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Regard des acteurs de terrain sur les conduites addictives des jeunes (représentations sociales, pensée sociale et logique d'accompagnement )

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par Julie Boussoco
Université de Provence Aix en Provence - Master II psychologie sociale de la santé 2012
  

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6. L'approche des Représentations Sociales

Joffe, en 2003, dans l'analyse des risques sanitaires, préconise une approche en terme de «Représentations sociales» plutôt qu'en termes de «Cognition sociale» ; et ainsi de « Considérer les deux processus de construction d'une représentation dans le sens commun, l'objectivation et l'ancrage » plutôt que d'« Évaluer le sens commun sur la base des standards du raisonnement rationnel et à partir d'une conception déficitaire de l'activité cognitive ».

6. 1 Représentations sociales et conduites addicitves

Comme nous l'avons précédemment, les conduites additives ne sont pas seulement une

question sanitaire. Le comportement d'usage est un comportement social, étroitement lié à la
relation aux pairs, à la famille et à l'institution scolaire, inscrit dans un processus de

socialisation. En effet, là où les sciences exactes (physiologie, épidémiologie...) voyaient du « comportement d'usage », nous voyons finalement des pratiques sociales et là où on parlait de « déviance », nous nous questionnons sur les représentations sociales ainsi que la place des acteurs de terrain et des entrepreneurs de morale dans cette stigmatisation. Cette notion de représentations sociales est née de la notion de représentation collective (Durkheim, 1895) et a été conceptualisée par Moscovici à l'occasion de son étude princeps sur la psychanalyse en 1961. Pour Moscovici, les représentations seraient des données relevant de l'activité cognitive des groupes et des individus dans des contextes particuliers, et non pas, comme pour Durkeim, des données collectives mentales qui s'imposeraient aux personnes.

En effet, les représentations sociales désignent « l'élaboration d'un objet social par une communauté avec l'objectif d'agir et de communiquer ». (Moscovici, 1961). Selon Jodelet (1989), elles sont reliées à des systèmes de pensée plus larges (idéologiques ou culturels), à un état des connaissances scientifiques, comme à la condition sociale et à la sphère de l'expérience privée et affective des individus. Ce ne sont donc pas les caractéristiques objectives des objets qui font de ceux-ci des objets sociaux, mais la relation que les personnes entretiennent avec ceux-ci. Ainsi, il n'y a pas de représentation sociale en soit, « toute représentation sociale est représentation de quelque chose et de quelqu'un ». (Jodelet, 1984, p.71).

Les représentations sociales sont une forme de connaissance courante, dite de sens commun, caractérisées par les fonctions suivantes :

- Savoir : elles permettent de comprendre et d'expliquer la réalité.

- Orientation des conduites et des comportements : le comportement des individus serait déterminé par quatre composantes de leur représentation de la situation : représentation de soi, du contexte, de la tâche et des autres. Ces composantes agissent sur la signification de la situation pour les sujets et induisent donc les comportements (Doise, 1969). L'individu se servirait donc des représentations comme d'un mode d'emploi du monde, en les appliquant localement, tel un guide pour l'action. « Les représentations sociales décrivent, expliquent et prescrivent. Elles fournissent un mode d'emploi pour interpréter la réalité, maîtriser notre environnement et nous conduire en société ». (Jodelet, 1993, p.22).

- Constitution et renforcement de l'identité : elles définissent l'identité et permettent la sauvegarde de la spécificité des groupes. La représentation est générée collectivement et partagée par les individus de ce groupe. Lorsque l'objet de la représentation est en relation directe avec des pratiques importantes pour le groupe, la représentation joue un rôle essentiel dans la constitution d'une identité sociale et la réduction d'éventuels conflits identitaires.

- Justification des comportements et des prises de décisions : la représentation peut par exemple permettre au groupe de se donner bonne conscience. Par exemple, la représentation négative de l'autre groupe justifie l'hostilité du comportement adopté à l'égard de celui-ci. (Doise, 1969).

Moscovici a mis en évidence deux processus qui rendent compte de la façon dont le social transforme une connaissance en représentation et de la façon dont cette représentation transforme le social : l'objectivation et l'ancrage. L'objectivation est le processus par lequel le groupe va naturaliser un concept abstrait (ex : addiction). Ce processus relève très directement de la pensée sociale qui simplifie les éléments de l'information qui provient de l'objet, qui concrétise les notions (et pour cela, les résume à grands traits) à partir d'une logique interne au groupe. Dans le cas d'un objet complexe comme une théorie, l'objectivation comporte plusieurs phases : sélection perceptive et décontextualisation. L'ancrage, quant à lui, permet l'enracinement de la représentation sociale dans le système de pensée pré-existant. On va accrocher quelque chose de nouveau à quelque chose qui est ancien et on pourra ainsi « rendre familier ce qui est étrange ». L'ancrage va consister dans l'intégration d'éléments nouveaux dans un réseau de catégories plus familières déjà existantes pour le groupe, déjà signifiantes.

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