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Rôle des langues dans la construction de l'identité des immigrés italiens et de leurs descendants


par Sylvie ROBERT
Université Stendhal Grenoble 3 - Master 1 Français Langue Etrangère 2009
  

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C- Le sport

Comme nous l'avons vu précédemment, les immigrés italiens de la 1ère génération s'attiraient souvent l'hostilité des Français à cause de leur ardeur au travail. Ils ne s'octroyaient pas de loisirs, leur priorité étant de faire vivre leur famille et d'envoyer un peu d'argent en Italie, à leurs parents restés au pays. Mais dans les années 30, la diminution du temps de travail et l'instauration du repos dominical, laisse un peu de temps libre aux ouvriers pour s'adonner à une activité sportive.

· un frein à l'intégration :

Le sport a d'abord été utilisé par les missions catholiques et par les autorités
italiennes qui cherchaient à préserver l'italianité des immigrés. Certaines

53 Ralph SCHOR, « le facteur religieux et l'intégration en France (1919-1939),Vingtième siècle, revue d'Histoire, 1985, volume7, numéro 7, p 107.

54 Pierre MILZA, Op.cit, p 403.

associations, subventionnées par le gouvernement italien, visaient à freiner l'assimilation des immigrés à la société française, en limitant les échanges avec les autochtones : ainsi les équipes de football ne comportaient, dans un premier temps, que des joueurs italiens et la compétition créée par l'Union Vélocipédique italienne était réservée exclusivement aux Italiens.

? Le sport, un terrain d'égalité :

Cependant, peu à peu, le sport a rapproché Italiens et Français, surtout les enfants, car dans ce domaine, ils étaient enfin sur un pied d'égalité :

"L'espace réservé au sport est celui où l'enfant d'immigré se trouve en totale égalité avec les petits Français. En effet, si les « Ritals » peuvent avoir des difficultés dans les matières intellectuelles, pour des raisons bien compréhensibles, ils ne rencontrent dans les activités sportives, aucune barrière du mr me ordre. Pas à l'aise en classe, ils deviennent la coqueluche des cours de récréation. Le sport leur permet de renverser les valeurs et de faire preuve de leurs qualités."55

C'est à l'école que les enfants commencent à s'initier au sport, mais la rue devient rapidement leur terrain de jeu favori. Les enfants d'immigrés oublient ainsi leurs dures conditions de vie et affrontent les petits Français dans des matchs France- Italie qui marquent un premier pas vers l'intégration. Le plus important pour les enfants, c'est de jouer, la nationalité de l'adversaire ou du coéquipier importe peu. Ce qui compte, ce sont les qualités sportives.

Dans une interview, Michel Platini souligne l'importance du football dans la vie des jeunes enfants d'immigrés :

"Le foot a toujours été un lieu privilégié dans les quartiers populaires. À mon époque, les immigrés étaient italiens. Nous vivions la mrme chose qu'aujourd'hui. Mon père s'est occupé du club de J uf pendant 30 ans, à une époque où ce n'était pas facile. Avec les Ritals et ce côté un peu difficile de l'intégration. Le foot n'a jamais cessé d'aider les jeunes à se trouver des passions pour qu'ils vivent mieux leur vie "56.

55 Ibidem p 150.

56 Michel PLATINI, interview, L'Humanité, 9 décembre 2005.


· Les sports pratiqués par les ouvriers italiens :

Les Italiens pratiquent différents sports (marche, natation, boxe, lutte, catch), mais leur préférence va généralement au football et au cyclisme, domaines dans lesquels certains d'entre eux s'illustreront brillamment.

D'après un témoignage recueilli par Nicolas Violle57 le sport pratiqué est lié à l'activité professionnelle :

" D'après M. To., les menuisiers du faubourg Saint-Antoine à Paris XIIe, faisaient plutôt du cyclisme ; les maçons, plZtriers, terrassiers, carreleurs, m an uvres... du football ; et les chauffeurs de taxi (Valdôtains pour la plupart des Italiens de cette profession) plutôt de la marche ou de la course".

Après la victoire du Front Populaire en 1936, qui accorde quinze jours de congés payés aux ouvriers, le cyclisme connaît un véritable succès : la bicyclette permet de se déplacer rapidement, de se promener, on peut l'utiliser en ville ou à la campagne et elle symbolise la réussite des ouvriers immigrés. Le tour de France créé en 1903 et très médiatisé rend le cyclisme encore plus populaire.

Entre les deux-guerres, le sport pénètre les milieux ouvriers. Les patrons encouragent la pratique du football, qui permet de rapprocher les ouvriers, de développer leur sens du travail en équipe et surtout de les éloigner du syndicalisme :

"Le football requiert une bonne compréhension des règles simples, un véritable esprit d'équipe, et confirme chaque joueur dans un rôle précis, profitable au travail de toute l'équipe dans la recherche d'un but commun : la victoire. (...). Le patron préfère savoir ses ouvriers au stade plutôt qu'à la réunion du parti ou du syndicat. Il apparaît aussi comme un bon vecteur pour calmer les tensions sociales."


· L'influence positive du sport sur l'image des immigrés :

La renommée des joueurs d'origine italienne qui excellent dans le football français (Roger Piantoni, Pierre Repellini, Michel Platini...) joue un rôle important dans l'intégration :

"L'évocation répétée de leurs patronymes, liée à celle de leurs performances va créer une accoutumance à ces noms à consonance étrangère (...) ils deviennent familiers, puis reconnus comme ceux des membres de l'équipe qu'on supporte (...) si l'origine étrangère ne s'estompe pas complètement, l'attachement à l'équipe de son c ur, que ce soit un club ou une équipe nationale, est suffisamment fort pour qu'elle s'estompe et que l'effet produit rejaillisse sur l'ensemble des attitudes vis-à-vis de la population de même origine."58

57 Nicolas VIOLLE, « Le rôle du sport pour l'intégration des Italiens en France » dans Babel n°11, textes réunis par Isabelle FELICI dans Regards culturels sur les phénomènes migratoires, Université Toulon-Var, 2005, p 144.

58 Nicolas VIOLLE, Op.cit. p 157.

En faisant l'éloge de ces champions, la presse, contribue à changer l'image des immigrés italiens, "désormais moins autres qu'avant, [qui] apparaissent comme les cousins transalpins, plus tout à fait étrangers 59".

Le succès retentissant du Tour de France est dû en grande partie à sa médiatisation : on peut suivre les exploits des coureurs dans la presse, à la télévision mais aussi en direct à la radio ! Les journalistes font des vainqueurs de véritables héros :

"Après la guerre, mon c ur s'est rallié à Fausto Coppi. Sur un lit, à l'Hôpital de Bicr tre, j'ai suivi son Tour royal de 1952 ! Tous les malades s'arrr taient presque de souffrir pendant le reportage de Georges Briquet. Fausto gagnait contre la montre (...) Les Français l'avaient adopté. Tous les mauvais souvenirs de la guerre, de Mussolini, des vilains ritals alliés aux Fritz, étaient effacés grâce à Fausto. Rien que pour cela il devrait bien avoir sa rue dans toutes les villes de France."

Les Italiens qui sont arrivés en France après les années 50, ont bénéficié de cette revalorisation de leur image.

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