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La formation de la perception de la maison de placement chez les enfants en domesticité entre 9 et 15 ans dans les communautés de Turgeau et de Martissant à  Port-au-Prince : approche matérialiste dialectique.

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par Ricarson DORCE
Université d'état d'Haiti - Licence 2012
  

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5- ORIGINE HISTORIQUE DU PROBLEME ET SON DEVELOPPEMENT

Il faut remonter à l'esclavage pour cerner la tradition de la domesticité en Haïti. La colonie a été régie par le code noir qui, dans son article 12, stipule : « les enfants nés d'esclaves sont esclaves et sont la propriété du maître de leurs mères »34(*). Ainsi s'est développé tout un commerce d'enfants.

En 1804, le pays a pris son indépendance, mais la révolution n'a pas vraiment éradiqué le type de domesticité développé à l'époque coloniale. Une indépendance sans libération totale et capitale. Les premiers établissements primaires et secondaires visaient d'abord l'élite urbaine. Ils étaient surtout composés d'enfants d'officiers de l'armée, de la classe des gens de couleur... La loi de 1848 a officiellement permis la création de la première école publique en milieu rural, mais avec un curriculum différent de celui des zones urbaines .

Les 150 millions de francs payés pour la dette de l'indépendance ont ruiné le milieu paysan. Le code rural de 1826 a renforcé les contrôles des autorités civiles et militaires sur l'agriculture. Il a régi chacun des aspects de la vie rurale, même les enfants ont été soumis à des travaux. Plusieurs révoltes paysannes ont forcé le président Boyer à s'exiler, mais le fossé entre les sociétés rurale et urbaine existe encore. C'est ce fossé qui nous permet de comprendre l'exploitation des enfants ruraux dans les familles urbaines.

Le pays tombe sous l'Occupation états-unienne de 1915 à 1934 après le renversement de vingt-deux gouvernements suite à des luttes paysannes sanglantes. La grande majorité de la population haïtienne reste encore illettrée. Les différentes mesures prises par les Occupants ont provoqué la migration des populations rurales (y compris nombreux enfants) vers les villes. Tout était concentré dans la capitale : le pouvoir politique, les activités économiques et culturelles... Ainsi Port-au-Prince devient le lieu d'attraction principal. Cette nouvelle situation change les données. Du début de la première occupation états-unienne au grand mouvement politique de 1946, on assiste à un vaste mouvement migratoire et, du coup, c'est la grande expansion de la pratique de domesticité. Ce qui va être intensifié suite à l'éclatement des cellules paysannes sous le règne des Duvalier. Les enfants sont confiés dans des foyers dans l'espoir empoisonné d'une promotion sociale et d'un meilleur avenir dans le milieu urbain.

Dans les années 1980, des porcs furent importés des États-Unis après le massacre des cochons créoles qui constituaient les dernières réserves de la population paysanne. Ainsi cette dernière tombe dans la pauvreté absolue et les discriminations continuent jusqu'à aujourd'hui dans le maintien de deux codes séparés : code rural et code civil. Durant tout ce régime dictatorial duvaliériste (ayant généré la dette que le pays est entrain de payer), c'était un important exode rural qui, plus tard (soit après 1986 jusque dans les années 90), sera renforcé par le renversement de ce régime et, du coup, c'est encore une fois la montée des bidonvilles dans la capitale. Puis, les Coups d'Etat et d'autres crises sociopolitiques jusqu'à l'actuelle Occupation de 2004 à nos jours (sans oublier les dégâts causés par le séisme de l'année 2010) ont tout basculé. L'Etat devient presqu'inexistant, perdant tout le contrôle. Défaillance institutionnelle ou anéantissement institutionnel ? Pendant ce temps , les impérialistes renforcent leur présence sur le sol.

Donc, les politiques des oligarchies et de la communauté internationale dégradent le milieu rural pendant toute l'histoire du pays. Les répressions politiques, le manque de services publics, le non-accès à l'éducation et aux services de base, l'extrême pauvreté... alimentent encore cette tradition de placer fort souvent l'enfant rural dans une famille urbaine, surtout dans la capitale. De nos jours, ce phénomène prend une nouvelle forme : des enfants sont placés même dans de familles très pauvres. Ils ont parfois des liens de parenté élargie. Ceci dit, des familles pauvres urbaines exploitent des enfants issus de familles pauvres rurales : n'est-ce pas là le cercle vicieux de l'exploitation? n'est-ce pas également la recherche d'un prestige ou d'une position hiérarchique dans la société ?

En dépit de la création de quelques institutions de protection, des interventions des ONGs locales ou internationales et de nouvelles dispositions législatives bannissant toutes formes de violence contre les enfants, la réalité de ces enfants en domesticité et bien d'autres reste encore un grand défi. À remarquer qu'en Haïti, diverses appellations servent à identifier cette catégorie d'enfants : Enfant en domesticité, Enfant en service, Restavèk (Reste avec) , « Là pour ça », Ti Sentaniz ...

* 34 Cf. Mildred Aristide, op. cit. , p.22

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