WOW !! MUCH LOVE ! SO WORLD PEACE !
Fond bitcoin pour l'amélioration du site: 1memzGeKS7CB3ECNkzSn2qHwxU6NZoJ8o
  Dogecoin (tips/pourboires): DCLoo9Dd4qECqpMLurdgGnaoqbftj16Nvp


Home | Publier un mémoire | Une page au hasard

 > 

Le Travail des enfants


par Aude Cadiou
Université de Nantes - DEA de droit privé 2002
  

précédent sommaire suivant

Paragraphe II :
Les causes extérieures aux besoins des familles

Un des facteurs du travail des enfants, et sans doute l'un des principaux, est l'échec de la scolarisation universelle. L'UNICEF estime qu'aujourd'hui plus de 130 millions d'enfants ne sont pas scolarisés, chiffre qui atteindrait même les 404 millions si l'on inclut tous les enfants de moins de 18 ans. Il est très aisé de faire le lien entre ce chiffre et celui des enfants au travail. Parmi les 250 millions d'enfants actifs dans le monde, le Bureau International du Travail évalue à 120 millions le nombre de ceux qui travaillent à temps plein et donc ayant des horaires de travail incompatibles avec une quelconque possibilité d'études : 38% travaillent plus de 40 heures par semaine et 13% au moins 56 heures. De plus, pour les enfants qui ne travaillent pas encore, les déficiences quantitatives et qualitatives des infrastructures éducatives, les empêchent d'avoir une éducation digne de ce nom. Par conséquent, les parents préfèrent envoyer leurs enfants dans les champs, par exemple, plutôt qu'à l'école où ce qu'on leur apprendra ne leur sera d'aucune utilité. Cependant, il ne faut pas accuser ces parents de ne pas vouloir envoyer leurs enfants à l'école, mais comprendre que deux raisons essentielles les poussent à agir ainsi : tout d'abord, les frais scolaires sont très élevés pour une famille pauvre et enfin, pendant qu'il est à l'école, l'enfant ne travaille pas et donc ne contribue pas aux revenus du ménage. En effet, l'enseignement public, soi-disant gratuit, représente en général un très lourd investissement pour une famille pauvre qui doit prendre à sa charge les livres, uniformes et autres fournitures scolaires, frais de transport, voire parfois verser de l'argent aux enseignants. Cela explique également que beaucoup d'enfants soient obligés de travailler pour payer leurs frais de scolarité, or tout le monde s'accorde à dire qu'après une journée de travail, un enfant n'est pas dans les meilleures conditions, pour tirer tous les bénéfices de l'enseignement qu'il reçoit.

De plus, beaucoup d'enfants n'ont pas accès à l'éducation, tout simplement car ils ne disposent pas d'une école à proximité de leur habitation. Nous verrons ultérieurement que la lutte contre le travail des enfants doit impérativement passer d'abord par un effort considérable en matière d'éducation dans les pays en développement. Ce n'est qu'en proposant une éducation accessible à tous, géographiquement et financièrement, et permettant aux enfants d'envisager une amélioration de leur situation, que le travail des enfants reculera.

Pour bien comprendre l'ampleur du travail des enfants, il faut également avoir à l'esprit que la main-d'oeuvre enfantine est très demandée et recherchée par les employeurs. Les raisons en sont très simples, ce sont des raisons économiques. On considère en effet que les employeurs recourent à cette main-d'oeuvre, malgré les interdictions, parce qu'elle leur coûte moins cher que la main d'oeuvre adulte. En effet, dans beaucoup de cas, les travailleurs enfants ne coûtent absolument rien ou presque, et ce notamment dans les entreprises de petite taille, qui sont, rappelons-le les plus grands employeurs de main-d'oeuvre enfantine. Or, la viabilité économique de ce type d'entreprise dépend souvent de cette main-d'oeuvre non rémunérée. Des considérations de coût entrent également en jeu dans le cas des petits établissements non déclarés et financièrement précaires que l'on rencontre en masse dans le secteur informel des pays en développement. Sous le prétexte, que les employeurs leur donnent la possibilité d'apprendre les rudiments d'un métier, la paie des enfants se réduit souvent à un peu d'argent de poche consenti de temps à autre par l'employeur. Dans les services domestiques, le toit et le couvert sont fréquemment la seule rétribution du travail effectué par les enfants, et cela quand les employeurs ne sont pas trop sévères, car souvent les enfants ont à peine à manger et dorment dehors. Il en va de même pour les enfants qui travaillent pour rembourser la dette des parents, dans le cadre de la servitude pour dettes, et qui ne sont donc pas payés car leur salaire est censé rembourser la dette, ce qui est rarement le cas. Que les enfants soient moins bien payés que les adultes est vrai dans la plupart des cas, mais souvent cela sert d'excuse aux employeurs qui invoquent que le surcoût occasionné par l'emploi d'adultes à la place des enfants empêcherait leur entreprise d'être compétitive. On prétend souvent que les enfants sont irremplaçables dans certaines industries d'exportation qui cesseraient d'être compétitives si elles se voyaient privées de la possibilité de la main-d'oeuvre enfantine ; ce fut notamment l'argument invoqué par les fabricants de tapis tissés à la main en Inde. Cependant, une étude menée par le Bureau International du Travail a montré que pour ces industries, le travail des enfants n'était pas indispensable à la survie économique de cette industrie, car le surcoût de l'emploi d'adultes était étonnamment modeste en proportion du prix auquel les tapis sont vendus dans les pays importateurs : entre 5 et 10% du prix39(*). Dans ces conditions, on peut se demander pourquoi les employeurs continuent à employer cette main-d'oeuvre enfantine, d'autant que les campagnes de boycottage des produits fabriqués par des enfants se multiplient et font baisser les ventes de ces employeurs. La raison en est simple, dans l'industrie du tapis, les bénéficiaires directs sont les propriétaires de métiers, qui sont eux-mêmes pauvres et travaillent avec des marges bénéficiaires très faibles, donc en employant des enfants, ils peuvent doubler leurs revenus. Enfin, au delà du versant économique du travail, il existe un versant psychologique important, expliquant le recours à cette main-d'oeuvre : les enfants sont moins conscients que les adultes de leurs droits, ils font moins d'histoires, sont plus disciplinés, s'absentent moins et surtout ils acceptent plus facilement un emploi dur sans se plaindre. Leur activité étant le plus souvent illégale, ils ne risquent pas en plus d'aller se plaindre aux autorités ou de s'affilier à un syndicat. La main-d'oeuvre enfantine est donc très malléable et on peut donc l'exploiter plus facilement, car elle ne se plaint pas. Un autre argument utilisé par les employeurs serait que les enfants seraient irremplaçables du fait de leurs « doigts de fée » : par exemple, on dit souvent que seuls les enfants, qui ont les doigts très fins, seraient capables de nouer des tapis avec une forte densité de points. Or , et cela n'est plus à démontrer désormais, certains des plus beaux tapis sont fabriqués par des adultes, donc si on peut se passer de la dextérité des enfants pour tisser les tapis, on voit mal dans quelles activités leurs doigts de fées seraient indispensables ! De plus, la plupart du temps, les enfants sont employés à des tâches telles que la manutention ou l'emballage dans l'industrie, tâches qu'un adulte peu tout à fait accomplir aussi bien. Cet argument de la dextérité enfantine n'est donc plus désormais un argument valable, pour pouvoir excuser le comportement d'employeurs peu scrupuleux, désireux tout simplement de faire un maximum de profits sur le dos des enfants, sans se soucier des conséquences sur la santé de ceux-ci.

Enfin, la dernière cause majeure de travail des enfants, est l'épidémie de sida qui sévit depuis plusieurs années en Afrique et en Asie. Avec près de 30 millions d'adultes et d'enfants infectés par le VIH en 2000, l'Afrique sub-saharienne constitue en effet la région la plus durement touchée. Cette région enregistre à elle seule 50% des 8 500 infections nouvelles qui surviennent chaque jour dans le monde. Le VIH ne se limite plus aux villes mais se répand maintenant à une vitesse alarmante dans les zones rurales et elle touche la population paysanne, en particulier les personnes les plus productives c'est à dire celles âgées de 15 à 45 ans. Par conséquent un grand nombre de chefs de familles sont morts du sida, et les familles s'enfoncent de plus en plus dans la pauvreté et les responsabilités sont de plus en plus lourdes pour les survivants, particulièrement les enfants. Interrogé sur le travail des enfants dans les plantations de thé de Tanzanie, M. Norman Kelly, Directeur général de la plantation Brooke Bond, répond : "La main-d'oeuvre adulte diminue rapidement en raison de la forte incidence du VIH/sida parmi les travailleurs."40(*) Une étude réalisée par l'UNICEF dans six pays de l'Afrique de l'Est et d'Afrique australe constate que "le VIH/sida démantèle les familles et augmente les possibilités d'exploitation des enfants par le travail... Juste à l'âge où les enfants devraient aller à l'école, leurs lourdes et nouvelles responsabilités de chefs de familles les forcent à abandonner leur scolarité". Cette cause de travail des enfants, ne peut malheureusement pas être combattue par les conventions internationales, mais par un immense travail de prévention des risques du sida en Afrique et en Asie, travail colossal difficilement réalisable.

Conscients de ces causes multiples et de son impuissance à les combattre rapidement, la communauté internationale a alors décidé d'édicter une convention destinée à lutter prioritairement contre les pires formes de travail des enfants.

* 39 BIT : «Is child labour really necessary in India's carpet industry» Genève, 1996.

* 40 Revue Afrique Relance, vol.15#3 (octobre 2001), p.14 (Dossier spécial : la protection des enfants africains). Site web : http://www.un.org/french/ecosocdev/geninfo/afrec/vol.15n°3/153kidf4.htm

précédent sommaire suivant