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Des transferts sont-ils possibles de la didactique du français (FLE/FLS) à  la didactique de l'amazighe (berbère) dans le contexte sociolinguistique marocain ?

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par Lahcen NACHEF
Université Rennes 2 - Master 2 2006
  

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QUESTIONNAIRE ADRESSE AUX CHERCHEURS DE L'IRCAM

I - Identification : Informations personnelles

Tableau N°38 :

 

Sexe

Age (en ans)

Amazighophones

 

H

F

30 à 40

41 à 50

51 et +

oui

non

N

4

3

2

2

3

7

0

%

57

43

29

29

43

100

0

Entièrement amazighophone, l'équipe de l'IRCAM est constituée de chercheurs majoritairement de sexe masculin avec tout de même 43% de femmes; ils se répartissent selon leur âge en 3 catégories : près d'un tiers de ceux qu'on peut qualifier de jeunes chercheurs, la même proportion de chercheurs expérimentés et une majorité de "doyen" âgés de plus de 51 ans dont probablement le Recteur du centre M. Ahmed Boukous.

II - Formation académique, pédagogique et didactique :

Tableau N°40 : centre de formation

Tableau N°39 : Informations professionnelles

Forma. académique

Langue de rech.

Doc.

D'état

Doct/

Habilit

D.E.A

Lice

Ara

Fra

Ang

2

3

1

1

3

4

1

29

43

14

14

38

49

13

Formation pédagog.

Formation en amazighe

CPR

ENS

FSE

Autre

ling

péd

didac

autre

2

0

1

1

5

0

0

0

50

0

25

25

71

0

0

0

Plus de 2/3 des questionnés ont un doctorat ou plus. Ils ont pour la plupart (49%) réalisé leur recherche en français; un peu plus d'un tiers en arabe et un seul en anglais. Dans le tableau N°40, on lit que seuls 4 personnes sur 7 ont reçu une formation pédagogique dont la moitié par le CPR, 25% par la faculté des sciences de l'éducation et 25% à l'étranger. Nous leur avons demandé le titre de leur recherche. En voici quelques-uns :

Ø "Tracy assessment of learns' needs"" (en anglais).

Ø "Apprentissage de la lecture" (en français).

Ø "La représentation de l'avenir des lycéens" (en français).

Ø "Les partis politiques au Maroc et leur participation au développement" (licence de droit, en arabe)

Ø "Les unités significatives de la phrase verbale amazighe "(en français).

Ø "Syntagme "complimentiseur" en amazighe" (en arabe)

Ces titres nous apprennent que les centres d'intérêt de nos chercheurs varient essentiellement entre la sociolinguistique (1/3) dès lors qu'ils traitent des sujets généraux et la linguistique quand il s'agit de réflexion sur la langue amazighe (1/3).

Quant à leur formation sur l'amazighe (2e partie du tableau N°37), 71% en ont reçu et exclusivement en linguistique soit par l'IRCAM ou à l'université soit " en autoformation ". Les chercheurs de l'IRCAM, pourtant premiers concernés par la mise en place d'outils didactiques tant conceptuels que matériels, semblent ne pas avoir été eux-mêmes au fait de la didactique de cette langue; voilà qui justifie encore une fois la nécessité d'un travail sérieux sur la didactique de l'amazighe.

III - Formations animées par les chercheurs de l'IRCAM:

Tableau N°41 : dans quel cadre et en faveur de quel public :

Formation

Dans quel cadre

Bénéficiaires

Convention IRCAM/MEN

Privé

Professeurs

Inspecteurs

Etudiants

Privé

Nbre

6

7

2

7

2

1

1

%

86

100

29

100

29

14

14

Nous retenons de ce tableau que 86% des chercheurs de l'IRCAM participent à l'animation des formations sur la langue amazighe et ce dans le cadre de la convention de ce centre avec le MEN. Les bénéficiaires sont prioritairement les enseignants puisque tous les chercheurs questionnés (100%) ont donné au moins une formation en leur faveur des professeurs. Les inspecteurs, vu leur nombre réduit, n'ont été formés que par 2 chercheurs parmi ceux qui ont répondu à cet item.

Quant à la durée globale de la formation elle a été estimée à 5 mois et 3 semaines environ (173 jours) assurés par 5 formateurs sur les 7 questionnés, soit une moyenne de 34 jours par formateur; c'est dire à quel point ces formateurs s'investissent dans le volet formation sachant qu'ils ont à assumer tout le côté conception des modules de formation, des manuels scolaires en sus de la gestion administrative des différents départements du centre.

La question suivante leur a été posée : "quels ont été les points forts de ces formations ? Voici les réponses des 85% qui ont répondu :

1. "Initiation à l'alphabet tifinaghe et aux règles d'orthographe et de grammaire amazighes" (3 réponses).

2. "Familiarisation aux trois variantes de la langue dans l'optique d'une standardisation".

3. "Esprit d'entente et de collaboration pour dépasser les difficultés de départ ressenties surtout au niveau linguistique par les arabophones".

4. "Initiation à la didactique de l'amazighe".

5. "Réconciliation des amazighophones avec leur langue".

Ces réponses montrent que la formation des enseignants est à dominante linguistique, la didactique n'a été mentionnée qu'une seule fois comme point fort des formations animées par les chercheurs de l'IRCAM. Les réponses 3 et 5 sont significatives dans le sens où les chercheurs rencontrent, lors des formations, des contraintes liées à l'attitude de réticence chez certains formés qui, s'ils sont arabophones, n'arrivent pas à suivre et, s'ils sont amazighophones, doutent de l'utilité de la formation car peu convaincus de l'avenir d'une langue jusqu'ici reléguée aux oubliettes. Nous avons pu constater ces réticences lors de nos discussions avec les enseignants. Ce qui prouve que le chemin est parsemé d'embûches et appelle une détermination sans faille pour relever ce défit.

Une autre question, d'ordre méthodologique, a été posée aux formateurs pour savoir quels outils conceptuels (ou théoriques) ils utilisent lors de ces formations. Là aussi, le mieux est de les mentionner dans leur substance vu leur nombre réduit :

· " (j'utilise) les mêmes méthodes adoptées dans l'enseignement public marocain (approche par compétences, approches communicatives, situations-problèmes, cognitivisme...)", réponse donnée par 57% des questionnés. Cela montre à quel point nos concepteurs de matériel didactique n'échappent pas à l'environnement dans lequel ils évoluent, à savoir pour ce qui nous concerne, celui d'un système éducatif où sont ancrées déjà des traditions d'enseignement/apprentissage, elles-mêmes inspirées des orientations générales des sciences de l'éducation à travers le monde et plus particulièrement le monde francophone, en tant que partenaire immédiat.

· Deux chercheurs ont parlé de "linguistique descriptive" comme méthode utilisée.

IV - Méthodes d'enseignement utilisées par les enseignants :

La didactique du français

est utilisée pour

les activités de

Lecture

3

43

Communication

3

43

Morphosyntaxe

3

43

Ecrit

3

43

Evaluation/soutien

2

29

Tableau N°s 42, 43 et 44 :

Proches de la méthode

utilisée pour enseigner

%

L'arabe

0

0

Le français

3

50

Les deux

2

34

Autre

1

16

Recours à la didactique du français au cours de la formation

Nbre

%

Systématiquement

0

0

Souvent

3

43

Rarement

0

0

Jamais

4

57

La moitié des concepteurs et des formateurs ayant répondu à la question (3 sur 6) estiment que la méthode d'enseigner l'amazighe est proche de celle d'enseigner le français. 43% d'entre eux ont recours à la didactique du français pour former les professeurs et pensent qu'elle est utilisable pratiquement dans toutes les disciplines. Toutefois, plus de la moitié des questionnés ne l'utilisent jamais! Il semblerait que cela est dû à leur formation initiale (arabe ou anglais); l'un d'eux a même affirmé qu'il adopte la didactique de l'amazighe (prétention ou réalité?).

A la question "Pourquoi d'après vous les enseignants utilisent-ils les méthodes d'enseignement du français pour enseigner l'amazighe?", nous avons recueilli les réponses suivantes :

Ø " Faute de didactique de l'amazighe?

Ø "En raison de la nouvelle réforme de l'enseignement au Maroc (approches par compétences)"

Ø "Parce que c'est l'approche communicative qui est adaptée à l'enseignement de l'amazighe"

Ø "Pour permettre l'utilisation d'un manuel unique pour les amazighophones et non amazighophones et pour préparer la standardisation de l'amazighe"

Ici, nous nous rendons compte que les chercheurs de l'IRCAM, eux aussi, ont du mal à préciser le pourquoi de l'emprunt qu'effectuent les enseignants à la didactique du français pour enseigner l'amazighe dans leurs classes. Tantôt ils l'attribuent à l'absence d'une didactique propre à l'amazighe, tantôt au fait que les enseignants adoptent les démarches dictées par la réforme, démarches qui s'inspirent essentiellement de celle adoptées pour l'enseignement du français; tantôt ils évoquent des raisons liées à la spécificité de la langue amazighe qui " se rapprocherait de celle du français"; ce qui reste à démontrer.

De même, lorsque les chercheurs de l'IRCAM justifient leurs réponses au niveau des disciplines où l'emprunt s'effectue le plus, ils donnent les raisons suivantes qui, livrées telles qu'elles ont été libellées par leurs auteurs, manquent également à notre sens de précision:

Tableau N°45

En lecture

- "cela permet de développer les stratégies de lecture"

- "surtout en première année pour l'apprentissage

des graphèmes par l'approche globale"

En communication

et en activités orales

- "actes de parole, situation"

"cette méthode facilite l'appropriation des dialogues et donne accès à la communication par le biais des jeux de rôles."

Langue (gram, conj, ortho...)

- "offre une grande variété d'exercices"

- "facilite le réemploi des structures"

En écrit

- "permet la préparation progressive de l'oral à l'écrit"

- "les dimensions et les normes de tifinaghe ne diffèrent

pas beaucoup de l'écriture latine"

En évaluation et soutien

- "offre des approches d'évaluation et de soutien appropriées"

- "les grilles qui nous sont proposées sont convenablement

adaptées à notre langue"

V- Manuels scolaires :

Tableau N°46 : participation des chercheurs de l'IRCAM à l'élaboration des manuels.

Participation

Apport

Total

5

Linguistique

Pédagogique

Didactique

Autre

%

71

57

43

14

0

Nous retenons du présent tableau que plus de 2/3 des formateurs ont participé directement à l'élaboration des manuels scolaires de l'amazighe mais la totalité y a contribué : 57% sur le plan linguistique, 43 sur le plan pédagogique et seulement 14% ont affirmé avoir contribué sur le plan didactique (!). Cela montre encore une fois la carence dans ce domaine, même à un haut niveau de la recherche et de la réflexion. Disons-le tout de suite, ce n'est pas au ministère de l'éducation qu'il faut demander une solution car c'est à l'IRCAM qu'est dévolue la charge de tout ce qui a trait à la question amazighe.

Tableau N°47 : degré de difficulté des manuels de l'amazighe.

Les manuels sont

D'usage facile

Difficile

Impossible

Sans réponse

Total

1

3

0

3

%

14

43

0

43

Cette question a été posée aux concepteurs des manuels dans l'espoir de vérifier celles des inspecteurs et des professeurs déjà alarmantes. En effet, près de la moitié des concepteurs attestent, eux aussi, que les manuels d'amazighe sont difficiles à utiliser même si la même proportion ne s'est pas prononcée. Les raisons données se résument en ce qui suit :

Ø "L'insuffisance de la formation des enseignants (réponse donnée à plusieurs reprises)";

Ø "Parce qu'ils sont rédigés en tifinaghe (alphabet non encore bien maîtrisé par les enseignants); nous revenons par conséquent à la question de la formation";

Ø "Ils sont trop chargés" : réponse étonnante venant d'un concepteur!

Ø "Il est trop tôt pour se prononcer", réponse unique mais significative à notre sens du fait qu'on n'est encore qu'au début de l'expérimentation de ces manuels (depuis trois ans seulement)

Il ressort de ces réponses que la formation des enseignants reste l'un des maillons les plus faibles de la chaîne.

Tableau N°48 : ressemblance entre le manuel de l'amazighe et le manuel du français :

Sur le plan

Total

%

Des contenus

2

33

De la didactique

3

50

Des deux

0

0

Autre

2

33

Il y a eu autant de "oui" que de "non" et les concepteurs qui ont répondu "oui" trouvent que les manuels scolaires de l'amazighe ressemblent aux manuels du français notamment sur le plan didactique. Encore faut-il examiner ces deux réponses à l'item "autres..." :

1. "La thématique est adaptée à l'âge et à la situation de la langue. Au niveau des compétences, il y a ressemblance afin d'aider l'apprenant à les transférer vers les autres langues. Au niveau des approches, l'amazighe est à la fois langue maternelle et langue nationale".

2. "Cette ressemblance figure non seulement entre le manuel de l'amazighe et le manuel du français mais aussi et surtout entre ledit manuel et le manuel de l'arabe et les manuels sémitiques des pays anglo-saxons" (voilà une piste à creuser).

L'item suivant cherchait à savoir si nos concepteurs ont d'autres suggestions quant aux ressemblances et différences entre le manuel de l'amazighe et le manuel du français; voici quelques-uns unes de leurs réponses, à nos yeux signifiantes:

1. "Le fait de s'inspirer de l'enseignement du français en France comme langue maternelle et au Maroc comme langue étrangère est dû, à mon sens, à la formation des auteurs actuels des manuels scolaires et des "concepteurs de la langue amazighe" au Maroc (voulait-il dire "concepteurs d'outils didactiques spécifiques à cette langue"), surtout au niveau de la répartition thématique (progression) et didactique (compétences et capacités)".

2. "Vivacité dans les apprentissages, implication des élèves, thèmes proches de la culture nationale".

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