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John Carpenter, une mise en scène du menaçant

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par Julien Le Goff
Ecole Supérieure de Réalisation Audiovisuelle (ESRA) - D.E.S.R.A. 2005
  

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1.2- fin ouverte et dérisoire, ou plutôt dérisoire car

ouverte.

Il est clair que John Carpenter est loin d'être un adepte du manichéisme: dans son univers, le "tout blanc ou tout noir" ne trouve pas sa place. Il travail constamment la question de l'ambiguïté, et en particulier dans la façon dont il choisit de terminer ses films, ou plutôt dans la façon dont il choisit de ne pas les terminer. Le cinéma de Carpenter pose des questions, mais n'y répond pas forcément, ouvrant des pistes et laissant au spectateur et à son imagination le soin de s'investir afin de trouver ses propres réponses...

Il y a tout d'abord les fins qui portent en soi les germes d'un prolongement probable: dernière image évocatrice, final "In Media Res" c'est-à-dire en plein milieu d'une action... On pourra ainsi citer le final du Village des Damnés, où nous voyons le petit David sauvé par sa mère, son regard vide se promenant sur l'horizon tandis que la voiture roule vers une destination inconnue. Or, si son comportement s'est révélé différent des autres envahisseurs (beaucoup plus "humanisé), nous savons que David n'est pas, et ne sera jamais, un être humain. Le cauchemar de Midwich (des enfants identiquement parfaits et parfaitement identiques envahissant une communauté de l'intérieur) est donc voué à se répéter, d'autant que comme l'a précisé le personnage de Kirstie Alley, d'autres communautés se sont vues infiltrées à leur tour... De même à la fin de Ghosts of Mars, nous voyons le personnage de Désolation Williams secourir Mélanie Ballard, puis tous deux repartir à l'assaut des "esprits de Mars", qui échappés de leur ville fantôme, viennent s'attaquer à la civilisation. Nous n'en saurons pas plus sur le destin de nos deux personnages, mais en est-il vraiment besoin? Tout juste avons nous besoin de savoir que le mal n'est jamais vaincu, qu'il est là, tapi dans l'ombre prêt à frapper de nouveau. C'est en cela que l'on pourrait qualifier le cinéma carpentérien de dérisoire, voire même d'absurde: durant 1h30, nous suivons le combat désespéré de personnages pour assurer leur survie, avant que les derniers plans du film nous révèle que la menace n'a été que repoussé, et qu'elle est destinée à revenir, encore et encore, inéluctablement, condamnant les humains à un éternel combat. Ainsi, à la fin d'Halloween, le Dr Loomis (Donald Pleasence) abat Michael Myers qui tombe par la fenêtre. Or, lorsque le docteur se penche par la fenêtre il n'y a plus de corps. Bien au contraire, les derniers plans, des cadres de plus en plus larges de la ville (la maison de Laurie, la rue, la ville..) accompagnés de la respiration lancinante et caractéristique du tueur nous mettent sur la piste: Myers ne peut pas mourir car il est déjà mort 15 ans plus tôt lorsque il a froidement poignardé sa soeur. Toute humanité est morte en lui, et désormais, comme le précise le Dr Loomis, "he's the evil", une figure du mal vouée à hanter éternellement la ville d'Haddonfield (c'est le sens de ces derniers plans), à la recherche de la proie qui lui a échappé. On a reproché à Carpenter d'avoir fait un calcul commercial en choisissant cette fin: penser ainsi c'est passer complètement à côté du sens profond de ce final, c'est-à-dire de faire de Laurie Strode une sorte de Sisyphe contemporain condamné à mener éternellement le même combat pour assurer sa survie. D'ailleurs, Carpenter n'hésitera pas à abandonner la franchise nouvellement créée pour aller réaliser Fog. Cette fin ouverte contribue également à faire d'Halloween un conte cauchemardesque: Myers c'est le croquemitaine, et comme le résume Stephen King, "il était une fois trois baby-sitters qui décidèrent de sortir pendant la nuit d'Halloween, et une seule d'entre elles était encore vivante lorsque vint le jour de la Toussaint." C'est le même phénomène que l'on retrouve à la fin du Prince des Ténèbres: Kelly s'est sacrifiée en plongeant de l'autre côté du miroir qui est ensuite brisé afin d'éviter l'avènement de l'Anti-Dieu. Or, au final le personnage de Brian Marsh (interprété par Jameson Parker), réveillé par un cauchemar récurrent (en fait un message adressé par le futur à travers le temps), s'approche du miroir situé dans sa chambre, tend la main... et le film se termine. Carpenter sous-entend ainsi que les personnages ont fait une erreur d'interprétation: le miroir de l'église n'était pas le seul vecteur d'entrée pour la force maléfique; tout miroir peut-être une condition suffisante permettant à l'Anti-Dieu de s'incarner dans notre monde, cette donnée changeant la situation, en rendant dérisoire la résistance menée dans l'église, et surtout en rendant dérisoire même toute forme de résistance. C'est pourquoi Brian Marsh continue de faire ses cauchemars alors même qu'ils devraient cesser: ils expriment la victoire certaine du mal (la forme noire sur le pas de l'église) quelque soient les conditions. Dans Fog enfin, dans l'avant dernière scène du film, le personnage d'Adrienne Barbeau, gardienne du phare et voix d'Antonio Bay, engage les habitants à surveiller le brouillard: son "look for the fog" faisant directement référence au "watch the skies" clôturant le film de Howard Hawks et Christian Nyby, La Chose d'un Autre Monde, film de chevet de Carpenter. Ici, comme le précise Hélène Frappat (58) , la voix d'Adrienne Barbeau "délivre alors la "morale" de la fable carpentérienne. Le mal peut revenir. Autrement dit, la menace de Fog est d'autant plus terrifiante qu'elle est incertaine, indéterminée, puisqu'elle réside dans les zones d'ombre et de brouillard présentes en chacun de nous."

Ainsi chez Carpenter, paradoxalement, toute fin ne peut-être définitive: de Jack Crow voué à pourchasser éternellement ses ennemis vampires et notamment Katrina et Montoya, contaminés (Vampires, encore que le final met fin à la traque de Valek et en relance une nouvelle, celle de Montoya, l'enjeu n'étant plus alors la survie de l'humanité, mais le rapport de compétition entre Crow et Montoya) à John Trent dans l'Antre de la Folie condamné à revivre à l'écran une mise en abyme perpétuelle de son existence créée de toute pièce par Sutter Cane (un final en boucle, à la fois ouvert et fermé), il y a dans son oeuvre un goût certain pour l'ambiguïté et l'ambivalence. D'où cela vient-il? Comme le précise John Carpenter lui-même (59), il "aime beaucoup les fins ambiguës. [Il a] toujours eu des problèmes avec les films qui ont une "vraie fin". Ce n'est pas comme ça que cela se passe dans la vraie vie, tout y est beaucoup plus stable et incertain. C'est pourquoi [il] utilise souvent des fins ouvertes. En fait, [il] leur ressemble beaucoup. [il lui] arrive très souvent de ne pas trouver de solution à un problème." C'est dans cette même optique qu'il effectue une comparaison entre John Ford et Hawks (60) : "j'apprécie John Ford, mais je n'aime pas son sentimentalisme, son romantisme, ni son respect pour les valeurs morales. Les films de Hawks sont plus ambigus."

Enfin, le choix d'un final ouvert peut-être également l'occasion pour Carpenter d'y tenir un discours spécifique, comme c'est le cas dans The Thing: à la fin, Mac- Ready semble avoir éliminé la chose, mais il découvre alors qu'un autre personnage a survécu. Dès lors, le plan final montre les deux hommes armés, perdus dans l'immensité glaciale, se surveillant l'un l'autre à la recherche d'un signe pouvant trahir la présence de l'extra-terrestre protéiforme. En un seul plan très "sartrien", Carpenter résume le sujet même du film, c'est-à-dire la peur de l'autre: deux hommes incapables de se faire confiance, prêts à s'entre-tuer à tout moment, symboles d'une humanité paradoxale qui ne peut vivre qu'en groupe mais sans pour autant pouvoir faire confiance à son prochain.

Carpenter est bien conscient que son goût pour les fins ouvertes ne sert pas forcément ses intérêts commerciaux: "Un de mes grands problèmes, c'est que la plupart de mes fins sont ambiguës et ne sont pas toujours très gaies. Elles mettent mal à l'aise, alors que Spielberg, par exemple, est conscient des sentiments qui nous animent et sait comment les flatter. (...) Chose dont je suis totalement incapable, parce que je fais d'abord ce métier pour moi." (61)

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