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Rôle des langues dans la construction de l'identité des immigrés italiens et de leurs descendants


par Sylvie ROBERT
Université Stendhal Grenoble 3 - Master 1 Français Langue Etrangère 2009
  

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B- Le café : un lieu de rencontre privilégié des immigrés

De nombreux immigrés italiens deviennent gérants d'un café, surtout dans les villes où la communauté italienne est importante36. Ce sont souvent les femmes qui tiennent les cafés, les hommes conservant leur métier de manoeuvre, mineur, terrassier ou exerçant parfois une autre activité (coiffeur, épicier) dans une pièce voisine.

D'après Pierre Milza, dans les années 30, les Italiens géraient la plupart des cafés de certaines communes lorraines :

"Dans les régions minières de la Lorraine sidérurgique, on voit se multiplier les débits de boisson tenus par les Italiens. À Auboué, dans les années 30, sur 30 cafés, 27 relèvent de cette catégorie"37.

Les cafés ont une fonction politique : ils servaient souvent de siège pour les réunions du syndicat, comme le bar, le Franco- Italien, à Argenteuil pendant la grève de 1909 dans les carrières de gypse.

Leur importance était telle, qu'ils ont parfois été fermés par les municipalités pour empêcher les réunions syndicales :

"Avoir les cafetiers avec soi dans une lutte, comme pendant la grève de 1905 est d'une importance primordiale, non seulement parce qu'ils ont souvent la confiance populaire, mais aussi parce qu'ils disposent d'une salle pour les réunions. Dans les périodes de grève, non seulement les cafés sont interdits au syndicat, mais pour plus de sûreté, les maîtres de forges font pression sur le maire pour qu'ils soient fermés les jours de frte."38

Mais le café est avant tout un lieu de détente. Les ouvriers y trouvent un peu de chaleur humaine et de réconfort après leur dure journée de travail à l'usine ou à la mine. Ils aiment s'y réfugier avant de regagner leur logement insalubre et misérable. C'est en quelque sorte un lieu suspendu entre l'Italie et la France : les immigrés s'y rassemblent pour parler, en italien, du pays, des parents ou amis qu'ils y ont laissés, de leur travail, de sport ou de politique.

35 Cf. Annexe 4 : Répartition de la population par départements en 1931.

36 Cf. Annexe 5: Photographies de cafés italiens dans le Nord- Est de la France.

37 Pierre MILZA, Op.cit. p 183.

38 Gérard NOIRIEL, Longwy immigrés et prolétaires 1880-1980, p 257-258.

Pour les nouveaux venus, c'est un endroit rassurant, où ils se sentent moins seuls, et où ils ont le sentiment de ne pas avoir vraiment quitté leur pays. C'est aussi le lieu où ils peuvent trouver du travail.

Dans ces cafés, on s'amuse, on boit, on chante, on « refait le match »39 ou le monde et on joue aux cartes à la briscola, tresette, à la scopa et à la morra40 en parlant fort et en dialecte :

"La mourra, la mourre comme on dit en « dialetto », là oui ça fait du bruit ! Ils jettent les doigts en avant, à toute volée, tu te demandes comment le bras ne s'arrache pas de l'épaule pour aller se planter dans le ventre du gars d'en face, ils étincellent de tous leurs yeux, de tous leurs crocs, ils rugissent de leurs gosiers énormes (...) Le plafond sursaute. Les vitres tremblent, elles tremblent pour de bon, quand nous autres mômes on passe dans la rue ça nous vibre dans la tête, les murs font écho, toute la rue résonne comme un gros mirliton"41.

Les discussions et les parties de cartes, parfois très animées, contribueront à la construction d'une image négative des Italiens :

"Des Italiens jouant aux cartes, il faut avoir vu ça : c'est l'émeute, c'est la guerre, c'est la haine, la rage, le désespoir, les cheveux arrachés à poignées, la mère de Dieu plongée et replongée dans les fosses d'aisances de tous les bordels du monde, et tout ça en Dialetto évidemment"42.

Le café est donc un lieu de liberté, où les Italiens renouent avec leur passé, en pratiquant les mêmes jeux que ceux auxquels ils s'adonnaient dans leur propre pays, mais c'est aussi un lieu d'échange, où ils côtoient les Français qui partagent le goût du jeu de boules. Des terrains sont aménagés à côté des cafés et on y organise des compétitions. Les équipes sont mixtes, car elles sont constituées en fonction du niveau des joueurs et non de leur nationalité. Français et immigrés italiens vont alors prendre conscience qu'ils ont des points communs : même si les pratiques diffèrent, ils aiment les mêmes jeux.

Le café a donc son importance dans le maintien de certaines traditions mais aussi dans la découverte de la culture de l'autre.

39 Fabien SURMONNE, Le Républicain Lorrain, 19/07/2009.

40 La mourre est un jeu très ancien, dans lequel deux joueurs se montrent simultanément un certain nombre de doigts, tout en annonçant la somme présumée de doigts levés. Le gagnant est celui qui a deviné ce nombre.

41 François CAVANNA, Les Ritals, Paris, Belfond, 1978, p 19.

42 Ibidem, p 37-38.

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