WOW !! MUCH LOVE ! SO WORLD PEACE !
Fond bitcoin pour l'amélioration du site: 1memzGeKS7CB3ECNkzSn2qHwxU6NZoJ8o
  Dogecoin (tips/pourboires): DCLoo9Dd4qECqpMLurdgGnaoqbftj16Nvp


Home | Publier un mémoire | Une page au hasard

 > 

La contrebande de voitures volées entre la Gabon, le Cameroun et la Guinée-Equatoriale: essai sur une activité criminelle transfrontalière en Afrique centrale

( Télécharger le fichier original )
par Bruno MVE EBANG
Université Omar Bongo - Maitrise 2009
  

précédent sommaire suivant

Section 2- A propos du Cameroun et la Guinée-Équatoriale

2-1 Le Cameroun, un pays de destination finale et de transit

Au cours de l'année 2008, le Salaire Minimum Interprofessionnel Garanti (SMIG) du Cameroun a été revalorisé. Il est passé de 23.514 à 28.216 FCFA. Cela signifie que le salaire mensuel le plus bas payé en terre camerounaise, ne devrait pas aller en deçà de 28.000 F CFA 131(*). Comparé aux SMIG du Gabon (80 000 FCFA) et de la Guinée-Équatoriale (de 75.000 en 2002 à 90.000 FCFA en 2003132(*)), celui du Cameroun est assez faible. Ainsi, la décrépitude socio-économique de ce pays a favorisé l'émergence de criminels appelés « feymen »133(*) qui opèrent entre les trois pays134(*). Ces trafiquants ont favorisé la mise en place d'espaces de ventes de voitures volées aux Camerounais et aux Équato-guinéens, notamment dans la localité carrefour de Kyé-Ossi. En effet, « il existe un vaste trafic de voitures volées au Cameroun et au Gabon et vendues en Guinée-Équatoriale dans cette localité, et la police ne semble pas préoccupée par l'éradication de ce phénomène »135(*). Le Cameroun est un pays de vente et de transit de voitures volées principalement à destination de la Guinée-Équatoriale. L'opération Gbanda II136(*), menée conjointement avec les autres pays de la sous-région, a permit de démanteler des réseaux de trafic international de voitures volées. Ainsi, durant le mois de décembre 2008, la police camerounaise, en collaboration avec Interpol, a contrôlé plus de 10 000 voitures et 35 d'entre elles ont été déclarées volées, dont 17 à Douala et 18 à Yaoundé, et parmi elles 2 ont été volées au Cameroun, 7 au Gabon et le reste au Japon, en Belgique, en France, en Arabie- saoudite, en Norvège et en Pologne137(*).

Au marché de Kyé-Ossi, les voitures vendues sont pour la plupart volées. Ce sont des automobiles qui de premier abord servent au transport entre Kyé-Ossi - Meyo-Kyé, Kyé-Ossi - Ebibiyin et Kyé-Ossi - Ambam.

Au marché d'Akombang, à environ 1km de Kyé-Ossi sur la route d'Ambam, il y a un parking où les voitures sont en vente. Certaines de ces voitures possèdent encore des plaques gabonaises et portent l'affiche à vendre. De manière générale, les voitures sont en bon état et reluisantes. Cela s'explique par le fait qu'elles sont en permanence entretenues par des garagistes et des laveurs de voitures. Selon l'adjoint du commissaire d'arrondissement de Kyé-Ossi,  on ne peut dire avec certitude que les voitures vendues dans cette localité sont volées. Cependant, force est de constater qu'il n'est délivré aucun reçu ou autre document aux potentiels acheteurs de telle sorte qu'ils ne puissent aller se plaindre à personne s'il s'avérait que leurs voitures étaient appréhendées et constatées comme volées138(*). Ainsi, les plaintes en provenance de Libreville et de Yaoundé sont de plus en plus nombreuses. Le problème est aussi que les vendeurs ont déjà, la plupart de temps maquillé les voitures, modifié le numéro de châssis et possèdent tous les papiers des voitures. Cela montre bien que, comme au Gabon, les réseaux de vols de voitures ont noué des relations avec les administrations camerounaises qui délivrent ces documents officiels (carte grise par les gouvernorats, par exemple).

Ainsi, dans ce système de contrebande, le Cameroun est le principal point de vente et de transit mais aussi un pays de destination finale car des voitures y sont achetées. En effet, « les échanges transfrontaliers profitent plus au Cameroun qu'aux deux autres pays »139(*). Le dynamisme des contrebandiers camerounais et la faiblesse des coûts pratiqués par ces derniers font en sorte que la plupart des populations frontalières se rabattent vers ce pays pour acheter des voitures dont les prix d'origines leurs seraient inaccessibles.

Tableau n°7- Comparaison des prix de voitures d'occasion aux marchés de Kyé-Ossi et d'Akombang avec un concessionnaire automobile à Libreville.

Types de voitures

Marché de Kyé-Ossi et d'Akombang

Concessionnaire automobile à Libreville

Toyota Rav 4

800 000 à 1 200 000 FCFA

2 000 000 à 3 000 000 FCFA

Toyota Corrola 1992

800 000 à 1 200 000 FCFA

2 000 000 à 2 500 000 FCFA

Toyota Carina 3

1 000 000 à 1 800 000 FCFA

4 000 000 à 6 000 000 FCFA

Mercedes

2 000 000 à 3 000 000 FCFA

6 000 000 à 10 000 000 FCFA

Nissan patrol

3 000 000 à 4 000 000 FCA

8 000 000 à 15 000 000 FCFA

Source : enquête de terrain.

A l'analyse de ce tableau, nous constatons que les prix pratiqués par les espaces de ventes de voitures « aux origines suspectes » dans les marchés frontaliers (Kyé-Ossi et Akombang) rivalisent avec les concessionnaires de Libreville. Nous comprenons que les Équato-guinéens soient les principaux clients et peuvent de fait acquérir les mêmes voitures que les Gabonais mais à des coûts totalement différents. Cet état de fait à une justification toute simple. En effet, même si les Équato-guinéens connaissent une amélioration de leur conditions de vie, force est de constater que la plupart d'entre eux ne sont pas encore capables d'acquérir des automobiles à des coûts allant au-delà de 20 000 000 FCFA comme en sont capables plusieurs Gabonais. En outre, la proximité frontalière par rapport à Guinée-Équatoriale, des marchés frontaliers de Kyé-Ossi et Akombang, favorise encore plus l'arrivée de potentiels acheteurs en provenance de ce pays.

Planche n°4- Les espaces de ventes voitures volées à Kyé-Ossi et Akombang (Cameroun)

Après le rond-point de la localité camerounaise de Kyé-Ossi, se situe le principal espace de vente de voitures volées de part et d'autre de la chaussée. Garées juste avant le pont de ladite localité qui la sépare avec le marché Akombang, des Toyota (Berlines, grosses cylindrées, etc.), des Mercedes... sont destinées à la vente à des prix dérisoires.

Cliché Bruno MVÉ EBANG, Avril 2009.

Voici une voiture immatriculée au Gabon, exposée à la vente au point de vente de voitures de Kyé-Ossi. On voit bien la couleur de la plaque gabonaise et sur le pare-brise arrière, il y a une affiche marquée voiture en vente. Une preuve de vol et d'exportation de voiture du Gabon vers le Cameroun destinée à la vente.

Cliché Bruno MVÉ EBANG, Avril 2009.

Tout au fond du marché d'Akombang, se situe un parking où sont garées des voitures, sans plaques d'immatriculations, destinées à la vente. On voit bien qu'il existe avec ce point de vente et celui de Kyé-Ossi un marché transfrontalier de voitures volées entre nos trois pays à l'étude.

Cliché Bruno MVÉ EBANG, Avril 2009.

 

Clichés Bruno MVÉ EBANG.

Schéma n° 3- Espaces de ventes de voitures volées au marché de Kyé-Ossi

Source : BENNAFLA (K.), 2002, Op.Cit, P.82, croquis modifié et actualisé.

* 131Y. ATANGA, « Petits salaires : entre SMIG et réalités », Cameroun Tribune, 4/07/2008, http://www.cameroon-info.net.

* 132http://www.panapress.com/paysindexlat.asp?codepays=fre017&page=28.

* 133De « Feymania », c'est une escroquerie à grande échelle pratiquée par des professionnels, qui combine à la fois le blanchiment d'argent, le faux monnayage et d'autres formes de crimes tels que le vol et l'exportation de voitures volées ; Sous d'autres cieux, elle est connue sous le nom de « gangstérisme international ». Le caractère spécial de cette infraction réside dans le quasi impossibilité de poursuivre et de condamner ses auteurs ou « feymen », qui, souvent, bénéficient du mutisme de leurs victimes.

* 134W. MVONO ELA, Op. Cit.

* 135D. NOUWOU, « Cameroun-Véhicules : la filière équato-guinéenne », La nouvelle expression, 15/09/2008, http://www.bonaberi.com.

* 136Gbanda en langue Sango de la Centrafrique signifie «  Filet ».

* 137C. YEMELONG, « Trafic : 35 voitures volées et retrouvées », http://www.camerounlink.net/fr.

* 138Entretien le 21/04/2009 avec l'Adjudant chef major Nicolas YELEM, commissaire adjoint du commissariat de police de Kyé-Ossi. En effet, on entend des vendeurs dire « après on ne se connaît pas » ou encore « il n'y a pas de reçu, si tu ne veux pas tu laisses », etc.

* 139P. NGUEMA ENGO, Le département du Ntem (dans le Nord Gabon) et la vie relationnelle avec les pays voisins du Cameroun et de la Guinée-Équatoriale, « la pauvreté », Revue semestrielle de l'IRSH, n°9-10, Libreville, 2006, p.220.

précédent sommaire suivant







9Impact, le film from Onalukusu Luambo on Vimeo.



BOSKELYWOOD from Ona Luambo on Vimeo.