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Regard des acteurs de terrain sur les conduites addictives des jeunes (représentations sociales, pensée sociale et logique d'accompagnement )

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par Julie Boussoco
Université de Provence Aix en Provence - Master II psychologie sociale de la santé 2012
  

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2. Résultats face aux hypothèses

L'hypothèse selon laquelle le secteur de travail aurait une influence sur le lien entre pratique et représentations est partiellement vérifiée. En effet, aucune des catégories de professionnels n'est exclusivement constituée d'un secteur. Cependant, certains secteurs sont plus ou moins représentés dans les catégories. Ainsi, dans la catégorie des acteurs de prévention, on rencontre beaucoup d'acteurs du secteur social/insertion ; dans la catégorie des professionnels relais, on retrouve uniquement le secteur éducation nationale et social/insertion. Et enfin, quasiment tous les acteurs du sanitaire/psychologique sont inclus dans la catégorie professionnels de l'accompagnement.

Pour l'hypothèse selon laquelle la profession entrerait en compte dans le lien représentation sociale/pratique, elle est elle aussi partiellement vérifiée. En effet, les psychologues, éducateurs/éducatrices, et infirmières se retrouvent tous dans la catégorie professionnels de l'accompagnement, et les animateurs dans la catégorie acteurs de prévention. Mais ces catégories ne sont pas exclusivement composées de ces professions.

On ajoute d'ailleurs à ce constat qu'il serait intéressant de revoir la classification initiale des secteurs, en différenciant le social de l'insertion car on constate des différences dans les catégories de professionnels. Ainsi, les professionnels de l'insertion se retrouvent exclusivement dans la catégorie professionnels relais, tandis que ceux du secteur social sont inclus majoritairement dans la catégorie acteurs de prévention.

3. Discussion des résultats

On remarque que les représentations sociales des acteurs de terrain sont en cohérence avec les théories de divers auteurs étudiés dans la première partie de ce mémoire. Les résultats obtenus sur l'organisation de la représentation sociale de l'addiction chez les jeunes vont dans le sens des résultats sur le « bien boire » (Lo Monaco, Gaussot, & Guimelli, 2009) et le « bien

fumer » (Apostolidis & Dany, 2012). La perception du jeune comme addict se construit de manière conditionnelle en fonction des modes et contextes d'usage (fréquent/occasionnel, festif/solitaire, souffrance/plaisir), aboutissant à un usage « normal » que l'on pourrait appeler le « bien consommer », et un usage « addict ». « De façon analogue avec ce qui a déjà été mis en évidence au sujet de l'alcool dans la société Française, le « bien-fumer » apparaît comme une norme de conduite à laquelle déroge celui qui fume trop et/ou seul, passant ainsi de statut de quelqu'un de convivial à celui de drogué potentiel. » (Apostolidis et Dany, 2012, p.9). On retrouve, en outre, dans la représentation sociale de l'addiction les éléments du système constitutif de la déviance (systèmes social, contexte politique, sujet : jeunes, groupe d'appartenance, agents sociaux : professionnels de terrain, autres groupes) (Becker, 1963, cité par Abric, 1996).

A propos du lien entre représentations sociales et pratiques, nous avons mis en évidence l'existence de pratiques diverses, variant selon que l'usage serait perçu comme « addict » ou non. Et on note que l'attribution de la conduite à des critères externes (la fête, les pairs, l'adolescence) ou des critères internes (souffrance) entraîne des pratiques différentes. « La consommation d'une personne en contexte de consommation de groupe serait davantage expliquée par des caractéristiques situationnelles orientées sur un registre positif jouant dans la déculpabilisation du consommateur. » (Lo Monaco, Gaussot, & Guimelli, 2009, p.487). Les critères internes étant repérés comme plus inquiétants et risqués, ils entraînement le plus souvent la proposition d'accompagnement ou d'orientation, tandis que les critères externes induisent une pratique de prévention. Cela renvoie également à l'étude de Truchot (1994, cité par Abric 1996) sur la représentation de l'aide sociale : « les travailleurs sociaux ont recours soit à l'attribution externe (sociale), soit à l'attribution interne (individualiste), selon les différentes solutions auxquelles ils sont confrontés. Cette prise de position (interne ou externe) fonctionnant comme un moyen de définir ceux qui doivent bénéficier de l'aide sociale. » (p.143). Mais cela va aussi dans le sens de l'étude de Guimelli (1996) sur les pratiques des policiers. Une représentation sociale du délinquant centrée sur des déterminants internes entraîne la répression tandis qu'une représentation sociale centrée sur des déterminants externes engendre une pratique de prévention.

Enfin, pour ce qui est des pratiques des professionnels, nous avons vu qu'elles étaient partiellement influencées par le métier et le secteur professionnel mais aussi par l'expérience personnelle, le niveau de connaissance et la place donnée aux addictions dans leurs missions.

Ceci pourrait être rapproché de la notion de « distance à l'objet » (Abric, 2001; Dany & Abric, 2007, p.79) « La distance à l'objet permet d'envisager le rapport à l'objet à travers une élaboration composite qui prend en compte diverses dimensions signifiantes du lien à l'objet : la connaissance plus ou moins grande de l'objet, l'implication du groupe par rapport à cet objet et le niveau de pratique de l'objet. La connaissance renvoie à la plus ou moins bonne identification de l'objet par les individus. L'implication peut s'apparenter au niveau auquel l'individu peut avoir rapport à - se sentir concerné par - l'objet ou encore son positionnement sur un axe «observateurs» / « acteurs» vis-à-vis de l'objet. Enfin, le niveau de pratique concerne le type de pratique (apparenté ici à des comportements) entretenu avec l'objet. ». Nous pensons aussi à l'importance de l'émotion et des expériences passées. Selon Damasio (2004, cité par Channouf, 2006), dans les décisions importantes, la raison est assistée par les processus émotionnels qui exploitent les informations tirées des évènements passés. Jodelet (2006), parle de relation dialectique entre vécus, expériences et représentations sociales.

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