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Le Travail des enfants


par Aude Cadiou
Université de Nantes - DEA de droit privé 2002
  

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Paragraphe II  :
Un phénomène ne se limitant pas aux pays pauvres

Même si la grande majorité des enfants qui travaillent se trouve en Asie, en Afrique ou en Amérique latine, le travail des enfants ne se limite pas aux pays en développement. En effet, les pays industrialisés utilisent également cette main d'oeuvre mais c'est alors la nature du travail des enfants qui détermine s'il leur est préjudiciable et non le simple fait d'avoir un emploi. Peu d'habitants des régions industrialisées pensent qu'employer un jeune à livrer des journaux pendant une heure ou deux avant l'école soit une forme d'exploitation, bien qu'il soit certainement moins payé qu'un adulte pour un travail similaire. Souvent, l'enfant sera même encouragé à prendre ce genre d'emploi afin de se frotter au monde du travail. Toutes les formes de travail confondues, le pourcentage de main-d'oeuvre enfantine peut être étonnamment élevé : au Royaume-Uni il apparaît que le phénomène concerne de 15 à 26% des enfants âgés de 11 ans et de 36 à 66% des jeunes de 15 ans10(*). Une enquête réalisée au niveau local en Grande-Bretagne a constaté que 40% des enfants interrogés avaient, sous une forme ou une autre, « un métier ou une occupation exercée à des fins lucratives », c'est à dire un travail autre que le baby-sitting ou les courses. D'autres études montraient l'existence d'un lien entre le chômage des parents et le travail des enfants et que, à Londres, quatre enfants sur cinq qui travaillent le font illégalement, soit parce qu'ils n'ont pas l'âge, soit parce que leur travail ne convenait pas pour un enfant. Le nombre de familles à faibles revenus ne cessant d'augmenter, de plus en plus d'enfants vont se mettre à la recherche d'un emploi, souvent clandestin et illégal. Il ne faut pas croire que ces enfants travaillent dans des conditions plus sécurisées que dans les pays en développement puisque l'on relève malheureusement parfois des accidents très graves : un enfant de 14 ans qui travaillait pour un salaire d'une livre à l'heure dans une usine de literie s'est fait happer le bras dans une machine dépourvue de protection. En Angleterre deux grandes firmes ont été récemment poursuivies en justice pour avoir employé des enfants en dessous de l'âge minimum !

En Italie, le problème du travail des enfants est également grandissant, et on estime à plusieurs centaines de milliers le nombre d'enfants qui travaillent d'une manière ou d'une autre dans ce pays, principalement dans les grandes villes. Beaucoup d'enfants font l'école buissonnière pour aller travailler. Le travail à domicile est une forme très répandue d'exploitation des enfants et l'industrie de la chaussure est un grand secteur de l'économie clandestine qui fonctionne avec des milliers de petits ateliers dispersés un peu partout, ce qui rend l'intervention des pouvoirs publics quasiment impossible.

Le travail des enfants gagne du terrain également au Portugal où de plus en plus d'enfants sont employés dans de petites entreprises qui veulent s'assurer des gains de compétitivité sur le marché européen. Les enfants sont exploités dans la métallurgie, le commerce, le tourisme, le textile, la construction, la poterie mais aussi la chaussure, les services domestiques et la confection. 11(*)

Cependant, dans les pays industrialisés comme le Royaume-Uni, la plupart des jeunes travailleurs fréquentent également l'école. Mais, il serait complètement naïf de croire que dans les pays occidentaux, le travail des enfants est toujours du type « argent de poche ». Les nations industrialisées auraient tendance selon l'UNICEF à « penser qu'elles ont complètement aboli les formes les plus dures de travail des enfants et poussent donc les pays pauvres à suivre leur exemple »12(*). On trouve encore fréquemment des formes dangereuses de travail des enfants dans la plupart des pays riches. Habituellement, les enfants exploités seraient issus de minorités ethniques ou de groupes d'immigrants, comme les communautés tsiganes et albanaises en Grèce. C'est aussi le cas aux Etats-Unis, pour la majorité des enfants travailleurs employés dans l'agriculture. Une étude réalisée en 1990 par l'Agence générale comptable a montré une augmentation de 250% des infractions à la législation sur le travail des enfants entre 1983 et 1990. En 1990, une opération menée par le ministère du Travail pendant trois jours a révélé que 11 000 enfants travaillaient clandestinement13(*). La même année, une enquête sur les enfants mexico-américains occupés dans les exploitations agricoles de l'Etat de New York a révélé que près de la moitié avaient travaillé dans des champs encore humides de pesticides et que plus d'un tiers avaient été touchés par des pulvérisations directes ou indirectes.

On voit donc que le travail des enfants n'est pas le triste privilège des pays en développement, mais qu'il existe également à nos portes. Néanmoins, cela ne doit pas nous empêcher de vouloir à tout prix que celui-ci cesse rapidement dans les pays pauvres, car c'est tout de même dans ces régions qu'il est le plus généralisé et que les conditions de travail sont les plus déplorables.

* 10 «Child Labour in Britain», Report to the International Working Group on Child Labour, September 1995, p.34.

* 11 Tous ces exemples sont tirés du rapport  « Pas le temps de jouer. Le travail des enfants dans l'économie mondiale. »rapport de la CISL Juin 1996.

* 12 UNICEF 1997

* 13 « Le travail dans le monde » 1992, BIT, Genève, 1992,P.14

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