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La contrebande de voitures volées entre la Gabon, le Cameroun et la Guinée-Equatoriale: essai sur une activité criminelle transfrontalière en Afrique centrale

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par Bruno MVE EBANG
Université Omar Bongo - Maitrise 2009
  

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Chapitre II- Les acteurs de la contrebande de voitures et leurs stratégies

Section 1- Typologie des acteurs

La contrebande de voitures volées est principalement l'oeuvre de réseaux du crime organisé, car elle nécessite une ou des méthodes ayant plusieurs étapes bien distinctes et, de ce fait, requérant un savoir-faire pointu des différents maillons de la chaîne.

1.1 Les réseaux criminels organisés

Le crime organisé est « le fait d'organisations composées de plusieurs personnes respectant les ordres d'une hiérarchie, où les règles sont basées sur un certain code d'honneur, pour faire des profits illicites par des méthodes et des domaines prohibés »81(*). En effet, nous remarquons qu'au Gabon, la plupart des arrestations concernent des groupes de personnes opérant dans la contrebande de voitures volées entre les trois pays à l'étude. Ce fait démontre que ce sont les réseaux criminels organisés qui font le gros des acteurs de cette activité. Pour la seule année 2008, 8 réseaux criminels ont été appréhendés par les services de la police judiciaire de Libreville en collaboration avec ceux de l'intérieur du pays82(*).

Ces groupes sont constitués des personnes de différentes nationalités ; ce qui facilite l'activité. En effet, lorsque la voiture traverse la frontière d'un État donné, le relais dans le transport de la voiture se fait par un acteur du réseau de la nationalité de ce pays. Quand on regarde dans le détail, les personnes appréhendées par les services de police pour avoir participé à ce crime, nous remarquons que sur les 42 individus arrêtés à Libreville ces cinq dernières années, on retrouve principalement des Équato-guinéens, des Camerounais, des Nigérians, des Gabonais et des Libanais. Il faut savoir que pour que tout le processus de contrebande fonctionne, le réseau doit être composé d'acteurs de la nationalité ou de l'ethnie frontalière du ou des pays récepteurs. Ces trafiquants nouent de bonnes relations avec les populations autochtones ou les services de sécurité des régions frontalières dans le but de faciliter le processus de franchissement de la frontière83(*).

Graphique 3- Nationalités des personnes appréhendées pour contrebande de voitures volées

Source : Données statistiques 2008, État-major des Forces de Police d'Interventions Judiciaires, Libreville

Ce graphique nous montre la forte implication des Camerounais et des Équato-guinéens. Ce fait démontre que ces voitures gabonaises, qui sont pour la plupart des hauts de gammes, attirent les réseaux criminels de ces pays qui les volent pour aller les revendre dans leurs pays. On est tout de même étonné de constater une implication, bien que minime, des Libanais dans cette activité. En effet, la plupart des propriétaires des concessions automobiles d'occasions du Gabon appartiennent aux libanais. Cette implication démontre à suffisance que les voitures vendues par ces derniers proviennent d'un marché illégal car les factures souvent présentées par ces derniers aux services des douanes du Gabon sont souvent entachées de fraudes84(*).

Tableau n°4- Structures par âge des contrebandiers appréhendés en 2008

Ages

Gabonais

Équato-guinéens

Camerounais

Nigérians

Libanais

Total

20-30

3

2

-

-

-

5

30-40

5

2

7

6

2

22

40-50

4

5

5

1

-

15

50 et +

-

-

1

-

-

1

Source : Données statistiques 2008, État-major des Forces de Police d'Interventions Judiciaires, Libreville.

De manière générale, on constate que l'âge des contrebandiers varie entre 20 et 50 ans. La première tranche d'ages est constituée de criminels relativement jeunes. Or, on sait que « les groupes organisés de vol et exportations de voitures recrutent les jeunes pour voler les voitures, pour protéger les hautes sphères de leurs réseaux de voleurs professionnels »85(*). En effet, ces réseaux se fient au fait que le système judiciaire est moins rigide avec les jeunes ce qui n'est pas le cas ici car les acteurs de cette tranche d'âges sont tous majeurs. Dans la majorité des cas, les jeunes ne connaissent les véritables membres du réseau que par leurs pseudonymes, ce qui réduit les risques pour les « grandes têtes » du réseau si les jeunes voleurs appréhendés étaient tentés de les dénoncer.

Dans ce trafic, on note aussi la présence d'acteurs âgés de 30 à 40 ans qui constituent le plus grand nombre d'appréhendés (22) puis ceux âgés de 40 à 50 ans (15) et enfin un homme âgé de plus de 50 ans. La présence de ces personnes adultes justifie de la forte hausse du chômage et la pauvreté que connaissent le Gabon, le Cameroun et Guinée-Équatoriale.

1.2 Les autres types d'acteurs

A part les réseaux criminels organisés, les autres acteurs sont très peu nombreux. En effet, les acteurs essayant de faire la même activité sont essentiellement des personnes voulant d'escroquer leur société d'assurance. En effet, ces personnes font passer leurs voitures pour volées mais les revendent à des tiers, puis, suite au non aboutissement des différentes enquêtes liées à la recherche du véhicule, touchent l'indemnisation de manière illégale. Cette activité est particulièrement observable au Gabon86(*). Bien que ce mode soit peu développé, il est cependant entrain de prendre de l'ampleur.

Nous avons aussi l'abus de confiance des certains chauffeurs camerounais qui travaillent comme transporteurs, dans les communes de Bitam et d'Oyem, pour des gabonais puis au bout d'un moment font traverser les voitures au Cameroun et elles ne sont jamais retrouvées87(*).

Par ailleurs, on constate que de nombreux jeunes volent des voitures non à l'origine pour les revendre, mais pour faire une virée : c'est le joy riding. Cette activité est de plus en plus répandue dans la sous-région. En effet, les jeunes ne volent pas la voiture dans le même but que les réseaux criminels organisés. On considère cela comme un « vol d'emprunt ». Ce qui signifie que les jeunes « empruntent » une voiture sur la voie publique puis vont s'amuser toute la nuit lors d'une sortie et ensuite la remettent à l'endroit trouvé mais rarement dans un bonne état mais il arrive qu'ensuite un véritable voleur d'un réseau arrive, trouve la voiture puis la subtilise et la voiture n'est plus retrouvée88(*). Ainsi, on constate que le joy riding peut participer au développement de la contrebande de voitures volées de manière indirecte.

* 81J. ZIEGLER, Les Seigneurs du crime : les nouvelles mafias contre la démocratie, L'histoire Immédiate, Seuil, 1998, p. 12.

* 82Données statistiques 2008, État-major des Forces de Police d'Interventions Judiciaires, p. 42.

* 83M. WALLACE, Op. Cit.

* 84L. NGOWET, Op. Cit.

* 85Traduit de l'anglais in P. TREMBLAY et Al., «Jockeys and joyriders-changing patterns in car theft opportunity structures», The british journal of criminology, vol. 34, Londres, 1994, 311.

* 86Gérard MOUSSIROU, Directeur Adjoint du service sinistre à NSIA GABON, entretien du 20/03/2009.

* 87L'adjudant chef major ASSOUMOU MVE Nicolas commandant du poste de gendarmerie mobile de la commune d'Oyem, entretien du 29/04/2009.

* 88http://dictionnaire.sensagent.com/JOYRIDING/fr-fr/.

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