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Rôle des langues dans la construction de l'identité des immigrés italiens et de leurs descendants


par Sylvie ROBERT
Université Stendhal Grenoble 3 - Master 1 Français Langue Etrangère 2009
  

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C- L'associationnisme italien

Le syndicalisme ouvrier

Les premiers immigrés italiens s'étaient attiré les foudres des ouvriers français, car ils acceptaient sans se révolter leurs dures conditions de travail et cherchaient à ne pas faire de vagues. Les Français les méprisaient, les taxant de « kroumirs » et de « briseurs de grèves ».

Mais à la fin du XIXème siècle, ils participent activement au mouvement ouvrier, surtout à Marseille. Sous l'influence considérable de Luigi Campolonghi, le mouvement ouvrier italien devient un organisme puissant et fait entendre ses revendications. Les Italiens se rallient par centaines aux syndicats et participent massivement aux grèves, soucieux de faire preuve de solidarité avec les ouvriers français :

"Dans toutes les manifestations, écrit le commissaire spécial dans son rapport de synthèse, le drapeau italien est déployé à côté du drapeau français "43.

Bien que les rivalités et les rixes entre ouvriers italiens et français n'aient pas disparu, l'investissement des Italiens dans le syndicalisme les a atténuées. Dans un rapport daté de 1900, le commissaire spécial note en effet :

"(...) une amélioration très sensible de leurs rapports avec la population locale, une plus grande sécurité et une augmentation très substantielle de leurs salaires"44.

L'influence de Campolonghi, ses succès et sa popularité le rendent dangereux aux yeux des autorités françaises. Il sera donc arrêté puis expulsé en 1901.

Mais entre-temps, le socialisme italien s'est affirmé dans les autres régions de France où la population italienne est importante. Différents organismes voient le jour, comme 113 P Dn:tDriD qui assiste les immigrés entres autres, par le biais du Consorzio SI-L2lD2tXtI-lD2dI-HII-P IJrDzIRnI-2CI-12SDI-ii2ll X1RSD qui distribue de l'argent, veillait à la mise en place de maison d'accueil pour les migrants, envoyait des inspecteurs pour contrôler les conditions de vie des immigrés. Ainsi, à la demande des mineurs italiens de Lorraine, plusieurs inspecteurs seront mandatés en Lorraine, dont Cavalazzi qui s'y installera et fondera le premier organe syndical en Lorraine, Le

43 .

Pierre MILZA, Op.cit. p 242

44 Ibidem, p. 243.

réveil ouvrier, dans l'arrondissement de Briey. Pour les mêmes raisons que Campolonghi, il sera reconduit à la frontière en 1905.

L'engagement politique des Italiens de France :

Le parti communiste :

Sous la Terreur squadriste -- du nom des équipes fascistes qui menaient des expéditions punitives dans les rues depuis la prise de pouvoir de Mussolini -- qui les avait pris pour cible, de nombreux militants du parti communiste italien se réfugient en France. Ils n'abandonnent pas leur lutte dans l'exil et cherchent à rallier les immigrés italiens à leur cause par le biais de journaux et les incitent à s'inscrire à la Fédération des sections communistes italiennes en France. En 1923, les fédérations communistes étrangères sont supprimées, leurs membres doivent donc rejoindre les «groupes de langue« du parti communiste français. Les Italiens sont les plus nombreux et les plus actifs.

"Les I-11aR-MIII G-III XrIII 3 lib I-RIA1-III laJ grX-gtIII X'-f aIA-gR-III G-III Dag -III (c) centuries prolétariennes » organisées et encadrées militairement pour la seule ville de Paris ». Sachant que mille hommes environ composaient une centurie, on devine l'inquiétude du gouvernement français qui réagit en procédant à de nombreuses arrestations et expulsions en 1925.

Les organisations fascistes en France :

La force des organisations antifascistes a limité l'implantation des fasci sur le territoire français. Mussolini, soucieux d'établir de bons rapports avec la France, n'était pas pour la propagande fasciste à l'étranger prônée par les squadristes. Toutefois, le ralliement massif des immigrés à l'antifascisme cause des tensions : les fascistes et les dirigeants du Parti National Fasciste s'acharnent contre les opposants au régime. Des groupes fascistes (fasci) naissent à Paris et à Nice en 1922, puis à Marseille en 1925.

Il n'y a pas eu d'organisations fascistes dans les autres régions d'immigration italiennes, malgré quelques tentatives en Lorraine sous l'influence des missions catholiques.

La lutte entre fascistes et antifascistes provoque plusieurs épisodes violents, l'assassinat du chef du fascio Bonservizi à Paris en 1924 déclenche une vague d'attentats, d'expéditions punitives, des complots se trament contre Mussolini.

Suites à ces violences, les organisations sont reprises en main, épurées de leurs membres les plus extrémistes. Mais le fascisme s'impose peu à peu dans toutes les régions françaises, à forte concentration italienne. Ce sont surtout des notables (commerçants, industriels, médecins, avocats, journalistes...) qui adhèrent au fascisme, les ouvriers sont très minoritaires. Le fascisme s'infiltre dans les milieux immigrés, en les séduisant grâce aux avantages qu'il comporte : l'adhésion au fascisme donne droit à des soins gratuits en cas de problèmes de santé, à une aide pour la recherche d'un emploi, au rapatriement pour ceux qui voudraient retourner dans leur pays mais n'en ont pas les moyens. Par le biais des organisations (associations d'entraides, d'anciens combattants, consulats, Maisons d'Italie, Dante Alighieri) le gouvernement fasciste offre des colonies de vacances aux enfants d'immigrés, leur distribue des jouets et des bonbons pour les fêtes de fin d'année. Cette stratégie politique fonctionne : en 1938, on compte 274 fasci en France.

Au lieu de mener une propagande directe, ces organismes cherchent à préserver l'italianité des immigrés et le culte de la Mère Patrie. Ils font donc obstacle au processus d'assimilation.


· Les associations culturelles

Les associations italiennes se sont surtout multipliées en France après 1945, sur 322 associations dénombrées par le ministère des Affaires étrangères en 1980, 233 ont été créées après cette date.

Le besoin de se retrouver entre Italiens peut s'expliquer par un désir de retour aux sources, de valorisation de sa culture et par un besoin de s'unir face aux manifestations d'italophobie auxquelles les Italiens ont été confrontés avant et après le conflit :

"L'effet préventif des associations est réel. L'intégration passe aussi par le besoin de se

retrouver. Une fois qu'on est rassuré sur ses origines, c'est plus facile d'aller vers les autres

"45

45 Magaly HANSELMANN, citée par Aline ANDREY dans « Les associations italiennes pourraient servir de modèle aux nouvelles migrations », Le Courrier, 28 février 2008 [en ligne].

Il vient peut-être aussi une réaction contre les politiques d'assimilation menées par le gouvernement français. Les autorités exercent d'ailleurs un contrôle très strict sur les associations étrangères, dans le but de limiter les regroupements des militants politiques.

Comme nous l'avons souligné dans le paragraphe précédent, les consulats avaient favorisé les missions religieuses pour influencer les immigrés, limiter leur francisation et les inciter à retourner en Italie sous le régime fasciste. Depuis lors, le gouvernement français s'est montré très méfiant à l'encontre des activités consulaires. Les associations d'anciens combattants étaient étroitement surveillées. Certaines associations précisaient dans leur statut leur caractère apolitique afin ne pas être inquiétées : en 1958, le comité de Draguignan de la Dante Alighieri par exemple, stipule dans l'article 2 de ses statuts l'interdiction de toute discussion politique en son sein. Son objectif est de diffuser la culture italienne, en proposant des cours d'italien, en organisant des conférences ou en projetant des films.

Les petites communautés italiennes de France étant souvent composées d'immigrés provenant de la même région italienne - voire du même village - des associations régionales voient le jour à partir des années 70. Les autorités régionales italiennes favorisent ces organismes - les associations sardes de l'étranger reçoivent une aide financière du gouvernement Sarde par exemple - car elles contribuent à leur dynamisme économique et au développement du tourisme.

"En favorisant l'associationnisme, le pouvoir politique régional poursuit alors un double
objectif : le maintien des liens entre les migrants et leur région d'origine et l'intégration dans

le pays d'accueil dans une démarche qui vise au développement du tissu socio-économique régional v46.

Cependant comme le souligne Antonio Da Cunha :

"L'association devient un lieu de repli si elle ne se tourne pas vers la société d'accueil. Mais n'oublions pas que l'intégration est un processus réciproque."47

Or, dans la mesure où leur caractère apolitique était bien défini, les autorités françaises ne se sont pas opposées aux associations car elles transmettaient également un message de solidarité entre immigrés et Français.

46 Stéphane MOURLANE, cahiers de la Méditerranée, vol.63, Villes et solidarités, 2001 [en ligne].

47 Antonio DA CUNHA, président du forum pour l'intégration des migrantes et des migrants, cité par Aline ANDREY, Le Courrier, 28 février 2008 [en ligne].

Ainsi, l'association Italia Libera déclare dans ses statuts qu'elle vise à

"resserrer les liens d'amitié entre les deux peuples et [à] combler le fossé créé par la politique néfaste du fascisme qui a séparé les deux pays".

Certes, toutes les associations n'affirment pas cette volonté de rapprochement avec le pays d'accueil, mais les activités qu'elles proposent sont ouvertes à tous et invitent à l'ouverture sur les autres. Lors des matchs par exemple, les équipes ne sont pas exclusivement constituées de joueurs italiens.

Le festival de Villerupt, créé en 1976 pour redonner vie à la ville après la fermeture des usines, a permis aux immigrés italiens de revoir leur pays par le biais du cinéma, mais a aussi fait découvrir l'Italie et les grands réalisateurs italiens aux Français. Tous avaient bien besoin, en pleine crise sidérurgique, de s'évader et d'oublier leurs problèmes le temps d'une comédie. Le succès du festival (3 000 spectateurs) a donné lieu à une seconde édition, et le nombre de spectateurs ne cessant de croître, il a été reconduit d'année en année. Dès les premières éditions, l'organisation du festival a réuni Italiens et Français, de tous âges et de toutes catégories sociales. Cette manifestation a donc concilié la revalorisation de l'italianité et le rapprochement avec la société d'accueil. Sa renommée dépasse les frontières de la Lorraine, il a attiré presque 35 000 spectateurs en 2008 et fêtera son trente-deuxième anniversaire en octobre 200948.

Si les associations italiennes sont encore très dynamiques dans le Nord et l'Est de la France (70 en Moselle, 10 à 15 en Meurthe-et-Moselle) et dans le Nord (48) ou en Île-de-France (40), Pierre Milza observe en revanche que "l'associationnisme italien si vigoureux au début du siècle est complètement tombé en désuétude dans le Sud- Est". En effet, il ne dénombre que 9 associations dans les Bouches-du-Rhône.

En revanche, Laure Teulières note un nouveau dynamisme associatif italien dans le Sud- Ouest à partir des années 80 : des manifestations et des échanges scolaires sont organisés, des jumelages sont réalisés.

Aujourd'hui, les cours de langue italienne sont souvent fréquentés par les enfants ou les petits-enfants d'immigrés qui éprouvent le désir de renouer avec leurs origines. Les voyages organisés au sein de ces associations rencontrent également beaucoup de succès auprès des Français.

48 Cf. Annexe 6: Affiche de la 32ème édition du festival de Villerupt.

1.3- L'intégration : facteurs « facilitateurs » et obstacles.

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