WOW !! MUCH LOVE ! SO WORLD PEACE !
Fond bitcoin pour l'amélioration du site: 1memzGeKS7CB3ECNkzSn2qHwxU6NZoJ8o
  Dogecoin (tips/pourboires): DCLoo9Dd4qECqpMLurdgGnaoqbftj16Nvp


Home | Publier un mémoire | Une page au hasard

 > 

John Carpenter, une mise en scène du menaçant

( Télécharger le fichier original )
par Julien Le Goff
Ecole Supérieure de Réalisation Audiovisuelle (ESRA) - D.E.S.R.A. 2005
  

précédent sommaire suivant

Aidez l'hopital de Montfermeil

2- Menace suggérée et principes d'évitement.

2.1- des personnages construits sur le mode de l'observation:

comprendre avant d'affronter.

Un des premiers principes d'évitement que l'on peut constater chez Carpenter, c'est sa manière bien particulière de retarder l'affrontement entre le héros et la menace qui pèse sur lui. Et ce tout simplement parce que le personnage carpentérien doit d'abord effectuer un travail d'étude et d'observation afin de saisir (au sens intellectuel du terme) son ennemi ; c'est en effet au prix de cette étude que l'affrontement pourra tourner à son avantage. La première étape consiste à accepter de voir la menace en tant que telle, Carpenter jouant sur l'importance toute cinématographique du regard : dans Halloween, si Laurie Strode ressent la menace Myers sans jamais la voir pendant plus de la moitié du film, c'est aussi parce qu'elle refuse d'accepter la possibilité que le Mal puisse exister. Il n'est pas étonnant de constater que seuls les enfants voient d'abord le tueur, car ce qui les caractérise c'est l'absence de préjugés sur la réalité et la capacité de croire à l'impossible : en l'occurrence ici le croquemitaine. Au contraire, Laurie répète inlassablement que « le croquemitaine n'existe pas », autant pour rassurer les enfants que pour se convaincre elle-même. Il faudra qu'elle fasse l'expérience d'une attaque directe de Michael Myers pour enfin bousculer ses certitudes d'adulte et accepter de remettre en question sa perception de la réalité, pour qu'elle aille, fondamentalement, chercher en elle ses peurs d'enfant. On retrouve la même chose dans Fog : si le petit Andy Wayne (Ty Mitchell) trouve le morceau du bateau maudit échoué sur la plage, c'est parce qu'en tant qu'enfant il accepte de croire aux manifestations de l'irrationnel. Carpenter remarque d'ailleurs (38) que « ce n'est pas si innocent si dans ces deux films (Halloween et Fog), les enfants jouent un grand rôle. D'une certaine manière, l'histoire est racontée à travers eux. »

Même question du regard dans Invasion Los-Angeles : en chaussant cette paire de lunette spéciale qu'il trouve dans un carton, John Nada découvre l'envers du décor, ou comment l'entière société est manipulée par des envahisseurs. Mais Nada, s'il ne fait pas le choix de voir (le fait qu'il trouve cette paire de lunette est un pur hasard scénaristique) fait au moins celui de croire. Il accepte presque immédiatement ce bouleversement de ses certitudes et de ses repères et choisit immédiatement son camp, celui de la résistance, en tentant maladroitement d'éliminer à lui seul tous les envahisseurs. Il accepte donc un double danger ; le premier, d'après Hélène Frappat (39), est celui d'être vu (par les extraterrestres s'entend), puisque John Nada va découvrir « qu'apprendre à voir, c'est prendre conscience d'être vu. Le regard est toujours réversible : je vois pour autant que je suis vu. Et être vu, c'est risquer d'être tué (...) ». Le second, c'est celui d'être « mal vu » : en effet, les humains ne disposant pas des moyens de comprendre la démarche de Nada, celui-ci ne peut être perçu autrement que comme un fou furieux (notamment lorsqu'il entre dans la banque et abat froidement les envahisseurs à l'apparence humaine), ce qui ne peut que contribuer encore à renforcer son statut de paria et d'exclu social. Franck, au contraire, va lui dans un premier temps refuser de voir : il faudra un combat homérique avec Nada pour que, équipé à son tour de la fameuse paire de lunettes, il accepte de voir le monde tel qu'il est. Hélène Frappat (40) souligne qu'il s'agit « d'un renversement crucial au coeur d'Invasion Los-Angeles, mais aussi de toute l'oeuvre de John Carpenter dans ce qu'elle a de subversif : renversement de l'aveugle qui acquiert un regard, de l'individu passif qui décide de faire un choix, de l'esclave qui devient libre - bref, de l'individu asservi qui parvient à changer les règles du jeu. A l'issu de ce combat interminable, John Nada peut conclure : « mon frère, une nouvelle vie commence pour nous ». » Cette première étape du regard est donc une étape essentielle d'après John Carpenter. Laissons-le conclure à ce sujet : « la vue est sans aucun doute l'un des sens les plus importants. Mais les sens, quels qu'ils soient, peuvent produire une sensation de réalité étrange. Les hallucinations ou les troubles de la vue sont autant de phénomènes qui peuvent conduire l'homme à apercevoir quelque chose de différent. Au cinéma, le regard est, à l'évidence, quelque chose de fondamental. » (41)

Enfin, il s'agira pour le héros carpentérien d'identifier clairement la menace, de comprendre « scientifiquement » son mode de fonctionnement pour mieux la combattre. C'est parce qu'il a compris que le miroir est le point de traversée entre le monde de l'Anti-Dieu et le nôtre que le père Loomis, en le brisant, peut stopper temporairement son avènement (Le Prince des Ténèbres). C'est parce qu'il ont identifié ses particularités biologiques que Mac-Ready et Blair (Wilford Brimley) peuvent mettre au point un test sanguin à même de déceler la présence de la chose (The Thing). C'est parce que Nada et les résistants ont compris que les envahisseurs utilisent des ondes radio afin d'asservir les humains qu'ils peuvent, en s'attaquant à leur antenne émettrice, dévoiler leur vrai visage à la population (Invasion Los-Angeles). C'est parce que il s'est occupé de Myers pendant quinze longues années que le Dr Loomis sait de quoi cette figure du Mal est capable et comment l'affronter (Halloween). C'est enfin parce que le Dr Allan Chaffee a observé patiemment les enfants-envahisseurs de Midwich qu'il pourra leur résister en dressant un véritable mur mental contre leurs pouvoirs télépathiques (Le Village des Damnés). Celui qui tente d'affronter la menace sans avoir pris le temps de l'étudier ne peut alors que rencontrer l'échec, et de ce fait, la mort : ainsi, toujours dans Le Village des Damnés, lorsque la police tente de d'éradiquer les enfants retranchés dans la grange, ils se mettent rapidement à s'entretuer, manipulés par les pouvoirs télépathiques des envahisseurs.

précédent sommaire suivant






Aidez l'hopital de Montfermeil

Appel aux couturier(e)s volontaires

Hack the pandemiuc !

Moins de 5 interactions sociales par jour