Paragraphe II : Dispositif de régulation des
interactions institutionnelles
L'on ambitionne sous cette fenêtre présenter les
instruments autres que ceux qui ressortent du juridisme, que le parlement
utilise pour effectuer le contrôle des politiques publiques. Ainsi, l'on
évoque la collaboration avec certaines institutions (A) ainsi que la
collaboration avec les experts (B).
A- Un dispositif de collaboration entre institutions : la
navette parlementaire et l'assistance du pouvoir judiciaire
Le pouvoir législatif est exercé par le
Parlement qui comprend deux chambres que sont l'Assemblée Nationale et
le SENAT, et ce parlement a pour mission de légiférer, de
contrôler l'action du Gouvernement. Il se réunit aux mêmes
dates152. On est tenté de croire qu'avec la création
du SENAT qui doit son existence matérielle à l'élection de
soixante-dix (70) sénateurs le 14 avril 2013, la nomination de trente
(30) autres par le Président de la République le 08 mai 2013
ainsi que l'adoption par cette nouvelle institution de son règlement
intérieur lors de la session de plein droit du 14 mai 2013 au 12 juin
2013, le constituant camerounais a instauré de façon sibylline
une sorte de collaboration qui aisément se traduit par la « navette
parlementaire » bien que ce terme n'ait pas été
expressément inscrit dans la constitution. Elle désigne la
succession de la transmission d'un Projet de loi ou d'une Proposition entre les
deux assemblées du parlement jusqu'à ce qu'elles soient mises
d'accord sur un texte. C'est le « va-
151Id, p. 24
152V. Art 14, de la loi n°96/06 du 18 janvier
1996 Portant révision de la Constitution du 02 juin 1972,
modifiée et complétée par la loi n°2008/001 du 14
avril 2008
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Le Contrôle Parlementaire des Politiques Publiques au
Cameroun : Cas du Sous-secteur Eau et Energie
et-vient » entre les chambres, d'un Projet ou d'une
Proposition de loi sur lequel subsiste un désaccord jusqu'à ce
que ce texte soit voté en termes identiques par les deux
chambres153 . Il est important de noter que la navette parlementaire
dont on fait allusion ici concerne spécifiquement l'examen de la loi
étant donné que le constituant n'a pas prévu une navette
parlementaire en rapport avec l'activité de contrôle du
Gouvernement. Dans la pratique, cette collaboration se traduit par le fait que
les textes adoptés par l'Assemblée Nationales sont aussitôt
transmis au président du SENAT par son homologue de l'Assemblée
Nationale, puis le Président du Sénat, dès
réception des textes transmis par le Président de
l'Assemblée Nationale, les soumet à la délibération
du Sénat. Dans un délai plus ou moins bref, le SENAT peut soit
adopter le texte : Dans ce cas, le Président du Sénat retourne le
texte adopté au Président le l'Assemblée Nationale qui le
transmet dans les quarante-huit (48) heures au Président de la
République aux fins de promulgation ; soit apporter des amendements au
texte : dans ce cas les les amendements, pour être retenus, doivent
être approuvés à la majorité simple des
Sénateurs. Le texte amendé est retourné à
l'Assemblée Nationale par le Président du Sénat pour un
nouvel examen. Les amendements proposés par le Sénat sont
adoptés ou rejetés à la majorité simple des
Députés. Le texte adopté définitivement est
transmis par le Président de l'Assemblée Nationale au
Président de la République pour promulgation. Si le texte fait
l'objet d'un rejet intégral ou partiel, ce rejet doit être
approuvé à la majorité absolue des Sénateurs. Dans
ce cas, le texte en cause, accompagné de l'exposé des motifs du
rejet, est retourné par le Président du Sénat à
l'Assemblée Nationale, pour un nouvel examen. Ainsi l'Assemblée
Nationale adopte le texte à la majorité absolue de
Députés puis transmis au Président de la République
pour promulgation. Toutefois, en cas d'absence de majorité absolue, le
Président de la République peut provoquer la réunion d'une
Commission mixte paritaire chargée de proposer un texte commun sur les
dispositions rejetées par le Sénat et au cas où la
Commission mixte paritaire ne parvient pas à l'adoption du texte commun
ou si ce texte n'est pas adopté par l'une et l'autre Chambre, le
Président de la République peut : soit demander à
l'Assemblée Nationale de statuer définitivement. Soit
déclarer caduque le projet ou la proposition de loi154.
Aussi, « le réseau parlementaire est un mécanisme
informel et parallèle de contrôle des politiques publiques. Il est
établi par thématique et créé par décision
du PAN. C'est une sorte de collaboration qui permet à l'Assemblée
Nationale de faire une sorte de soft-power parlementaire. Elle donne
lieu
153 Idrys Sorel KAMO TIEKWE, « La navette parlementaire
au Cameroun », mémoire de master II en droit public,
Université de Douala, 2013-2014 p.6
154V. Art 30 de la loi n°96/06 du 18 janvier
1996 Portant révision de la Constitution du 02 juin 1972,
modifiée et complétée par la loi n°2008/001 du 14
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Le Contrôle Parlementaire des Politiques Publiques au
Cameroun : Cas du Sous-secteur Eau et Energie
parfois à des débats très
intéressants aboutissant à des suggestions faites à
l'endroit de la sectorielle concernée. Le Ministre interpellé n'a
aucune obligation à en tenir compte »155.
L'assistance du pouvoir judiciaire, mieux sa collaboration
avec le Parlement par le biais de la Chambre des comptes de la Cour
suprême pour ne prendre que ce cas spécifique qui sied à
cet argumentaire, est « au coeur de la revalorisation du
contrôle parlementaire »156, en ce sens que le
constituant a donné la compétence à la Cour des comptes,
afin de pouvoir contrôler et statuer sur les comptes publics et ceux des
entreprises publiques et parapubliques. Elle statue souverainement sur les
décisions rendues en dernier ressort par les juridictions
inférieures des comptes. Elle connait de toute autre matière qui
lui est expressément attribuée par la loi157. En ce
sens, le Parlement a donc le loisir de s'appuyer sur la juridiction des comptes
pour l'exercice du contrôle parlementaire. Dès lors, les
commissions parlementaires en charge des questions des finances peuvent
demander à la juridiction des comptes la réalisation de toute
enquête sur la gestion des services (Ministère de l'Eau et de
l'Energie ...) ou organisme (Camwater, EDC, SCDP ...) qu'elle
contrôle158. Dans la pratique, le Ministère de l'Eau et
de l'Energie (MINEE) en rapport avec la gestion de son programme 442
intitulé : « Accès à l'énergie »
a fait l'objet d'un audit par la Chambre des Comptes de la Cour Suprême
pour l'exercice allant de l'année 2017 à 2021 et aux termes de ce
dernier, la Chambre suscitée a fait ressortir d'une part que : «
si la gestion matérielle et financière de ce programme est
appréciable en raison du respect du principe d'exécution du
budget et d'un recours marginal aux procédures dérogatoires, le
pilotage de ce programme a laissé entrevoir quelques faiblesses,
principalement l'absence de cohérence ou de synergie entre les
différents acteurs intervenant dans la chaîne d'exécution
des projets d'électrification (...). En termes de dotation
budgétaire, le programme 422 a consommé 171,2 milliards de FCFA
de crédit en 5 exercices, soit une moyenne de 34,2 milliards de CFA par
an, ce qui représente 17,9? des dépenses du MINEE. Cependant,
aucun crédit n'a financé l'action 3 (développement de
l'accès aux produits pétroliers et du gaz), qui a
été en réalité prise en charge de façon
massive pas d'autres organismes, notamment la CSPH »159 et
d'autre part que « la production des centrales solaires progresse dans
un contexte où la part globale des énergies renouvelables dans le
mix énergétique reste faible ; les subventions visant
à
155Entretien avec l'Honorable Cabral LIBI LI NGU
NGUE, relativement au guide d'entretien soumis dans le cadre du présent
travail (Siège du PCRN, Yaoundé, lundi 23 juin 2025 à
18H53)
156Pascal Jean, « le Parlement et la Cour des
comptes », Pouvoirs-Revue française d'études
constitutionnelles et politiques, 2013, le renouveau du Parlement,146,
p.113
157V.Art 41 de la loi n°96/06 du 18 janvier
1996 Portant révision de la Constitution du 02 juin 1972,
modifiée et complétée par la loi n°2008/001 du 14
avril 2008
158V. Art 85(9) Loi N°2018 012 du 11 Juillet 2018
portant Régime Financier de l'Etat et des autres entités.
159Cf Examen de la gestion du Ministère de l'Eau et de
l'Energie, Exercice 2017-2021
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Le Contrôle Parlementaire des Politiques Publiques au
Cameroun : Cas du Sous-secteur Eau et Energie
promouvoir l'accès à l'énergie, qui
ne font pas partie du programme 422, ont pesé sur le budget de l'Etat
à hauteur de 670,9 milliards de FCFA entre 2017 et 2021 ; des
compensations opérées du fait de l'augmentation des moins
perçus sur produits pétroliers ;et le rapport de performance du
programme 422 et ses indicateurs de performance doivent être
remaniés »160. Elle y a adjoint des conclusions
à titre de recommandations qui peuvent fournir des
éléments au Parlement dans sa mission de contrôle des
politiques publiques dans le Sous-secteur Eau et Energie.
Le Parlement peut également et en tant que de besoin
peut recourir aux autres acteurs de la société (B).
B- Un dispositif de collaboration entre les acteurs de la
société
Les problématiques liés à la fourniture
de l'énergie électrique, l'approvisionnement en eau potable, en
produit pétroliers et gaziers sont des domaines qui font couler beaucoup
d'encre et de salive, surtout lorsque des difficultés surgissent dans le
Sous-secteur. En effet, si 'objectif du Parlement est de donner est de
vulgariser son action dans le contrôle parlementaire des politiques
publiques, il est de bon aloi que cette institution puisse nouer des relations
avec les médias ou encore les acteurs de la société
civile.
Considérés comme étant le
quatrième pouvoir, les médias sont des canaux et acteurs
importants dans la vulgarisation de certaines informations et même dans
la sensibilisation de l'opinion public. S'ils sont « souvent
évoqués dans les travaux des politiques publiques, ils sont
rarement au centre de l'analyse. Leur rôle est souvent décrit
comme celui d'un acteur des processus décisionnels, pesant sur la liste
des problèmes pris en charge par les pouvoirs publiques ou sur les
options politiques »161. Les catastrophes162
intervenues dans la fourniture en eau potable de Yaoundé a fortement
intéressé les médias163 autant publics que
privés au regard de l'engouement qui les caractérisent à
ce niveau. Les médias par leur capacité de recouvrement et de
diffusion d'informations ont fini par amener le Parlement à collaborer
avec eux dans le but de donner une visibilité leurs actions, en
occurrence, les questions orales et écrites, les débats en
commission, pour n'évoquer que ces cas. En d'autres termes, si le
désir vient au Parlement d'informer l'opinion nationale ou
internationale sur ses actions dans le domaine du contrôle des politiques
publiques dans le Sous-secteur Eau et Energie, celui-ci
160Id
161Laurie BOUSSAGUET, Dictionnaire des
politiques publiques, 5ème édition, SciencesPo
Les presses, 2019, p. 298
162Le 27 janvier 2025, une conduite d'eau (DN 800) de
la Camwater a violemment explosé au quartier Ngousso
163Ernest UNGUREANU, « l'influence sociale des médias.
Village médiatique, marchandise culturelle et souveraineté de la
communication au Quebec », In Cahiers de recherche sociologique,
n 23, 1994, pp.1-11
MÉMOIRE RÉDIGÉ ET
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Le Contrôle Parlementaire des Politiques Publiques au
Cameroun : Cas du Sous-secteur Eau et Energie
devra se rapprocher des médias qu'il juge
nécessaires et crédibles pour l'atteinte de cet objectif. L'on
peut dire que le rapprochement dont il est fait allusion ici se structure
à la fois au niveau de la couverture de évènements
organisés par le Parlement, mais aussi à travers la participation
des parlementaires aux émissions radiophoniques et
télévisuelles organisées par les médias dont la
ligne éditoriale corrobore avec les actions du Parlement. De plus, le
statut de « contrepouvoir »164 que
détiennent les médias dans la société interpelle
à plus d'un titre le Parlement dans sa mission
interventionniste165. On peut constater pour soutenir cet
argumentaire, davantage de présence des médias lors des sessions
parlementaires, dont le rôle est d'informer l'opinion sur ce qui se passe
au sein de la chambre basse.
Grace à leur capacité d'action166,
les organisations de la société civile font l'objet d'une
attention particulière de la part du Parlement. La capacité de
mobilisation de ces organisations de la société civile en faveur
de la défense d'une cause est un atout que le Parlement pourrait
utiliser afin de vulgariser son action dans le contrôle des politiques
publiques du Sous-secteur Eau et Energie.
Après la suppression des micros projets, la formule qui
a été retenue est de transformer ces derniers en droit de tirage,
de telles sorte que les Députés aient la possibilité de
tirer sur des lignes ou dans le cadre d'un programme qui comprend
l'étude ou la réalisation de certains projets éligibles
dans quatre (04) secteurs que sont : l'hydraulique, la santé,
l'éducation ; les arts et la culture. Car on estimait que la maturation
des projets amène le Député à entretenir un lien
social avec sa circonscription politique, toute chose qui explique et renforce
la collaboration entre le mandataire qu'est le peuple et le mandant qu'est le
Député167.
Pour conclure, le contrôle parlementaire des politiques
publiques appréhendé comme un instrument d'action a permis de
considérer ce contrôle comme un moyen à la disposition du
parlement pour agir dans le domaine des politiques publiques. Pour se faire, le
parlement mobilise des dynamiques qui sont d'une part de nature contraignantes
manifestées par la motion de censure et la question de confiance.
D'autre part, des dynamiques de nature non contraignantes telles que le
contrôle par les commissions, les questions écrites et les
questions orales sont également mobilisées. S'ajoute à cet
arsenal qui contribue au contrôle parlementaire des politiques publiques,
des instrument textuels à l'instar de la constitution et du
règlement
164David KESSLER, « les médias sont-ils un
pouvoir ? in Pouvoir, n 143, 2012, pp.105-112
165Bernard DANGLA, Jean GUILHAUMAUD, « comment
le rôle du parlement s'est-il affaibli ? » in Paysans et
société, n 377, 2019, pp 38-45
166Jean Marie FARDEAU, « le rôle de la
société civile » in revue projet, n 354, 2016, pp.68-72
167Entretien avec l'Honorable Engelbert ESSOMBA
BENGONO relativement au guide d'entretien soumis dans le cadre du
présent travail de recherche. Hôtel des Députés,
lundi 02 juin 2025 à 10H45
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Le Contrôle Parlementaire des Politiques Publiques au
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intérieur des chambres du Parlement ; des instruments
non textuels, notamment des usages et pratiques qui sont acceptées par
convenance. Ces pratiques répétées ne peuvent cependant
pas acquérir une force obligatoire ; elles ne peuvent par
conséquent pas faire jurisprudence, puisque le juge n'intervient pas
pour les constater. L'on s'est aperçu également que plusieurs
autres instruments actionnels permettent au Parlement de pouvoir davantage
contrôler les politiques publiques, en occurrence la collaboration avec
certaines institutions et acteurs de la société. Toutefois,
« le contrôle parlementaire pour l'heure est inefficace, il est
dans une certaine mesure inopérant car les objectifs assignés
audit contrôle sont de s'assurer de la régularité de ce qui
est contrôlé, de s'assurer que les objectifs assignés
à l'activité sont atteints. Ensuite, le contrôle doit
être assorti lorsque des irrégularités et anomalies ont
été observées, de sanctions ou de réparations
»168. « Tous ces mécanismes de
contrôle se heurtent aux pesanteurs et obstacles d'ordre politique
»169. En somme, ne conviendrait-il pas de questionner
l'influence du contrôle parlementaire ?
168Entretien avec l'Honorable Cabral LIBI LI NGUE
NGUE, relativement au guide d'entretien soumis dans le
cadre du présent travail de recherche. Siège du
PCRN, Yaoundé, lundi 23 juin 2025 à 18H53 169 Id

CHAPITRE II : LE CONTRÔLE PARLEMENTAIRE
DES POLITIQUES PUBLIQUES COMME INSTRUMENT D'INFLUENCE RÉCIPROQUE
DE LA DÉFINITION DES POLITIQUES PUBLIQUES
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Le Contrôle Parlementaire des Politiques Publiques au
Cameroun : Cas du Sous-secteur Eau et Energie
Dans la mise en jeu du contrôle parlementaire des
politiques publiques, jaillit une logique d'influence qui se matérialise
par un rapport d'influence réciproque du Parlement sur le Gouvernement
(Section I) et du Gouvernement sur le Parlement
(Section II).
Section I : Le contrôle parlementaire : un cadre
de performance et performatif d'influence sur le Gouvernement
L'influence du Parlement sur le Gouvernement trouve sa chape
de plomb au travers d'une légitimation textuelle (paragraphe I) et se
concrétise par une pratique (paragraphe II)
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