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La gestion des déchets radioactifs en droit international de l'environnement


par Luc René NJOCK
Université de Yaoundé 2 (Faculté des sciences juridiques et politiques) - D.E.A. en Droit International Public et Communautaire 2009
  

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B- Le stockage, véritable talon d'achille de l'industrie nucléaire

La Aujourd'hui, dans le but de résoudre l'exigence de l'équité intergénérationnelle, les institutions de gestion de déchets nucléaires souhaitent résoudre la question de l'irréversibilité (1). De plus, la recherche de solutions ou le manque de moyens entrainent la pratique décriée du stockage temporaire (2).

1- Le dilemme du stockage et la question de l'irréversibilité.

Deux concepts sont au centre des débats pour la mise en oeuvre d'une stratégie de gestion intégrant le respect de l'équité intergénérationnelle. La réversibilité désigne la capacité à revenir sur des décisions prises lors de la mise en ouvre progressive d'un système de stockage, indépendamment de l'exercice effectif de cette capacité.289 Le réversibilité reviendrait en ce sens à vouloir faire bénéficier les générations futures de la double garantie de n'avoir aucune action à entreprendre pour maîtriser le risque du stockage (comme s'il était irréversible), tout en conservant la faculté d'intervenir afin d'adapter une solution plus sûre.290 Cependant la récupérabilité291 entraîne la pratique du stockage temporaire qui pose plus de problèmes de sécurité et de gestion des sites à la fin de l'entreposage.292 Si la réversibilité semble constituer une réponse plus ou moins satisfaisante,293 les politiques de gestion des déchets sont confrontées dans sa mise en oeuvre à la nécessité de déployer des moyens humains, techniques et financiers considérables294 qui tendent à fragiliser le secteur électronucléaire. Le rapport investissement/prix du kilowatt s'en trouve majoré et cela entraîne des tensions sociales.295 La prise en compte du principe d'irréversibilité entraîne entre autres la pratique du stockages temporaire ou entreposement.

2- Le caractère préoccupant de la pratique du stockage temporaire.

La situation est due à certaines causes, et l'on peut à cette occasion présenter quelques exemples.

Le stockage temporaire de déchets peut-être le fait de la mauvaise volonté des États, ou encore de changements de stratégie vis-à-vis du nucléaire. Il faut préciser que le

289 AEN, « Réversibilité des décisions et récupérabilité des déchets radioactifs », OCDE, Paris, 2012, p. 7.

290 STROHL P., « Quelle éthique pour la gestion des déchets radioactifs à vie longue ? », in Annales des Mines, Octobre 2009-Janvier 2010, p. 5.

291 Capacité à récupérer les déchets seuls ou sous forme de colis après leur lise en place dans un stockage indépendamment de l'exercice effectif de cette capacité ; voir AEN, « Réversibilité des décisions et récupérabilité des déchets radioactifs », op. cit., p. 7.

292 VIAL E., « Le concept de responsabilité envers les générations futures dans la gestion et le stockage des déchets

radioactifs », in pp. 15-25.

293 LE DARS A., « Quelle gouvernance pour la gestion durable des déchets nucléaires à haute activité et à vie longue ? », in Développement durable, enjeux et perspectives.

294 Voir LONDE L. et CAFFARD R., « La réversibilité du point de vue économique », Réversibilité et sciences sociales, ANDRA, 345-Juin 2009, pp. 55-62.

295 La France est l'un des pays les plus avancés dans la mise en oeuvre du concept d'irréversibilité avec le programme Cigeo à titre d'exemple. Toutefois, le prix de l'électricité y est contesté pour être très expansif.

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retraitement est un marché dans lequel les pays qui disposent d'usines de retraitement n'hésitent pas à se lancer. La France et la Grande Bretagne sont considérées comme leaders et principaux concurrents mondiaux dans le domaine. Les contrats de retraitement prévoient tous le rapatriement de déchets étrangers vers les pays d'origine. Seulement, l'on se rend compte que ces États d'origine ne montrent aucun empressement à reprendre leurs déchets. De même, des États qui ne pratiquent pas le retraitement ne procèdent pas automatiquement au stockage de leurs déchets, mettant ainsi en oeuvre un stockage temporaire, dont on ne sait s'il relève d'un programme de retraitement différé.

L'écologisme semble au coeur des décisions politiques et beaucoup d'États remettent en question des choix énergétiques. L'Allemagne a renoncé au nucléaire civil, remettant ainsi en cause une politique énergétique suivie pendant quarante ans. Cela est certainement le fait de l'entrée des verts dans la coalition parlementaire au début des années 2000. De même, le retraitement des déchets est interdit depuis 2005. La mauvaise volonté de l'Allemagne s'est manifestée par son refus de récupérer les déchets irradiés à La Hague en France. Mais l'Allemagne n'est pas le seul État à renoncer au nucléaire civil. La Suède sur la base du référendum de 1980, a décidé l'arrêt du nucléaire civil pour 2010, bien que cela ne soit pas encore effectif, quelques centrales fonctionnant encore. Cependant, il est important de noter une certaine hypocrisie internationale de la part de certains pays. En effet, l'Autriche qui est particulièrement anti-nucléaire, importe de l'électricité des pays de l'Est où la sûreté nucléaire est plus que précaire, de nombreux réacteurs du type de Tchernobyl étant toujours en activité et les difficultés économiques empêchant un niveau de sûreté satisfaisant et une gestion sûre des déchets. La pratique du stockage temporaire renchérit ainsi les contestations vis-à-vis du nucléaire. A ce propos, les deux situations qui nous intéressent ici sont celles de la France, pays retraiteur qui se refuse à être une poubelle nucléaire, ainsi que celle de l'Afrique du Sud.

L'un des exemples dont nous avons fait mention en matière de mauvaise volonté, est celui de l'Allemagne. En effet, des déchets étaient entreposés depuis 1997, sans qu'aucun retour n'ait eu lieu. La France s'est retrouvée en difficulté sur le plan interne, ne pouvant plus justifier l'absence de retour vers l'Allemagne aux yeux des écologistes. De ce fait, la France a du suspendre tous les transports de déchets vers son usine de retraitement de La Hague, ce qui a eu pour conséquence de mettre le gouvernement allemand en difficulté à son tour et qui s'est vu dans l'obligation d'accepter les retours, sous peine de voir certaines centrales fermer pour cause d'engorgement. La situation n'est certainement pas l'unique cas. Toutefois, l'on relève que la France s'engage bien à assurer le retraitement pour le compte de pays étrangers, mais elle refuse de devenir un pays de stockage.

En République d'Afrique du Sud, le secteur nucléaire est régi par deux principaux textes législatifs296. La centrale nucléaire de Koeberg avec ses deux réacteurs de technologie

296 Il s'agit du Nuclear Energy Act, 1999 et du National Radioactive Waste Disposal Institute Act, 2008.

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PBMR297 fournit aujourd'hui 6% des besoins énergétiques du pays. Cependant le problème du stockage des déchets nucléaires sur de très longues périodes est loin d'être résolu298. En effet, malgré un investissement gouvernemental de plus de 63 millions d'euros dans les technologies nucléaires, l'Afrique du Sud n'a pas de politique pour les déchets. Aucun site d'enfouissement n'a été identifié jusqu'ici et les déchets sont simplement entreposés depuis 1965 à Pelindaba et Koeberg. Les déchets les plus actifs sont enfouis dans des tranchées à Thabana qui ne satisfont pas aux normes internationales. Les ouvriers qui y travaillent ont rebaptisée Thabana, la colline des Radiations299. Compte tenu de la situation, aussi alarmante soit-elle, l'ONG Earthlife Africa a fortement critiqué le gouvernement pour avoir misé sur le PBMR sans aucune stratégie de gestion de déchets. La mise sur pied du National Radioactive Waste Disposal Institute300 n'a pas encore permis de résorber la situation jusqu'à présent. L'annonce de la construction de six autres réacteurs d'ici 2020 a ainsi déclenché des réactions hostiles, même au sein des confessions religieuses, ce qui témoigne à souhait de l'urgence de la situation et des difficultés que rencontre le gouvernement dans la mise en place d'une politique efficiente de gestion des déchets nucléaires.

Aux nombreuses insuffisances structurelles, se greffe la montée de l'écologisme politique, qui fustige le cadre de gestion des déchets radioactifs.

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