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La modification du capital social dans les entreprises en difficulté


par Beatrice KABORE
Université Thomas Sankara - Master 2026
  

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CONCLUSION TITRE II

La seconde partie de cette étude met en lumière les contraintes et risques liés à la mise en oeuvre de la modification du capital social dans les entreprises en difficulté, ainsi que l'ingénierie juridique susceptible d'être mobilisée.

La modification du capital social se heurte à la souveraineté des associés dont le pouvoir décisionnel en assemblée extraordinaire peut bloquer son adoption et paralyser une restructuration vitale. De plus, le droit OHADA présente une faible intégration de la modification du capital social dans le dispositif des procédures collectives, laissant subsister une incertitude sur le régime de reconstitution des capitaux propres en redressement judiciaire et sur la technique du « coup d'accordéon ».

Aussi l'opération présente des aléas et des risques pour les acteurs. En effet, elle peut entrainer une dilution massive des droits financiers et politiques des associés historiques. Elle expose également les créanciers convertis en actionnaires à la perte de leur privilège de créanciers. Elle fait aussi peser le risque de prises de contrôle impromptues par des investisseurs tiers ainsi que des exclusions catégorielles.

Ces contraintes de mise en oeuvre de la modification du capital social dans les entreprises en difficulté imposent une ingéniosité juridique pour assurer son effectivité et son efficacité pour le traitement des difficultés. Dans ce sens, l'opération requiert une sécurisation juridique préalable, d'abord pour créer un environnement social favorable à la prise de décision et ensuite, pour éviter les éventuelles nullités et l'échec de l'opération. En outre, un conditionnement stratégique est nécessaire notamment par l'usage d'actions de préférence ou d'aménagement relatif au droit préférentiel de souscription. En effet, c'est à l'assemblée des associés qu'il revient d'aménager les modalités de la modification du capital social en vue de stimuler l'apport d'argent frais tout en protégeant les intérêts en présence.

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CONCLUSION GÉNÉRALE

Le recours à la modification du capital social dans le cadre du traitement des difficultés d'entreprises révèle une réalité double. En effet, si elle peut participer à résorber les difficultés d'entreprises, son efficacité se heurte à la complexité de sa mise en oeuvre dans le contexte de crise.

L'objectif de ce travail était d'analyser la capacité de la modification du capital social à constituer un instrument de traitement des difficultés des entreprises. À l'issue de cette réflexion, il ressort que les opérations sur le capital social peuvent, dans une certaine mesure, soutenir la perspective du traitement tant préventif que curatif des difficultés d'entreprises.

D'une part, dans le cadre de la prévention des difficultés des entreprises, le législateur de l'OHADA a consacré la modification du capital social comme un mécanisme de maintien de la continuité d'exploitation de la société. L'obligation de reconstitution des capitaux propres pouvant être réalisée par la réduction ou l'augmentation du capital social, témoigne de cette volonté de prévenir les difficultés. Ces opérations permettent en effet l'assainissement de la situation financière ainsi que la recapitalisation de la société. La réduction du capital social joue un rôle d'apurement des pertes lorsque le déficit est considérable. Quant à l'augmentation du capital social, elle pallie l'insuffisance de fonds propres, contribuant ainsi à prévenir la cessation des paiements.

D'autre part, dans le cadre du traitement curatif des difficultés d'entreprises, la modification du capital social, apparait comme un outil pertinent. Intégrée dans le projet de concordat de redressement, elle peut favoriser la mobilisation des acteurs autour du redressement de l'entreprise débitrice, le financement de celle-ci et le renforcement de la crédibilité du projet de concordat. À ce titre, elle constitue une mesure déterminante dans l'appréciation de la viabilité de l'entreprise, et peut influencer favorablement la décision d'homologation par le juge. Cela se justifie dans la mesure où « les entreprises en procédure

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collective ont dans la plupart des cas non seulement perdu la totalité de leur capital social mais souffrent en outre d'une insuffisance d'actifs très importante »369.

Cependant, des contraintes pourraient entraver la modification du capital social dans les entreprises en difficulté. D'abord, elles sont liées au régime juridique de l'opération proprement dite. Il en résulte une incertitude quant à son adoption eu égard aux risques de blocage. Par ailleurs, on relève une insuffisante articulation entre les règles de la modification du capital social et le dispositif juridique des procédures collectives en droit de l'OHADA, limitant le recours efficace à l'opération. En outre, les éventuels effets de la modification du capital social sur les droits des acteurs impliqués et la structure actionnariale de l'entreprise, sont autant de facteurs susceptibles de faire obstacle à la réalisation de l'opération et limiter son efficacité dans le sauvetage de l'entreprise en difficulté.

Dès lors, l'efficacité de la modification du capital social dans les entreprises en difficulté est conditionnée par une application prudente et efficiente des dispositions y relatives. Celle-ci suppose une sécurisation juridique préalable de l'adoption de la décision et un conditionnement adapté des modalités de mise en oeuvre de la modification du capital social.

La modification du capital social est une opération dont la mise en oeuvre dans les entreprises en difficulté appelle une application combinée des règles prévues par l'AUSCGIE et l'AUPC, notamment dans le cadre des procédures collectives. Cette étude démontre clairement qu'elle est en mesure de constituer un instrument pertinent de traitement des difficultés des entreprises. Toutefois son efficacité est conditionnée par la capacité des acteurs à maitriser les mécanismes juridiques et à les intégrer dans une approche globale de restructuration de l'entreprise en difficulté. Si la modification du capital social peut contribuer au sauvetage de l'entreprise en difficulté, encore faut-il qu'elle soit mise en oeuvre avec précaution. À défaut, elle risque de devenir un facteur aggravant les difficultés qu'elle est censée résoudre.

369 Désiré AHOUA, Le nouveau droit de la restructuration des sociétés commerciales des pays de l'OHADA, comparaisons avec le droit français, op.cit., p. 304.

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