CONCLUSION
Au terme de notre analyse approfondie de la mise en oeuvre des
téléprocédures à la Direction des grandes
entreprises, plusieurs enseignements majeurs, permettant de répondre
à la problématique centrale de cette recherche, se
dégagent.
En premier lieu, il apparaît clairement que la
digitalisation des procédures fiscales à la DGE constitue une
avancée majeure et irréversible dans la modernisation de
l'administration publique burkinabè. L'atteinte d'un taux
d'adhésion de 100 % à eSINTAX, la généralisation du
télépaiement, le lancement des plateformes eDocument et eTimbre
ainsi que de la Facture électronique certifiée témoignent
d'une ambition transformatrice que peu d'administrations africaines ont su
concrétiser à ce rythme. La DGI, malgré un contexte
sécuritaire et économique particulièrement difficile, a su
maintenir le cap de sa stratégie de digitalisation et apporter des
innovations numériques significatives.
En deuxième lieu, l'analyse empirique confirme les deux
premières hypothèses de cette recherche. Les
téléprocédures ont effectivement amélioré la
performance de la mobilisation des recettes fiscales et la transparence des
opérations, en renforçant la traçabilité des
transactions, en limitant les risques de fraude et en facilitant les
contrôles croisés. Elles ont également réduit les
coûts pour les grandes entreprises, amélioré leur
accès à l'information fiscale et renforcé leur confiance
dans l'équité du système. Parallèlement, les
principales contraintes à l'utilisation effective restent bien d'ordre
technique, organisationnel et humain. Elles portent sur les insuffisances
d'infrastructures, la multiplicité des plateformes, les déficits
de formation et les résistances au changement.
En troisième lieu, la confirmation de la
troisième hypothèse de recherche met en évidence que la
satisfaction des contribuables dépend moins de la sophistication
technologique des outils que de leur fiabilité, de leur
simplicité d'utilisation et de la qualité de l'accompagnement
proposé. Un outil numériquement avancé, mais instable ou
difficile à prendre en main, sera moins apprécié qu'un
outil plus simple mais disponible en permanence et intuitif. Ce résultat
devrait particulièrement guider les prochains développements de
la DGI.
Les propositions formulées dans cette étude
s'articulent autour de cinq axes complémentaires que sont : le
renforcement des infrastructures numériques comme condition sine qua non
de la fiabilité du service, le développement d'un
écosystème complet de formation et d'accompagnement des
utilisateurs, la simplification et l'harmonisation des interfaces et des
procédures,le renforcement de la sécurité et l'extension
progressive des téléprocédures à de nouveaux actes
et à de nouvelles catégories de contribuables.
La feuille de route que nous proposons pour la période
2026-2030 identifie des actions concrètes et
hiérarchisées, avec des responsabilités clairement
assignées et des conditions de réussite explicitement
formulées. Sa mise en oeuvre effective dépendra de la
mobilisation de l'ensemble des acteurs concernés que sont les dirigeants
de la DGI et du Ministère de l'économie et des finances, les
agents, les entreprises ainsi que les partenaires techniques et financiers
internationaux.
En définitive, il convient de retenir que la
digitalisation des procédures fiscales à la DGE n'est pas
seulement une question technologique, mais un enjeu de gouvernance, de
confiance et de développement. Sa maîtrise progressive est
nécessaire pour bâtir un système fiscal plus juste, plus
transparent et plus efficace, à la hauteur des ambitions du Burkina
Faso. Dans un contexte où les ressources publiques sont sous pression et
où les citoyens attendent des services publics de qualité, la
réussite de cette transformation numérique est un
impératif stratégique dont les bénéfices,
déjà perceptibles, seront encore plus importants dans les
années à venir.
Cette recherche comporte toutefois certaines limites qu'il
convient de souligner. D'une part, l'étude porte sur la Direction des
grandes entreprises, ce qui limite la généralisation des
résultats aux autres unités de recouvrement de la DGI, notamment
les DCI et les DPI, dont la gestion du foncier constitue un pan important de la
fiscalité et dont la digitalisation obéit à certaines
logiques différentes et implique des acteurs distincts. D'autre part,
l'échantillon restreint qui a été mobilisé pour
l'enquête par questionnaire, bien que suffisant pour dégager des
tendances qualitatives significatives, ne permet pas une
représentativité statistique exhaustive de l'ensemble des agents
et contribuables de la DGE. Enfin, l'analyse porte sur une période
encore récente d'adoption de certains outils comme eDocument et la FEC,
dont les effets à moyen et long terme restent à confirmer.
Ce mémoire ouvre des pistes de recherche futures qui
mériteraient d'être explorées. Les plus
intéressantes à nos yeux sont l'effectivité et
l'efficacité de la digitalisation de la chaîne foncière,
l'analyse comparative des effets de la digitalisation fiscale sur les secteurs
économiques, l'évaluation des effets de la digitalisation sur le
comportement des contribuables, la modélisation
économétrique de la relation entre niveau de digitalisation et
performance fiscale dans le contexte burkinabè, et dans quelques
années, l'étude de l'impact de la FEC sur la réduction de
l'économie informelle.
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