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Rôle des langues dans la construction de l'identité des immigrés italiens et de leurs descendants

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par Sylvie ROBERT
Université Stendhal Grenoble 3 - Master 1 Français Langue Etrangère 2009
  

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A- L'école

Bien qu'elle ait été le théâtre de discriminations et d'humiliation de la part des élèves comme des maîtres parfois, l'école a favorisé l'intégration des enfants d'immigrés.

Ils ont bénéficié d'un enseignement dont ils auraient été privés en Italie au début du siècle.

Soucieux de la réussite de leurs enfants et afin de leur éviter les tâches les plus avilissantes auxquelles eux-mêmes avaient dû se soumettre, les parents insistent sur l'importance de l'école. Leur ambition était qu'ils obtiennent le certificat d'études, qui permettait d'exercer les métiers d'ouvriers spécialisés ou d'employés. Beaucoup d'entre eux obligent leurs enfants à ne parler qu'en français à la maison. Les enfants jouent ainsi le rôle de médiateurs : c'est par leur intermédiaire que les parents apprennent le français :

"Innombrables sont à cet égard les témoignages qui nous montrent comment la langue parlée et écrite, la culture (mr me réduite à son expression primaire (...), les références historiques, géographiques, littéraires, idéologiques, qui fondent l'appartenance à la nation française, pénètrent peu à peu dans les familles de migrants par les conversations entre parents et enfants, les lectures faites à la cantonade, les leçons récitées à la mère ou aux aînés"49.

Dans sa thèse sur l'immigration italienne dans l'Est Parisien50, Marie-Claude BlancChaléard a effectué une recherche sur l'école. Il en ressort que les Italiens obtenaient généralement de meilleurs résultats que les écoliers français aux épreuves du certificat d'études. Les moqueries qu'ils ont endurées en tant que "fils d'immigrés" et le désir de ne pas décevoir leurs parents qui tenaient tant à leur réussite scolaire ont certainement influé sur leur motivation. Mais la plupart d'entre eux cessait d'étudier après l'obtention du diplôme pour s'insérer sur le marché du travail. Toutefois, le fait de pouvoir prétendre aux métiers d'artisans ou d'employés constituait déjà une belle réussite.

49 Pierre MILZA, Op.cit, p 395.

50 Marie- Claude BLANC-CHALÉARD, Les Italiens dans l'Est parisien. Une histoire d'intégration (années 1880- 1960), Ecole française de Rome, 2000.

B- La religion


· Une cause de rejet :

Bien que la religion catholique aurait dû rapprocher Français et Italiens, dans certaines régions - surtout dans les grandes villes ou les zones industrielles - la piété des Italiens, jugée excessive, a été une cause de rejet.

Ainsi, à la fin du XIXème siècle, les processions des Napolitains, suscitent-elles le mépris des Marseillais :

"Chaque année, au mois d'aoI1t, c'est par milliers que les Napolitains se rassemblent à l'église de la Major, pour célébrer avec éclat leur fête patriarcale. Ces bruyantes démonstrations d'attachement à leurs traditions religieuses provoquent à l'encontre de la communauté italienne dans son ensemble des réactions hostiles de la part d'un prolétariat qui, dans cette partie de la France, a déjà fortement subi les effets de la déchristianisation"

51.

C'est à cette période, que l'on désigne avec mépris les Italiens de « Christos ». Ces différences de pratiques religieuses freinèrent également l'intégration des migrants des vagues successives, dans les années 20-30 notamment :

" Dans les années de l'entre-deux guerres, la majorité des étrangers venaient de pays européens possédant des affinités culturelles et religieuses avec la France. Cette parenté semblait propre à faciliter l'intégration des nouveaux venus. En fait, la réalité se révélait sous un jour beaucoup plus complexe (...). Des étrangers ayant conservé la foi pouvaient se trouver en contact avec des Français indifférents (...) Autre facteur de diversité, les étrangers, m r me s'ils partageaient les croyances fondamentales de leurs hôtes restaient souvent fidèles à des traditions et usages religieux particuliers abandonnés de longue date en France ou inconnus "52.

Comme nous l'avons évoqué en introduction, « le miracle italien » marque le début d'une nouvelle immigration, ce sont les Italiens du Sud qui s'installent dans les petites villes industrielles de la Lorraine sidérurgique ou du Nord-Pas-de-Calais. On imagine alors aisément que si la ferveur religieuse des Napolitains avait choqué les Marseillais, elle dut sembler encore plus étrange aux habitants du Nord- Est de la France, d'un tempérament plus réservé.

L'Église joua d'abord un rôle important pour préserver l'italianité des immigrés : en
effet, le gouvernement de Rome favorisa l'implantation d'un clergé missionnaire. Les

51 Pierre MILZA,Op.cit., p 125.

52 Ralph SCHOR, « Le facteur religieux et l'intégration des étrangers en France (1919-1 939), Vingtième siècle, revue d'Histoire, volume 7, numéro 7, p 103.

prêtres encadraient des structures d'accueil et d'assistance comme l'oeuvre Bonomelli créée en 1900 par l'évêque de Crémone.

Toutefois, les autorités ainsi que le patronat français y trouvèrent eux-aussi un intérêt :

"Les grandes entreprises payaient souvent le voyage de l'aumônier depuis son pays d'origine jusqu'en France, elles construisaient des églises et des presbytères, rétribuaient les prr~ tres (...) Cette bienveillance n'était pas dépourvue d'arrière-pensées. Les employeurs avaient compris que le maintien des traditions religieuses garantissait la stabilité de la maind'f uvre et le calme social"53.

· Un facteur de rapprochement :

S'il était important de souligner les limites du rôle de la religion dans l'intégration, il n'en reste pas moins qu'elle a souvent favorisé les contacts entre français et immigrés et qu'elle a favorisé leur insertion dans les zones rurales.

"Il est clair qu'avec le temps les contacts établis au sein du milieu paroissial ont favorisé l'insertion des Transalpins. Pour les enfants l'enseignement du catéchisme (...) les activité reliées à l'église locale ont accéléré et complété le rôle assimilateur de l'école. Non sans quelques bavures identiques à celles qui ont été constatées pour l'institution scolaire (...) mais globalement l'institution et la pratique religieuses ont plutôt favorisé l'intégration des migrants, là où [ils] se trouvaient en présence, non d'un prolétariat déchristianisé, mais d'importantes communautés catholiques"54

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