Paragraphe 2 : Les logiques d'actions non
contraignantes des politiques publiques
Le contrôle parlementaire des politiques publiques dont
la nature est non contraignante est singulièrement
opérationnalisé au moyen des questions (A) et par
l'activité des commissions (B). La loi constitutionnelle du Cameroun le
soutien fort opportunément en disant que le « Parlement
contrôle l'action gouvernementale par voie des questions orales ou
écrites et par la constitution des commissions d'enquêtes sur des
objets déterminés »125.
A- Les mécanismes de contrôle des politiques
publiques par les questions
La pratique parlementaire au Cameroun consacre comme mode de
contrôle, les questions orales (sans débat), et les questions
écrites.
123Art 34(3) de la loi n°96/06 du 18 janvier
1996 Portant révision de la Constitution du 02 juin 1972,
modifiée et complétée par la loi n°2008/001 du 14
avril 2008
124Pierre Flambeau NGAYAP, Le droit parlementaire
au Cameroun, Paris, Harmattan, 2017, p.199-200
125Art 35 (1) de la loi n°96/06 du 18 janvier
1996 Portant révision de la Constitution du 02 juin 1972,
modifiée et complétée par la loi n°2008/001 du 14
avril 2008
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Le Contrôle Parlementaire des Politiques Publiques au
Cameroun : Cas du Sous-secteur Eau et Energie
Les questions orales sans débat renvoient à
l'idée selon laquelle aucun parlementaire autre que celui qui pose la
question ne puisse y intervenir. Ces questions, qu'elles soient orales ou
écrites sont donc individuellement posées par les
députés126 et celles-ci ne peuvent être
posées en session extraordinaires que si elles ont trait à l'un
des points inscrits à l'ordre du jour127. Afin de pouvoir
poser une question orale ou écrite à un membre du gouvernement,
le parlementaire qui désire le faire doit remettre ladite question au
Président de l'Assemblée Nationale qui les fait tenir au membre
du gouvernement interpellé, après communication de
l'Assemblée Nationale128. Toutes ces questions ont
l'obligation d'être rédigés sommairement et ne doivent
contenir aucune allusion d'ordre personnel à l'égard de tiers
nommément désignés129 et ainsi les membres du
gouvernement sont donc tenus de répondre dans un délai de quinze
jours à ces questions. Ce délai peut être ramené
à trois (03) jours en période de session et si d'aventure les
recherches documentaires auxquelles donne lieu la question sont trop longues,
le membre du gouvernement en informe l'auteur par voie du Président de
l'Assemblée Nationale. Dans ce cas, le membre du gouvernement dispose
d'un délai supplémentaire de trois (03) jours pour
procéder à ces recherches documentaires, ce délai
supplémentaire étant ramené à deux (02) jours en
période de session130.
Les questions écrites sont assujetties au même
encadrement ainsi que la même procédure que les questions orales
évoquées supra. Elles « ont généralement
pour objet de retracer les difficultés individuelles que connaissent les
électeurs afin de pouvoir leur donner une suite concrète, de
soulever une question de portée plus politique et de contraindre le
gouvernement à afficher publiquement sa position, de former des demandes
de consultation juridique gratuite, parfois suggérées par des
groupes d'intérêts »131.
En marge du contrôle parlementaire des politiques
publiques par les mécanismes de questions, le constituant camerounais a
consacré également le mécanisme de contrôle
parlementaire des politiques publiques par les commissions (B).
B- Les mécanismes de contrôle des politiques
publiques par les commissions d'enquête parlementaire
Il est important de rappeler tout d'abord que
conformément à son règlement intérieur, le
Parlement dispose dans son organisation de neuf commissions
générales qui sont composées en
126V. Art 75(2) RIAN
127V. Art 75(3) RIAN
128V. Art76(1) RIAN
129V. Art76(2) RIAN
130V. Art 77 RIAN
131 Pierre Flambeau NGAYAP, Le droit parlementaire au
Cameroun, Paris, Harmattan, 2017, p.182
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Le Contrôle Parlementaire des Politiques Publiques au
Cameroun : Cas du Sous-secteur Eau et Energie
nombre égal de Députés, pour
l'étude des affaires qui lui sont soumises. Elles se constituent chaque
année, après élection du Bureau définitif, ainsi,
l'on a 132:
Tableau 1 : liste des Commissions
|
Désignation
|
Domaine de compétence
|
|
Commission des Lois Constitutionnelles, des Droits de L'homme
et des Libertés, de la Justice, de la Législation et du
Règlement, de l'Administration
|
Constitution, règlement, statut des personnes, justice,
collectivités territoriales décentralisés.
|
|
Commission des Finances et du Budget
|
Budget, fiscalité, contribution, monnaie et
crédit, contrôle budgétaire
|
|
Commission des Affaires Etrangères
|
Traités, conventions internationales
|
|
Commission de la Défense Nationale et de la
Sécurité
|
Défense nationale, armées, gendarmerie,
sureté
nationale, justice militaire, sapeurs-pompiers
|
|
Commission des Affaires Economiques, de la
Programmation et de l'Aménagement du Territoire
|
Aménagement du territoire, lois-programmes,
domaine de l'Etat, entreprises nationales, urbanisme,
équipement et travaux publics
|
|
Commission de l'Education, de la Formation
Professionnelles et de la Jeunesse
|
Enseignement du premier et du second degré, enseignement
supérieur, éducation populaire
|
|
Commission des Affaires Culturelles, Sociales et Familiales
|
Culture, arts, information, communication, santé
publique, loisirs, oeuvres sociales, prévoyance
sociale, famille, femme, enfant, personnes âgées
|
|
Commission de la Production et des Echanges
|
Agriculture, élevage, eaux et forêts, chasse,
pêche, énergie et industries, tourisme, recherche scientifique,
consommation, commerce intérieur et extérieur
|
|
Commission de la Résolution et des Pétitions
|
Examen des propositions de résolution, des
pétitions,
de l'activité interne de l'Assemblée Nationale,
exploitation des relations interparlementaires
de l'Assemblée Nationale.
|
Source : DDAR-AN, Auteur
Ainsi, l'on a le contrôle par les commissions
générales qui dans le contexte camerounais est restreint à
celui effectué par la Commission des Finances et du Budget du Parlement.
Cette commission désigne chaque année, à l'ouverture de la
première session ordinaire de l'année législative, un
rapporteur général pour les recettes et des rapporteurs
spéciaux chargés des dépenses publiques et du
contrôle de l'usage des fonds publics, y compris des fonds de
développement publics133. A cet effet, les rapporteurs
spéciaux disposent d'un pouvoir de contrôle sur place et sur
pièce. Tous les documents et renseignements d'ordre financier et
132 Art 21 RIAN
133 V. Art 69 RFE
MÉMOIRE RÉDIGÉ ET
PRÉSENTÉ PAR NKODO MEKONGO Gaël Régis 37
Le Contrôle Parlementaire des Politiques Publiques au
Cameroun : Cas du Sous-secteur Eau et Energie
administratif pouvant être nécessaires et utiles
à la réalisation de leur mission doivent leur être fournis,
excepté les « documents à caractère secret
touchant à la défense nationale, au secret de l'instruction et au
secret médical »134. Le contrôle par la
commission des finances et du budget donne lieu à la présentation
d'un rapport. Ce dernier est distribué aux parlementaires de la chambre
et lu en séance plénière. Il peut donner lieu à un
débat mais ne peut en revanche faire l'objet d'un vote135.
Aussi, importe-t-il de rappeler que le travail des commissions parlementaires
ne se limitent pas seulement au sein desdites commissions. Il est même
plus dynamique en plénière. A ce niveau, le travail des
commissions varie selon que l'on soit en phase de discussion
générale du texte, ou selon que l'on soit dans la phase de
discussion des articles. En effet, la pratique parlementaire de manière
générale confie au rapporteur de la commission deux fonctions
principales : celle de coordonner l'examen des projets et propositions de loi
en commission et celle de prendre la posture d'interprète de la
commission au début de la séance plénière lors de
la discussion générale136.
Les auditions et le suivi de l'application des lois par les
commissions sont également un moyen à partir duquel se sert le
parlement pour effectuer un contrôle des politiques publiques. Elles lui
permettent dans la pratique, de pouvoir recueillir un ensemble d'informations
auprès des membres du gouvernement, les responsables des
sociétés publiques ou parapubliques (Camwater, Sonatrel, EDC...).
Cette forme de contrôle s'inspire du parlement français qui
révèle que « les commissions permanentes assurent
l'information de l'assemblée pour lui permettre d'exercer son
contrôle sur la politique du gouvernement »137.
Ainsi, les commissions peuvent également recueillir des informations sur
les mesures prises pour appliquer la loi. Cette procédure est
strictement réglementée : le rapporteur d'une loi est tenu de
présenter dans un délai de six mois après son
entrée en vigueur, un rapport sur la mise en application de celle-ci, et
de répéter ce contrôle si nécessaire et,
après une période de (24) vingt et quatre mois de dresser un
bilan de son application138.
Les commissions d'enquêtes parlementaires sont un moyen
de contrôle des politiques publiques que le constitutionnalisme
camerounais reconnait. Elles sont formées dans le but de recueillir des
informations sur des faits déterminés, en particulier sur un
sujet intéressant les finances publiques, l'examen de la gestion
administrative, financière ou technique des services
134V. Art 70, op. cit
135V. Art 71, op.cit
136 Paul CAHOUA, « Les commissions lieu du travail
législative », revue pouvoirs, n 034, p.7
137V. Art 14 RANF
138Linus Fabrice MEKIE, « Le parlement et la
résolution des crises politiques au Cameroun »,
Mémoire Master II
science politique, Université de Yaoundé 2 Soa,
2022-2023, p.41
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PRÉSENTÉ PAR NKODO MEKONGO Gaël Régis 38
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publics, l'information de la Chambre sur l'état de
certaines questions d'intérêt général139
et consistent à mettre le gouvernement face à ses
responsabilités devant les membres du parlement140. Ces
Commissions d'enquête parlementaire naissent de la volonté d'un ou
de plusieurs parlementaires de la mettre sur pieds. Dès lors, les
membres du parlement concernés formulent pas écrit une
proposition de résolution qui tend à la création de ladite
commission et adressent cette dernière au président de la Chambre
concernée puis, ce dernier à son tour soumet cette proposition de
résolution à la Conférence des présidents qui en
décide de sa recevabilité. La Conférence des
présidents après avoir examiné et jugé la
proposition de résolution recevable, la transmet à la commission
générale compétente.
Le contrôle par la Commission des finances et du budget
est également un moyen utilisé par le Parlement pour
contrôler les politiques publiques. En Effet, l'Assemblée
Nationale et le SENAT désignent chaque année dès
l'ouverture de la première session de l'année législative,
un rapporteur général pour les recettes et des rapporteurs
spéciaux pour les dépenses publiques et du contrôle de
l'usage des fonds, y compris ceux des fonds de développement
publics141. A cet égard, les rapporteurs spéciaux
disposent d'un pouvoir sur pièces et sur place. Ainsi, tous les
documents et renseignements d'ordre financier et administratif
nécessaire à la réalisation de leur mission doivent leur
être fournis, à l'exception des « documents à
caractère secret, touchant à la défense nationale, au
secret de l'instruction et au secret médical » 142.
Ces rapporteurs spéciaux peuvent procéder à des auditions
lorsqu'ils participent à une mission dans le cadre d'une commission
d'enquête parlementaire. Ils interpellent les membres du Gouvernement
dont ils examinent les réponses. Ces questions conçus par la
Commissions des finances du budget sont signées par le Président
de la Commission afin que soit engagé l'ensemble de l'ensemble des
Commissions. Le délai auquel des réponses auxdites questions
doivent être apportées. Ce contrôle effectué par la
Commission des finances et du budget donne lieu à la présentation
d'un rapport qui est remis à chaque parlementaire puis lu en
séance. Il peut engendrer un débat, mais ne saurait faire l'objet
d'un vote.143
Après avoir présenté supra, le socle sur
lequel le Parlement s'appuie pour opérationnaliser sa mission de
contrôle des politiques publiques et quels sont concrètement la
nature des dynamiques qui sous-tendent ce contrôle (Section I), l'on
suggère de s'appesantir sur les instruments qui fondent le
contrôle parlementaire des politiques publiques (Section II).
139Art 86(5) RIAN
140Linus Fabrice MEKIE, Id, p.41
141V. Art 69 de la loi portant régime financier
de l'Etat
142V.Art 70, Id
143V. Art 71, de la loi portant régime
financier de l'Etat
MÉMOIRE RÉDIGÉ ET
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Le Contrôle Parlementaire des Politiques Publiques au
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Section II : Le contrôle parlementaire des
politiques publiques dans le Sous-secteur Eau et Energie : entre instruments et
dispositif d'interaction institutionnelle
Les instruments de contrôle parlementaires des
politiques publiques sont de deux natures, en occurrence textuels (paragraphe
I) et les autres instruments (paragraphe II).
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