Section I : Ce que le contrôle parlementaire des
politiques publiques veut dire
Sous cette férule, l'on voudrait présenter le
socle sur lequel le Parlement s'appuie pour pouvoir opérationnaliser sa
mission de contrôle des politiques publiques et quels sont
concrètement la nature des dynamiques qui sous-tendent ce
contrôle. « Le parlement évalue les politiques publiques
par des mécanismes qui sont prévus par le règlement
intérieur, notamment les questions orales et les questions
écrites, la constitution des Commissions d'enquête parlementaire
ainsi que par les rapporteurs spéciaux qui ont pouvoir de contrôle
permanent sur place et sur pièces. Ces derniers appartiennent à
la Commission des finances »114.
Paragraphe 1 : Les dynamiques contraignantes du
contrôle parlementaire dans l'analyse des politiques publiques
sectorielles
Les actions du Parlement dans sa mission de contrôle des
politiques publiques ont une consécration constitutionnelle et organique
(A), en ce sens, les dynamiques contraignantes de ce Parlement sont la motion
de censure et la question de confiance (B)
A- La consécration constitutionnelle et organique
du contrôle parlementaire des politiques publiques
Aux termes de l'Article 14(2) de la constitution actuellement
en vigueur au Cameroun115, il ressort que « le Parlement
légifère et contrôle l'action du Gouvernement ».
Cela légitimise et présente l'une et l'autre mission du
Parlement, en occurrence celle du contrôle de l'action du Gouvernement
qui est la chape de plomb du présent travail de recherche. Il en est de
même pour ce qui est de l'Article 35 (1) de la même constitution
suscitée qui stipule que « le Parlement contrôle l'action
gouvernementale par voie des questions orales ou écrites et par la
constitution des commissions d'enquêtes sur des objets
déterminés ». En d'autres termes, cela signifie qu'en
plus de légiférer en votant les lois, le Parlement est la «
sentinelle » qui veille et examine le travail du Gouvernement aux
moyens d'interrogations et des commissions d'enquête, quand on
114Entretien avec l'Honorable Cabral LIBI LI NGUE
NGUE, relativement au guide d'entretien soumis dans le cadre du présent
travail de cherche. Siège du PCRN, Yaoundé, lundi 23 juin 2025
à 18H53
115Loi n°96/06 du 18 janvier 1996 portant
révision de la Constitution du 02 juin 1972, modifiée et
complétée par la loi n°2008/001 du 14 avril 2008
MÉMOIRE RÉDIGÉ ET
PRÉSENTÉ PAR NKODO MEKONGO Gaël Régis 33
Le Contrôle Parlementaire des Politiques Publiques au
Cameroun : Cas du Sous-secteur Eau et Energie
sait qu'à la lumière du texte constitutionnel
camerounais que ce Gouvernement a pour charge la mise en oeuvre de la politique
de la nation telle que définie par le Président de la
République, que dernier est responsable devant l'Assemblée
Nationale et que son action dirigé par le Premier Ministre qui en est
son Chef116.
Quid du règlement ?
Du point de vue organique, l'Assemblée Nationale est
une institution qui en tant que telle a des règles qui encadrent et
garantissent le fonctionnement en son sein. Ainsi, « les
Députés peuvent, en application de l'article 35 de la
constitution, poser aux membres du Gouvernement des questions orales et
écrites relatives aux affaires relevant de leur compétence
» 117 et « tout député qui désire poser
des questions orales ou écrites à un membre du Gouvernement, doit
les remettre au Président de l'Assemblée Nationale qui les fait
tenir au membre du Gouvernement interpellé, après communication
à l'Assemblée Nationale »118. Ainsi, les
dynamiques de nature contraignantes du contrôle parlementaire
s'opérationnalisent à travers des éléments
spécifiques.
B- La motion de censure et la question de confiance
La notion de responsabilité est au coeur du
contrôle de l'action gouvernementale119. Celle-ci fait
naître la dualité faute-sanction. Ainsi, « si lors du
contrôle de son action par l'Assemblée nationale, le Gouvernement
est coupable d'avoir commis une faute, il est sanctionné
»120 , de même, « lorsque le Gouvernement
vient à perdre la confiance de l'Assemblée nationale sur l'accord
politique qui leur permettait de collaborer, l'Assemblée nationale
sanctionne le Gouvernement en le renversant ou en l'obligeant à
démissionner »121.
La motion de censure est donc le moyen par lequel le Parlement
peut mettre en cause la responsabilité du Gouvernement. « le
mécanisme de la motion de censure est strictement encadré par des
règles du parlementarisme rationnalisé de telle sorte qu'elle ne
puisse aboutir au renversement du gouvernement que dans des situations d'une
exceptionnelle gravité »122. Concrètement,
« pour être recevable, la motion de censure doit être
signée par au moins un tiers des membres de l'Assemblée
Nationale. Le vote ne peut intervenir moins de quarante-huit
116V. Art 11, Art 12 de la loi n°96/06 du 18
janvier 1996 portant révision de la Constitution du 02 juin 1972,
modifiée et complétée par la loi
n°2008/001 du 14 avril 2008
117Art 75(1) RIAN 118 Art 76 RIAN
119Pierre Flambeau NGAYAP, Le droit parlementaire
au Cameroun, Paris, Harmattan, 2017, p.195 120Pierre Flambeau
NGAYAP, Le droit parlementaire au Cameroun, Paris, Harmattan, 2017,
p.195 121Id
122Pierre Flambeau NGAYAP, Le droit parlementaire
au Cameroun, Paris, Harmattan, 2017, p.199
MÉMOIRE RÉDIGÉ ET
PRÉSENTÉ PAR NKODO MEKONGO Gaël Régis 34
Le Contrôle Parlementaire des Politiques Publiques au
Cameroun : Cas du Sous-secteur Eau et Energie
(48) heures après le dépôt de la
motion de censure. La motion de censure est adoptée à la
majorité des deux tiers des membres composant l'Assemblée
Nationale »123. Dans sa pratique, la motion de censure est
« constatée par sa remise au président de
l'Assemblée nationale, au cours d'une séance publique. Le
président notifie la motion de censure au gouvernement, il en donne
connaissance à l'assemblée et la fait afficher. Par
dérogation à la priorité gouvernementale sur l'ordre du
jour, c'est la conférence des présidents qui fixe la date de
discussion de censure. Le débat sur la motion de censure est
organisé dans les mêmes conditions que le débat sur la
question de confiance. Aucun retrait d'une motion de censure n'est possible
après sa mise en discussion. Lorsque la discussion est engagée,
elle doit être poursuivie jusqu'au vote. Il ne peut être
présenté d'amendement à une motion de censure
»124. Dans le cas où la motion de censure est
adoptée, le Premier ministre, Chef du Gouvernement doit remettre au
Président de la République la démission de son
Gouvernement. Au cas où ladite motion est rejetée, ses
signataires n'ont pas la possibilité d'en déposer une nouvelle
avant un délai d'un (01) an. Toutefois, l'histoire des institutions
politiques du Cameroun n'a pas encore enregistré à date le vote
d'une motion de censure.
En sus de cette dynamique contraignante dont on vient de voir
la nature et la manifestation, il existe des dynamiques de contrôle
parlementaire de politiques publiques non contraignantes (Paragraphe II).
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