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Des transferts sont-ils possibles de la didactique du français (FLE/FLS) à  la didactique de l'amazighe (berbère) dans le contexte sociolinguistique marocain ?

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par Lahcen NACHEF
Université Rennes 2 - Master 2 2006
  

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E T S A P L A C E D A N S L E P A Y S A G E

L I N G U I S T I Q U E M A RO C A I N

Voyons à présent ce qui caractérise la langue amazighe (berbère) dans ses rapports avec les quatre15(*) autres langues en présence actuellement dans le paysage linguistique marocain.

La langue officielle au Maroc, d'après la constitution est bien évidemment l'arabe et plus précisément ce qu'il est commun d'appeler l'arabe standard. C'est aujourd'hui la langue enseignée à tous les Marocains depuis leur première année de scolarité. Elle est la langue d'enseignement de la plupart des disciplines dispensées dans les écoles du pays. C'est également la langue de l'administration, encore qu'elle soit en grande concurrence avec le français dans beaucoup de secteurs, notamment de l'économie, de la finance et même de la médecine. Cependant l'arabe doit être compris ici comme une langue que seuls les personnes cultivées, instruites ou scolarisées comprennent et manient correctement. Il s'agit de ce qu'il est convenu d'appeler l'arabe classique, en usage dans tout le Monde Arabe, mais que la presse chez nous, essaie, de plus en plus, d'adapter à la réalité sociolinguistique marocaine en la truffant d'emprunts aux autres codes existants plus particulièrement l'arabe dit dialectal ou en arabisant des termes français16(*); c'est ce mixage qui donnera l'arabe marocain moderne, deuxième composante du paysage linguistique marocain.

A côté de la langue officielle et de cet arabe modernisé, les Marocains - l'immense majorité des citadins du moins- utilisent dans leurs échanges quotidiens, que ce soit dans la rue, à la télévision (sauf pour quelques émissions littéraires ou pour les J.T.) l'arabe dialectal (langue essentiellement orale) que certains journalistes, soucieux de toucher le plus grand nombre de lecteurs moyennement instruits, commencent à introduire dans leurs articles destinés à un large public.

A rappeler qu'ici aussi les emprunts aux autres langues en présence foisonnent, le français et l'espagnol notamment17(*).

Quant aux ruraux parmi la population, la langue vernaculaire est l'arabe dialectal pour les régions "purement" arabophones ou l'une des variantes de l'amazighe (berbère) pour les régions "purement" berbérophones. Mais il faut signaler que même dans les villes, l'amazighe est parlé par une grande proportion de la population. Le pourcentage d'amazighophones varie selon les spécialistes entre 40 et 60% 18(*)parmi lesquels "les ¾ sont bilingues amazighe-arabe marocain"19(*).

En sus des langues dites nationales, et pour des raisons évoquées dans notre détour historique, deux langues étrangères sont présentes au Maroc avec des statuts différents : l'espagnol, qui reste langue étrangère bien qu'il soit très usité au nord du pays et, dans une moindre mesure, au sud (Sidi Ifni et région du Sahara). Le français a un statut assez ambigu du fait de l'évolution qu'il a connue avant, pendant et après l'indépendance pour se stabiliser depuis quelques décennies maintenant avec le statut de "langue étrangère privilégiée". Nous développerons en détail le rapport du français avec les autres langues et en particulier avec l'amazighe dans notre deuxième chapitre.

Ces langues se disputent des rangs dans l'univers socioculturel marocain avec chacune un statut particulier affiché et quasi définitif, hormis l'amazighe qui ne verra le sien se préciser effectivement que très récemment et plus exactement depuis le 17 octobre 200120(*), même si le processus de légitimation des langues maternelles a débuté depuis 1994 avec le discours royal du 20 août; discours qui a permis d'intégrer l'amazighe dans l'enseignement, en vertu de la Charte Nationale d'Education et de Formation21(*). Mais l'insertion de la langue amazighe dans le système éducatif ne verra le jour qu'en septembre 2003.

De même qu'il sera mis en place des structures universitaires de recherche sur la linguistique et la culture amazighes et des structures de formation de formateurs et de développement des programmes et curricula scolaires. L'IRCAM sera par ailleurs fondé et sera "chargé de sauvegarder, de promouvoir et de renforcer la place de notre culture amazighe dans l'espace éducatif, socioculturel et médiatique national ainsi que dans la gestion des affaires locales et régionales."22(*)

Toutefois, en dépit de ce statut privilégiant en apparence la langue amazighe et semblant réjouir beaucoup d'imazighen (berbères) du Maroc, cette langue appelle à être aménagée et introduite dans le domaine public, l'administration et les mass médias; d'autant que, rappelons-le, l'amazighe se répartit en trois variantes régionales: le Tarifit au Nord, le Tamazight au Centre et au Sud-est et le Tachelhit au Sud-ouest et dans le Haut-Atlas. D'où, nécessité de la standardisation de l'amazighe afin que puissent en profiter l'ensemble des locuteurs natifs ou non et que soient normalisées ses règles et ses structures tant au niveau de la morphosyntaxe qu'aux niveaux du lexique, de la phonétique, ...Cette standardisation - si elle est scientifiquement établie - profitera aussi à d'autres communautés dont l'amazighe est la langue maternelle et qui sont éparpillées, nous l'avons vu, dans un vaste périmètre appelé "pays de Tamazgha" et qui s'étend des Canaries à Siwa en Egypte en passant par le Maroc, l'Algérie, la Tunisie et la Libye voire jusqu'au pays des Touaregs au Niger.

C'est là un travail - celui d'oeuvrer pour la standardisation - qui incombe à la société civile et au pôle officiel par le biais de l'IRCAM, désormais son porte-parole et l'exécutant par excellence de ses directives pour tout ce qui a trait aux questions de langue et de culture amazighes. Nous reviendrons en détail sur ce point dans les chapitres le concernant dans notre mémoire.

Cependant, un bref aperçu sur les mouvements amazighes s'impose, nous semble-t-il, pour comprendre cette évolution qu'a connue le statut de cette langue. C'est en fait grâce à l'action et au dynamisme de ces mouvements - appuyés par les pressions internationales (droits de l'homme, droits des minorités, etc.) que l'amazighe a pu se faire une place au soleil parmi les autres idiomes en présence dans le paysage linguistique marocain.

Rappelons enfin que les associations et groupements d'associations se comptent aujourd'hui par centaines. Nous n'en évoquerons ici que les plus importants, ceux qui disposent d'organes de diffusion de masse : bulletins, revues, journaux, ...en dépit, souvent, d'un manque de professionnalisme et d'irrégularité de parution; manque dû au fait que "la majorité des publications sont prises en charge par des militants, pour la plupart sans formation"23(*).

Nous présentons brièvement dans ce qui suit les mouvements et les particuliers les plus influents ainsi que les tribunes dont ils se servent pour diffuser leurs convictions:

- L'Association de l'Université d'été d'Agadir qui est, d'après l'un de ses anciens présidents et fondateurs, la mère des associations amazighes au Maroc. Elle publie périodiquement les actes des universités qu'elle organise à Agadir depuis 1980. Les derniers en date sont parus sous le titre Histoire des Amazighes : symposium international sur l'histoire des Berbères, l'histoire ancienne, Volume 1. 24(*)

- l'AMREC ( Association Marocaine pour la Recherche et l'Echange Culturel), basée à Rabat, avec de nombreux comités régionaux, elle a édité depuis juillet 1974 un bulletin d'information intitulé ARRATEN (Ecrits) puis en 1976 TIDRIN, ATTABADOUL ATTAQAFI en 1978 et AMUD en avril 1990.

- ANCAP (Association Nationale pour la Culture et les Arts Populaires) devenue plus tard TAMAYNOUT (La Nouvelle) avec également beaucoup de sections régionales à travers tout le pays, sauf dans le nord. Elle a publié notamment ANAROUZ (Espoir), Tasafut (La Braise) en 1991 et LIBYCA en 1995.

- TILILLI (Liberté) qui a publié IDLES en 1992.

Il faut noter que toutes ces publications sont trilingues, arabe-français-amazighe.

Signalons aussi que Internet regorge de sites d'associations, de mouvements amazighes et même de pages ouvertes par des particuliers. Il suffira de taper "amazighe" ou "berbère" sur un moteur de recherche pour s'en rendre compte.

Enfin, on n'oubliera pas de mentionner que beaucoup de militants indépendants ont contribué soit par des écrits fictionnels ou des essais, soit en publiant individuellement des périodiques. Nous en citerons là encore les plus connus :

Comme Journalistes et écrivains:

Ø AMAZIGHE, 1980, TIFINAGH, décembre 1993 et AGRAW AMAZIGH, décembre 1995 par Ouzzin Aherdan;

Ø TIFAWT, avril 1994 par Mohane Ajaajaa;

Ø TAWESNA, janvier 1995 par Mohamed Mestaoui;

Ø ADRAR, novembre 1994 par Hamza Abdellah Kassem;

Ø TASAFUT, décembre 1991 par Hassan Idbelkacem;

Ø TAMAGUIT, janvier 1994 par M'barek Boulguid;

Ø TAMUNT (L'Union), février 1994, Brahim Akhiyat;

Ø TAWIZA (solidarité), mai 1997 par Mohamed Boudhan;

Ø TILELLI, 1998 par Ali Harcheras;

Ø TAMAZIGHT, 1998 Ahmed Adghirni;

Ø LE MONDE AMAZIGHE, 2001 par Amina Ibnou Cheikh; etc.

Comme écrivains (essayistes, romanciers, poètes ...) :

Nous pouvons citer à peu près les mêmes que précédemment qui, au même titre que journalistes, contribuent par des écrits personnels. D'autres sont connus plutôt par leurs apports personnels tels Akounad d'Agadir, Iken du Moyen-Atlas, Ziani du Rif, Safi, Azergui, Amir, Oussous, Afoulay, Jouahdi et Iazzi ; ces trois derniers, avec d'autres, participent en plus aux publications de l'IRCAM (voir bibliographie). Nous reviendrons sur leurs contributions (notamment la partie concernant la langue) dans les chapitres de notre mémoire sur l'enseignement de l'amazighe et sa didactique.

* 15 Nous aurions pu parler d'une cinquième langue, le «Hassania», en usage essentiellement dans l'extrême sud marocain (Tan-Tan et au-delà, jusqu'au Sahara). Mais, faute de renseignements suffisamment précis, nous nous contenterons à présent de la simple mention de ce point que nous envisageons de traiter en détail dans un travail ultérieur. Quant aux autres langues étrangères, il est évident que, comme partout, celles-ci sont enseignées : l'anglais, l'allemand, l'italien, ...

* 16 La presse marocaine arabophone foisonne d'emprunts français arabisés notamment pour tout ce qui concerne le vocabulaire abstrait ou technique. Exemples : «tobaouya» pour utopie, «démocratia» pour démocratie, atrajidia pour «tragédie», «étniya» pour ethnie....mais aussi radio, télévision, vidéo, ...

* 17 On peut affirmer sans risque de se tromper que la quasi-totalité des Marocains disent «rroueda» (espagnol) pour «roue», «tobis» pour autobus, «balcoun» pour balcon...Les exemples se comptent en centaines surtout dans les domaines de la mécanique, de l'ameublement, des métiers (menuiserie, plomberie, électricité...), etc.

* 18 Près de 50% pour Boukous dans «Société, langues et cultures au Maroc: Enjeux symboliques», 1995, publications de la Fac. des LSH de Rabat. Ed. Najah Al Jadida, Casablanca.

* 19 A Youssi «Changements socioculturels et dynamique linguistique» in «Langues et société au Maghreb, bilan et perspectives», pp.101-116, série colloques et séminaires N° 13 Fac. des LSH 1989, Rabat.

* 20 Discours Royal d'Ajdir (Khénifra) du 17 octobre 2001.

* 21 Charte Nationale d'Education et de Formation, octobre 1999, levier 9 (§115 et § 116)

* 22 Extrait du discours du trône du 30 juillet 2001.

* 23 La presse amazighe «Etat des Lieux et perspectives d'avenir», Actes de la rencontre organisée par le Centre de la Traduction, de la Documentation, de l'Edition et de la Communication (CTDEC), Rabat 13 et 14 décembre 2003 , Série : colloques et Séminaires- N°5.

* 24 Actes de l'Association de l'Université d'été d'Agadir (21,22 et 23 juillet 2000), Edit. Bouregreg.

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