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Le Travail des enfants


par Aude Cadiou
Université de Nantes - DEA de droit privé 2002
  

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SECTION II  :
Un travail s'effectuant sous des formes très diverses

Le travail des enfants revêt aujourd'hui des formes très diverses qu'on peut classer en sept grands types, dont aucun n'est propre à une région particulière du monde : le travail domestique, le travail forcé, le travail en servitude, l'exploitation sexuelle à des fins commerciales que nous n'étudierons pas ici, le travail dans l'industrie et les plantations, les métiers des rues, le travail familial et le travail des filles. On voit donc qu'il existe deux grands pôles d'activité enfantine : les enfants travaillent soit à la maison, au sein d'une sphère familiale ( Paragraphe I ), soit dans des usines ou des entreprises, c'est à dire dans le secteur formel ( Paragraphe II ).

Paragraphe I  :
Le travail des enfants au sein d'une sphère familiale

De tous les emplois occupés par les enfants, les plus fréquents sont les travaux agricoles ou ménagers au domicile de leurs parents. La plupart des familles, et ce partout dans le monde, s'attendent à ce que leurs enfants aident à la maison, que ce soit en préparant les repas, en allant chercher de l'eau au puits, en gardant les troupeaux, ou encore en accomplissant des tâches plus dures dans les champs. Ce type de travail peut être enrichissant, car les enfants apprennent en participant de manière raisonnable aux corvées ménagères, à la culture du potager, et ils en tirent également un sentiment de fierté. Malheureusement, le travail familial n'est pas toujours aussi bénéfique, il peut être trop prenant, exigeant des enfants qu'on lui consacre de longues heures qui les éloignent de l'école et demandant trop d'efforts à des corps d'enfants en pleine croissance. Dans les zones rurales d'Afrique et d'Asie du Sud, les enfants commencent à participer aux corvées ménagères bien avant d'avoir l'âge scolaire. Les filles doivent aller chercher l'eau et le bois du ménage. Les enfants des deux sexes doivent aider aux travaux des champs, s'occuper des animaux et de tout ce qui concerne l'eau, travaux souvent extrêmement fatigants. Des modèles similaires sont observés dans de nombreux pays d'Amérique latine tels que la Colombie.
Au niveau mondial, l'agriculture constitue le premier secteur d'activité des enfants, mais ce secteur a malheureusement été peu étudié. La synthèse des données relevées par le Bureau International du Travail jusqu'à aujourd'hui dans 26 pays en développement livre un pourcentage moyen de 70% de travailleurs agricoles parmi les enfants actifs14(*). La Banque mondiale relève a juste titre que plus la part de l'agriculture est élevée dans le produit intérieur brut d'un pays, plus la fréquence du travail des enfants est élevée : c'est avant tout un phénomène rural. Dans certains pays d'Afrique, on estime qu' un tiers de la main d'oeuvre agricole est constituée d'enfants.
Ce type de travail, surtout celui des filles qui sont le plus souvent chargées de s'occuper des nourrissons, de puiser l'eau, de ramasser le bois et de préparer les repas, est largement invisible aux statisticiens chargés de mesurer l'ampleur du travail des enfants. Il est également en dehors du champ d'action de la législation, notamment à cause de la difficulté de réglementer le travail des enfants dans leur famille. Pourtant, accepter que cette forme d'activité ne puisse pas être contrôlée revient à accepter que des centaines de millions d'enfants ne bénéficient d'aucune protection juridique, alors qu'il s'agit de la forme la plus répandue de travail des enfants.

Le travail domestique d'enfants placés dans une autre famille que la leur est un phénomène très courant dans les pays pauvres or ces enfants placés en servitude domestique sont sans doute les plus vulnérables et les plus exploités. La nature privée et souvent non déclarée de l'embauche de domestiques rend impossible toute mesure, mais les petits domestiques se comptent probablement par millions dans le monde. Ce métier est le prolongement de l'activité ménagère exercée à la maison et par conséquent, il emploie une majorité de filles, mais on peut également trouver des petits garçons domestiques, notamment en Asie.

Les enfants sont souvent très mal payés voir pas du tout rémunérés ; le plus souvent, leurs conditions de travail dépendent entièrement de l'employeur, au mépris de leurs droits : ils sont privés d'école, de jeu et d'activité sociale, ainsi que du soutien psychologique de leur famille. Qui plus est, ils sont régulièrement confrontés à la violence physique et aux abus sexuels. Voici, un exemple parmi tant d'autres d'une journée de travail de Marie, haïtienne de 7 ans, placée par sa famille pauvre habitant dans une zone rurale, dans une famille urbaine et aisée : elle se lève à cinq heures du matin, va chercher de l'eau au puits en portant au retour la lourde jarre sur la tête, puis prépare le petit déjeuner et le sert aux membres de la famille, ensuite, elle accompagne les enfants à l'école, doit acheter les provisions, s'occuper du feu, balayer, laver le linge et la vaisselle, nettoyer la maison...Elle se nourrit des restes de la famille ou de bouillie de maïs, est vêtue de haillons et dort à l'extérieur de la maison, par terre. Elle est régulièrement battue si elle tarde à remplir toutes ses obligations ou si ses maîtres jugent qu'elle manque de respect. Il paraît bien évident que Marie ne va pas à l'école. Très souvent, ces employés de maison, le plus souvent des filles, sont des parents de l'employeur, une nièce ou la fille de cousins vivant à la campagne ; la famille rurale n'est que trop heureuse d'avoir une bouche en moins à nourrir et habituellement, le parent qui prend l'enfant en charge s'engage à l'éduquer. Malheureusement, une fois en ville, personne n'est là pour s'assurer que cette promesse est tenue, ni pour noter les longues heures de travail infligées à la fillette. De par la nature même de ce travail, ceux qui le subissent sont cachés aux yeux du monde, sans protection. D'après les résultats d'une enquête sur les ménages à revenus moyens à Colombo, au Srï Lanka, un ménage sur trois emploie un enfant de moins de 14 ans comme serviteur. Les enfants sont souvent choisis plutôt que les adultes parce qu'ils peuvent être dominés plus facilement et bien sûr moins payés. Les conséquences de ce type de travail sur un enfant sont évidentes : tout d'abord la malnutrition car malgré le dur travail qu'ils fournissent, ils n'ont droit qu'à des rations ridicules ; ensuite les abus sexuels qui sont souvent considérées par l'employeur comme faisant partie du travail ; de graves problèmes sur le plan de leur développement psychologique et social car ils sont très isolés de la communauté, privés de toute occupation de repos et de jeu. Des enfants travaillent comme domestiques en Afrique, en Amérique latine, en Asie, au Moyen-Orient et dans des régions d'Europe du Sud.

A côté de ces enfants qui travaillent dans la sphère familiale, que ce soit la leur ou celle de leurs employeurs, certains enfants travaillent en dehors de chez eux mais ne travaillent ni dans une usine ni dans une plantation : ce sont les enfants des rues. Contrairement aux enfants placés comme domestiques, ces enfants travaillent dans les endroits les plus en vue, c'est à dire dans les rues des villes et des agglomérations des pays en développement. Toute personne, ayant été amenée à se rendre dans ces villes, peut en témoigner : ils sont partout, vantant leur marchandise sur les marchés ou se faufilant entre les voitures pour proposer leurs services. Des centaines de milliers d'enfants travaillent au jour le jour dans les rues des villes, des rues qui leur servent aussi parfois de domicile. Ces enfants qui travaillent dans les rues sont le produit de certains phénomènes sociaux les plus inquiétants aujourd'hui, l'urbanisation rapide, l'emballement de la croissance démographique et l'aggravation des disparités entre les revenus. Souvent, ces enfants travaillaient auparavant comme domestiques ou dans les champs, mais ils ont fui les mauvais traitements et se retrouvent dans la rue. Bien souvent dépourvus d'identité légale, ils sont manipulés par le crime organisé, les employeurs peu scrupuleux et les souteneurs pour vendre de la drogue ou se livrer à la prostitution. Ce que peu de personnes savent c'est que beaucoup d'enfants travaillant dans les rues fournissent un appui financier vital à leur famille tout en prenant à leur charge quand ils le peuvent, les frais de leur éducation. En effet, un enfant qui passe six heures dans une décharge de Manille peut gagner plus qu'un adulte en une journée de dix heures dans une fabrique voisine. Dans la rue, ils cirent les chaussures, lavent les voitures, portent les colis et trouvent une multitude d'autres manières de gagner de l'argent. Tout en étant modestes, les sommes qu'ils obtiennent n'en sont pas moins supérieures à celles qu'ils recevraient avec un travail dans le secteur formel. Néanmoins, quel que soit le bénéfice qu'ils peuvent en retirer, le triage des déchets est un travail dangereux que les enfants eux-mêmes estiment si dégradant que beaucoup le quittent lui préférant même la prostitution. La nature de leur travail est particulièrement insalubre, dangereuse et dégradante. Ils contractent diverses maladies de la peau ( ulcères, gale, etc...) et en ramassant des morceaux de fer rouillé ou en marchant sur les débris de verre, il n'est pas rare qu'ils se blessent au risque d'attraper le tétanos, sans oublier qu'ils mangent souvent les restes qu'ils trouvent.

* 14 BIT, L'abolition des formes extrêmes de travail des enfants, dossier d'information, Genève, 1998

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