A- La remise en cause de l'avenir du retraitement
L'avenir du retraitement peut être remis en question eu
égard à son coût élevé (1) pour un
retraitement considéré insuffisant (2).
1- Le coût élevé du
retraitement
Le premier facteur remettant en cause l'utilisation du
retraitement est son surcoût, qui n'est pas compensé par les prix
de l'uranium naturel, qui restent stables, le prix du mox n'étant
significativement pas supérieur à celui de l'uranium naturel. Une
gestion intégrée et complète des déchets
représente 20% du coût du kwh nucléaire en France.
Toutefois ce coût parait acceptable en comparaison avec les coûts
des autres filières énergétiques, comme les coûts de
démantèlement des centrales à charbon. Ce non-sens
économique, mais pas écologique, incite les entreprises du
secteur nucléaire à ne plus vouloir faire retraiter leurs
combustibles usés. C'est ainsi que British Energy a annoncé en
2000 sa volonté de ne plus faire retraiter ses combustibles usés.
Ce surcoût constitue un obstacle à la compétitivité
et une menace lors de la mise en concurrence de ce secteur de l'énergie.
Cette mise en concurrence a été assurée en Europe par une
directive du 19 décembre 1996 devant être transposée dans
le droit interne des États. La libéralisation du secteur de
l'énergie essaie de faire l'équilibre entre le bon fonctionnement
du secteur et les contraintes de service public et de la
nécessité de la programmation énergétique à
long terme qui relève des États. Cette mise en concurrence a pour
conséquence la nécessité de faire baisser les prix au
consommateur et le nucléaire s'en trouve handicapé en raison des
coûts importants d'investissement, de démantèlement et qui
résultent de la gestion des déchets.
2- L'insuffisance constatée du
retraitement
Le second facteur qui vient remettre en cause l'utilité
du retraitement est l'accumulation des stocks à retraiter : cette
accumulation aurait pour conséquence d'annuler les avantages que procure
le retraitement par rapport au bilan des matières. Ce facteur bien
sûr n'entre en considération que si la diminution de la
quantité de déchets à stocker est envisagée comme
la seule justification du retraitement. Les stocks en attente de la COGEMA en
France sont importants car les délais techniques nécessaires au
refroidissement des matières sont longs, plusieurs années, et ils
le sont encore plus dans le retraitement du mox, ce combustible ayant subi de
plus fortes irradiations. Ces délais permettent une réduction des
effluents radioactifs lors des opérations de retraitement. Tous les
déchets ne peuvent pas être retraités, d'autant plus qu'il
n'existe que deux usines de retraitement dans le monde pour le moment. C'est ce
qui explique la pratique du concept de retraitement différé,
décrié par de nombreuses ONG, tout comme le stockage proprement
dit.
74
|