F- Le cadre théorique
Se référant à Jocelyn Le TOURNEAU, qui
estime que le « plus talentueux des chercheurs risque de demeurer
toute sa vie dans l'ombre s'il ne sait pas communiquer ses connaissances sous
une forme qui capte l'attention de ses collègues et séduit la
communauté élargie des scientifiques », la
théorie est donc cet élément indispensable qui permettra
de mieux transmettre le message que l'on a mais aussi de traiter convenablement
de la problématique précédemment évoquée.
Pour se faire, serons mobilisés dans le cadre de ce travail
l'interactionnisme (1) et le néo-institutionnalisme (2).
1- L'interactionnisme
L'interactionnisme est une grille d'analyse qui permet
d'après Jacques LAGROYE de : « comprendre et de vérifier
quel type de relation relie diverses unités sociales et structure les
rapports que ces unités entretiennent »108.
Héritier de l'école de Chicago, l'interactionnisme est un courant
de pensée qui s'est développé aux Etats-Unis au cours des
années 1960, en opposition au fonctionnalisme qui dominait alors la
sociologie américaine. Il existe deux versants de l'interactionnisme,
notamment l'interactionnisme symbolique et l'interactionnisme
stratégique.
Également développé aux Etats-Unis,
l'interactionnisme symbolique est un courant de pensée qui repose sur
l'idée selon laquelle la société est un produit des
interactions entre les individus. Ervin GOFFMAN qualifie cela de «
société face à face »109. Il
s'agit des interactions entre les individus à l'intérieur d'un
groupe social. L'interaction s'appréhende également comme un
ordre négocié, temporaire, fragile, qui doit être
reconstruit en permanence. Dans le cadre de ce travail, l'interactionnisme dans
sa dimension symbolique permettra d'interpréter les comportements et
attitude de certains parlementaires pendant le durant les sessions
parlementaires en général et spécifiquement lors des
processus de contrôle parlementaire des politiques publiques.
L'interactionnisme stratégique quant à lui
s'appuie essentiellement sur le paradigme de la théorie des
organisations proposée par Michel CROZIER et Erhard FREIBERG. C'est
l'analyse du comportement des acteurs donnés comme stratégique.
Selon CROZIER et FREIBERG, dans cette analyse « l'acteur est celui
dont le comportement contribue à structurer un champ,
c'est-à-dire à construire des régulations
»110. L'interactionnisme stratégique est
108Jacques LAGROYE, Sociologie politique,
Paris, Presses de Sciences po et Dalloz, 1997, p.513
109L'interactionnisme symbolique d'Ervin GOFFMAN (le
résumé de sa pensée) dans l'ouvrage de Philippe CORCUFF,
Les nouvelles sociologies, Paris, Nathan, 1995, p.126
110Michel CROZIER et Erhard FRIEDBERG, l'Acteur et
le système, Paris, Seuil, 1977, p.436
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Le Contrôle Parlementaire des Politiques Publiques au
Cameroun : Cas du Sous-secteur Eau et Energie
l'ensemble des interactions dans la société
où les échanges entre les acteurs sont guidés par les
stratégies mobilisées par chacun des acteurs pour parvenir
à des fins biens pensés.
Appliqué au présent objet d'étude,
l'interactionnisme stratégique permettra de rendre compte de la
capacité du Parlement à participer au contrôle des
politiques publiques au Cameroun, en présentant non seulement les
mécanismes parlementaires y afférents, mais aussi les goulots
d'étranglements que rencontre l'institution parlementaire dans la mise
en oeuvre de cette mission qui lui est constitutionnellement
consacrée.
2- Le néo-institutionnalisme
Le néo-institutionnalisme en science politique se
distingue en trois écoles de pensée distinctes que sont :
l'institutionnalisme historique, l'institutionnalisme des choix rationnels, et
l'institutionnalisme sociologique. Cette théorie s'efforce à
expliquer le phénomène de l'homogénéité dans
les organisations et aussi l'influence de l'environnement institutionnel sur
les organisations111. Le préfixe « néo
» indique qu'il s'agit du renouvellement de la théorie
institutionnelle dans les années 1940 en sciences sociales. A cette
époque, les institutions politiques recommencent à s'affirmer
comme centre d'intérêt de construction théorique et de
recherches empiriques vers le milieu des années 1980. La question de
l'influence des institutions sur les phénomènes sociopolitiques
s'articule autour de deux problématiques. La première est
relative à l'influence des institutions sur l'action politique. Elle
pousse à l'exploration de l'impact des institutions sur le comportement
des acteurs, leurs stratégies, leurs préférences, leurs
identités, leur nature, et même leur existence. La seconde pose la
question du développement institutionnel. Elle conduit le chercheur
à s'interroger sur les origines et de caractère des institutions
en examinant comment leur production et leur reproduction s'inscrivent dans un
processus où le paysage institutionnel existant à un certain
moment dans le temps et dans l'espace conditionne la possibilité et la
trajectoire des changements institutionnels. Théoriquement, l'action
n'est pas évacuée n'est pas évacuée dans le cadre
néo-institutionnaliste. Elle est cependant fortement conditionnée
par le contexte institutionnel, un contexte qu'elle a bien sûr
crée avec des contraintes résultant de l'environnement
institutionnel précédent. Le néo-institutionnalisme
confère donc aux institutions la primauté théorique et
analytique. Celle-ci se décline en trois axes que sont :
L'institutionnalisme historique. Elle défend
l'idée selon laquelle les phénomènes sociopolitiques sont
fortement conditionnés par des facteurs contextuels, exogènes aux
acteurs
111March James G. et Olsen, Johan P, «The new
institutionalism: organizational factors in political life», American
political review, vol.78, pp.734-749
MÉMOIRE RÉDIGÉ ET
PRÉSENTÉ PAR NKODO MEKONGO Gaël Régis 28
Le Contrôle Parlementaire des Politiques Publiques au
Cameroun : Cas du Sous-secteur Eau et Energie
Par conséquent, lesdits phénomènes ne
peuvent être expliqués par la simple volonté des acteurs,
ni même par la nature de leurs relations car ils sont souvent le produit
accidentel d'un processus macro historique de développement
institutionnel où chaque configuration conditionne la prochaine. Les
institutions sont « le produit de processus historiques concrets,
particulièrement ceux marqués par des dynamiques conflictuelles
»112 .
L'institutionnalisme des choix rationnels pour sa part se
concentre sur l'importance stratégique des institutions. Il voit les
institutions comme productrices de mécanismes de coordination. Cette
approche considère les institutions en fonction des contraintes et des
occasions qu'elles offrent aux acteurs importants du jeu politique. Les
phénomènes sont expliqués moins comme des produits
dérivant de structures institutionnelles, mais plutôt comme le
résultat de décisions individuelles et collectives prises en
considérant ces mêmes structures.
L'institutionnalisme sociologique enfin puise ses racines dans
la théorie des organisations. Il développe l'idée selon
laquelle les institutions incarnent et reflètent des symboles et
pratiques culturelles qui façonnent les perceptions des acteurs et
informent la reproduction institutionnelle. En conséquence, les
changements sociopolitiques s'inscrivent dans processus d'évolution
culturelle balisé par les formes institutionnelles. Il met dont l'accent
sur l'aspect cognitif des institutions et non sur leurs effets contingents ou
sur leurs dimensions stratégiques. La branche sociologique associe la
définition normative de l'institution, om les normes sont comprises
moins comme des règles, que des paramètres culturels et
symboliques.
112André Lecours, « L'approche
néo-institutionnaliste en science politique : unité ou
diversité », Politique et société, Vol.2,
2002, pp 3-19.

PREMIÈRE PARTIE : LE CONTRÔLE
PARLEMENTAIRE : INSTRUMENTS D'ACTION ET D'INFLUENCE DES POLITIQUES
PUBLIQUES
MÉMOIRE RÉDIGÉ ET
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Le Contrôle Parlementaire des Politiques Publiques au
Cameroun : Cas du Sous-secteur Eau et Energie
Le Contrôle Parlementaire des Politiques Publiques au
Cameroun : Cas du Sous-secteur Eau et Energie
Le contrôle par le parlement des politiques publiques ou
encore la fonction de contrôle de l'action du Gouvernement est une
véritable activité politique en ce sens qu'elle met en face deux
protagonistes, le Parlement et le Gouvernement, quand bien même le face
à face ne serait pas toujours une opposition113. Afin
d'opérationnaliser sa mission de contrôle des politiques
publiques, le parlement mobilise des instruments d'action (Chapitre
I) ainsi que des instruments d'influence (Chapitre
II).
MÉMOIRE RÉDIGÉ ET
PRÉSENTÉ PAR NKODO MEKONGO Gaël Régis 30
113Pierre Flambeau NGAYAP, Le droit parlementaire
au Cameroun, Paris, Harmattan, 2017, p. 175

CHAPITRE I : LE CONTRÔLE PARLEMENTAIRE
COMME
INSTRUMENT D'ACTION DES POLITIQUES PUBLIQUES
MÉMOIRE RÉDIGÉ ET
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MÉMOIRE RÉDIGÉ ET
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Le Contrôle Parlementaire des Politiques Publiques au
Cameroun : Cas du Sous-secteur Eau et Energie
On ambitionne sous ce chapeau de répondre à la
question de savoir qu'est-ce que le contrôle parlementaire des politiques
publiques veut dire (Section I) et quels en sont les
instruments (Section II) ?
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