à l'égard de leurs origines : entre amour et indifférence. En effet, il n'est pas rare de trouver dans une même famille un enfant devenu professeur d'italien tandis que ses frères et soeurs ne manifestent aucun intérêt pour la langue d'origine de leurs parents. Toutefois, aucun d'entre eux ne semble ignorer complètement l'italien, même lorsque sa connaissance se limite à quelques mots.

Le fait qu'une partie des enfants d'immigrés ait pris une certaine distance avec les origines de sa famille peut s'expliquer une fois encore par les discriminations subies dans l'enfance, par le refus d'être enfermés dans le statut de "fils / fille d'immigré", par les pressions familiales visant la réussite, l'intégration parfaite.

Il est intéressant de noter que beaucoup d'entre eux, arrivés à l'âge de la maturité, ressentent le besoin de renouer avec leur pays d'origine et fréquentent les associations culturelles pour apprendre l'italien mais aussi découvrir l'art, la littérature, la gastronomie et les coutumes du pays de leurs parents.

Quant au sentiment d'appartenance, nous avons remarqué que ce sont surtout les représentants de la 1ère génération qui ont des difficultés à l'exprimer, ce qui est parfaitement compréhensible puisque ce sont eux qui ont connu le déchirement des séparations, la souffrance de l'exil, le mal du pays... Pour la plupart, ils se sentent toujours Italiens, mais une grande partie d'entre eux se sent Français ou Franco- Italiens. Les nombreuses années vécues en France, le sentiment de différence ressenti lors des retours dans leur pays d'origine, le fait que leurs enfants et/ou parfois leur conjoint soient Français sont autant d'éléments qu'ils évoquent pour justifier ce sentiment d'appartenance à leur pays d'adoption. Il faut souligner qu'ils se sentent obligés de le justifier.

Leurs descendants, pour la plupart nés et scolarisés en France depuis leur plus jeune âge, se sentent surtout Français, mais beaucoup revendiquent leur double appartenance, surtout les petits-enfants, qui n'ont subi aucune expérience négative par rapport à leurs origines, méconnaissent souvent l'histoire de leur famille et idéalisent l'Italie. Il semble que la revendication de leur italianité soit un moyen

d'affirmer leur différence à un moment décisif de la construction de leur identité. Leur désir d'apprendre l'italien peut être lié au lien affectif particulier qui les unit à leurs grands-parents. Peut-être affichent-ils leurs origines italiennes avec fierté pour se démarquer de leurs parents qui ont tout fait pour les effacer. Le fait qu'ils grandissent dans une époque où l'on valorise le plurilinguisme et le multiculturalisme n'est sans doute pas anodin.

Cette étude intergénérationnelle montre l'échec des politiques d'assimilation. En effet, même lorsque les primo-migrants ont choisi de ne pas transmettre leur langue à leurs enfants et d'adopter un mode de vie français, leurs enfants devenus adultes et / ou leurs petits-enfants ressentent souvent le besoin d'un retour aux sources.

Si tout le monde s'accorde aujourd'hui pour qualifier de "réussie" l'intégration des Italiens, nous remarquons qu'elle ne rime pas pour autant avec assimilation comme le souhaitait le gouvernement français dans les années 50.

L'exemple des immigrés italiens prouve donc que l'on peut s'intégrer parfaitement à la société d'accueil sans pour autant renier ses origines et oublier sa culture. Pourtant aujourd'hui encore, une volonté assimilatrice persiste envers les immigrés d'origine maghrébine. À l'époque de l'ouverture des frontières sur l'Europe, comment peut-on enfermer les immigrés dans l'inévitable question : Vous sentez-vous Italiens ou Français, Algériens ou Français ? Ne serait-il pas plus constructif de réfléchir à la richesse des appartenances multiples ?

Il serait intéressant, par exemple, d'étudier les influences lexicales et culturelles apportées par ces Français, venus de tous horizons, à la langue française.

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