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John Carpenter, une mise en scène du menaçant

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par Julien Le Goff
Ecole Supérieure de Réalisation Audiovisuelle (ESRA) - D.E.S.R.A. 2005
  

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1.3- vers un mal pur.

Carpenter refuse de perdre son temps en explication et en justification: dans son espace cinématographique, les choses arrivent, un point c'est tout. Libre au spectateur de refuser d'entrer dans l'univers mis en place par le cinéaste, mais s'il accepte d'y entrer c'est pour accepter ce postulat de départ: les choses arrivent un point c'est tout. Dans l'univers carpentérien, il y a toujours un événement perturbateur de départ qui déclenche une crise et qui pousse les personnages à s'organiser pour la dépasser, et il importe peu de savoir pourquoi ou comment cet événement arrive: les enfants envahisseurs qui colonisent le Village des Damnés, la chose qui s'infiltre dans la base américaine dans The Thing ou encore les esprits vengeurs qui se réveillent sur Mars dans Ghosts of Mars...

On peut aisément établir un parallèle avec un film qui fait partie des références cinématographiques de Carpenter: Les Oiseaux d'Alfred Hitchcock. Dans son métrage, Hitchcock fait s'abattre sur une île (et sur ses personnages) un fléau bien particulier, puisque tous les oiseaux s'unissent pour attaquer les humains sans raison apparente. Il n'y a pas d'explication, et c'est bien là le plus terrifiant. Cela permet bien sûr à Hitchcock de rendre son film ultra-efficace, puisque en ne perdant pas de temps en explications (qui auraient été de toutes manières probablement peu crédibles), il dispose d'un maximum de temps pour mettre en place ses personnages, en particulier son héroïne incarnée par Tippi Hendren, une femme à la marge car trop moderne, trop "libérée" pour son époque, puis pour filmer l'attaque proprement dite. Mais cela permet également à Hitchcock de se libérer du joug réaliste pour métaphoriser son discours et livrer, au travers de ses oiseaux, une incarnation du Mal. Or, que fait de son côté Carpenter, si ce n'est explorer dans chacun de ses films une facette différente du Mal?

Ainsi dans Assaut, pour Bertrand Rougier (62), Carpenter "ne révèle jamais franchement les ambitions ni le visage des gangsters, le film se nourrissant précisément de ces interrogations pour alimenter la teneur fantastique du récit".D'autre part, comme le souligne Hélène Frappat, "on ne saura jamais exactement qui sont les fantômes de Fog"(63). Bien sûr, ils ont une histoire, une histoire de vengeance plus précisément puisqu'ils reviennent éliminer les descendants de ceux qui ont fait échouer leur bateau pour de l'or, fondant la communauté d'Antonio Bay sur un crime originel. Mais cette motivation, cette explication que choisit Carpenter est là avant tout pour véhiculer un discours métaphorique sur les Etats-Unis, pays fondé lui aussi sur un crime originel, celui du massacre des indiens. Pour le reste, John Carpenter choisit, comme le dit justement encore Hélène Frappat, de s'intéresser à la "confrontation avec le mal pur (d'autant plus "pur" qu'il est aussi vague qu'un banc de brouillard) et à la terreur qu'il engendre", recherchant "une forme de stylisation très pure et abstraite de l'horreur". Cela est encore plus prégnant dans le film Halloween, où Carpenter part d'une figure réaliste, ou tout du moins crédible (le tueur sociopathe) pour en faire la figure même du mal: démarche lente et inéluctable rappelant les zombies de Romero, absence totale d'expression donc d'émotion et donc d'humanité comme le montre une des dernières séquences du film où l'on voit Laurie Strode arracher le masque de son agresseur et révéler un visage tout aussi transparent et inexpressif (la même in-expressivité que l'on découvrait sur le visage du petit Michael Myers après le meurtre de sa soeur: il n'y a plus trace d'humanité en lui), emploie d'un champ lexical très précis de la part du Dr Loomis qui désigne Myers par les termes "devil" (= le diable) ou bien "evil" (= le mal), sentiment d'invincibilité: Myers se fait tirer dessus, tombe par la fenêtre mais ne meurt pas, sûrement parce que d'une certaine manière il est déjà mort...

Surtout, un élément en particulier contribue à faire de Michael Myers non plus un simple serial-killer de série B, mais bien plus une figure mythologique du Mal, c'est sa capacité à "hanter l'espace": cela a déjà été abordé dans la partie "l'espace déréglé et contaminé" mais précisons ici le propos. Toute le dispositif de mise en scène de Carpenter, en particulier dans la gestion de l'espace, est destiné à donner la capacité à Myers de se "fondre" véritablement dans le décors urbain d'Haddonfield (rues, maison...). Ainsi, il y a un recours régulier au système de montage suivant: plan de Myers qui observe Laurie Strode, puis plan de Laurie qui, sentant intuitivement la menace, se retourne vers Myers, puis retour au plan précédent (même valeur et même cadre) mais cette fois-ci Myers a disparu; ce système confère à Myers la possibilité d'apparaître et de disparaître comme bon lui semble au sein de cet espace urbain, ou tout du moins donne à croire au spectateur qu'il a cette possibilité. De même, Myers semble maîtriser complètement l'espace dans lequel il évolue: lorsque Laurie Strode se dissimule dans la penderie pour échapper au tueur, celui-ci la repère immédiatement comme s'il pouvoir voir à travers les surfaces solides de cet espace qu'il a fait sien; lorsqu'il poursuit Laurie, notamment dans l'affrontement final dans la maison, Myers se retrouve systématiquement derrière elle de manière quasi-surnaturelle... D'ailleurs, comme nous l'avons remarqué précédemment, les ultimes plans du film, ces plans de plus en plus larges de la ville avec en fond sonore la respiration du tueur, confondent complètement Myers et son environnement en une symbiose parfaite et parfaitement indissociable. Enfin, dernier élément qui fait de Myers un personnage de conte terrifiant comme l'a définit Stephen King, c'est le fait que pendant plus de la moitié du film seuls les enfants que gardent Laurie semblent avoir la capacité de voir réellement le tueur: comme le dit le jeune garçon dont s'occupe Laurie, "he's the boogey man", "c'est le croquemitaine". Et effectivement c'est bien ça dont il s'agit: Michael Myers c'est le croquemitaine, le monstre caché sous le lit ou dans le placard prêt à revenir nous terrifier à tout instant. Dès lors, la comptine chantée par les enfants lorsqu'ils sortent de l'école à propos du "Boogey man" devient, plus qu'un effet de style, une véritable déclaration d'intention.

D'ailleurs on pourra noter pour conclure que la volonté de Carpenter de faire de Myers une figure mythique était présente dès l'origine du projet comme il le précise lui-même: "nous cherchions à donner notre interprétation d'une icône comme le Frankenstein de Boris Karloff. Nous aimions ces monstres. Godzilla par exemple, dans son premier film, était un monstre horrible... Et il est devenu un héros! (64)" Tout comme Myers, entré au panthéon des figures maléfiques du cinéma au même titre justement qu'un Frankenstein, un Dracula ou un Freddy Krueger...

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