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La formation de la perception de la maison de placement chez les enfants en domesticité entre 9 et 15 ans dans les communautés de Turgeau et de Martissant à  Port-au-Prince : approche matérialiste dialectique.

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par Ricarson DORCE
Université d'état d'Haiti - Licence 2012
  

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b)- Cas # 2

Je suis Valérie, née à Gros-Morne en 1997. J'ai deux soeurs et deux frères. Ma mère est morte deux ans après ma naissance. Mon papa est cultivateur. C'est une tante qui nous a élevés. En 2005, pendant la période du carnaval, une cousine de ma mère m'a conduite à Turgeau. Mon grand-frère était déjà là-bas chez un ami de mon père.

Je vais à l'école du soir, car je dois m'occuper pendant la journée des tâches domestiques. À la maison, je suis responsable de tous les objets perdus. On me torture. Mon frère a quitté la maison dans laquelle on l'a placé parce qu'il ne pouvait pas accepter les maltraitances. Ainsi, il est devenu un enfant de la rue. Un jour, je l'ai croisé, il m'a donné quelques sous et il m'a expliqué que non seulement on le maltraitait là où il était, mais également on le forçait à mendier dans les rues pour apporter de l'argent à la maison.

Je n'ai pas du temps pour m'amuser. Je suis très soumise : j'obéis à tous les ordres. À plusieurs reprises, on a abusé de mon innocence. Je n'ai pas d'autres choix, car c'est ainsi que je peux assurer ma survie. Je n'ai aucune fierté d'être une fille domestique. À l'école, les autres enfants critiquent mes chaussures, mes vêtements...

Souvent, je me demande pourquoi Dieu m'a créée, mais je n'ai jamais eu la moindre idée de me suicider. J'aspire à être médecin et avoir des enfants qui ne connaîtront pas toutes ces difficultés.

c)- Cas # 3

Je suis Joseph, né à Maniche en 1999 dans une famille de huit enfants. J'ai laissé Maniche en 2008 en compagnie d'un jeune homme pour venir vivre à P-au-P. Ce jeune homme a fait savoir à mes parents qu'il y a beaucoup plus d'avenir pour un enfant élevé dans la capitale que dans un milieu paysan. Mon papa lui a donné 500 gourdes pour assurer les frais de voyage. Arrivé dans la capitale, j'étais d'abord placé dans une famille à Cité soleil qui m'a expulsé pour avoir été trop rebelle. Puis, le jeune homme m'a mis chez quelqu'un à Martissant.

J'ai compris bien vite qu'il faut être obéissant et tout accepter quand on est placé chez une personne inconnue. Chaque matin, je me lève de très tôt afin de me rendre disponible pour tous les services réclamés par quiconque. Après, je dois aller au marché avec la dame afin de l'aider à vendre ses produits comestibles. Je n'ai pas du temps pour aller à l'école. Il me faut attendre que tout le monde dorme avant de me coucher par terre dans un petit coin. Parfois, je meurs de faim, mais je ne peux m'en plaindre.

Je ne me sens pas du tout bien dans cette maison de placement. Un jour, pendant le mois de décembre, on m'a emmené voir ma famille et je disais à ma mère : mon plus beau cadeau de Noël serait de me retirer de cette maison de placement. Elle m'a répondu ainsi : « c'est une chance que tu as parmi ses autres enfants de vivre à la capitale qui peut, dans bien des cas, t'offrir de meilleurs possibilités ».

Je me résigne et je fais montre de docilité afin de jouir d'une meilleure considération dans cette maison de placement. Je souhaite être un jour capable de répondre aux différents besoins de mes parents.

d)- Cas #4

Je suis Jérôme, né à la dixième section communale de Petit-Goâve en 1998. Mon père est mort. Ma mère se débrouillait toute seule avec quatre enfants. Elle avait l'habitude de venir acheter à P-au-P à meilleur prix pour revendre. C'est moi qui l'accompagnait toujours. Un jour, une commerçante, qui était son amie, lui a demandé de me laisser vivre avec elle parce qu'elle me trouvait très intelligent. Depuis, mon destin se déroule ici dans ce quartier de Martissant.

Je suis devenu son esclave, l'esclave de sa maison. C'est ma force de travail qui l'intéressait quand elle disait à ma mère que je suis très intelligent. Cette maison est pour moi, dans une certaine mesure, un espace de dur labeur. Je ne me sens pas du tout bien traité, bien considéré. Toutefois, c'est une chance pour moi de pouvoir aller à l'école. Parfois, je passe toute une journée à trimer sans donner le signe de la moindre fatigue. Paradoxalement, je ne compte pas retourner vivre avec ma mère, car ici je regarde la Télévision et j'ai beaucoup d'amis avec qui je discute des parties de foot-ball. Ces amis allègent certaines souffrances que j'endure dans la capitale.

Je veux devenir ingénieur et c'est pour cela que je fais des efforts. Ainsi, ma mère, mes frères et soeurs auront un autre sort. Jamais je ne souhaiterai voir en domesticité un enfant à qui j'aurai donné naissance.

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